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Dedans il y a le pdf du livre, ainsi qu'un fichier .md qui est la traduction en cours du livre Dedans il y a le pdf du livre, ainsi qu'un fichier .md qui est la traduction en cours du livre
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| Retranscription | adaptation des phrases | Français moderne | | Retranscription | adaptation des phrases | Français moderne |
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| pages 2 à 67 | pages 2 à 12 et 21 à 24 | |

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@@ -28,17 +28,238 @@ aller jusqu'au quai, ainsi dès lors, je commençais à changer
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de sentiments, en effaçant pour quelque temps le souvenir de de sentiments, en effaçant pour quelque temps le souvenir de
mes parents et amis, ce qui ne fut pas une petite entreprise et de
laquelle je ne serai jamais venu à bout, si je ne me fus servi
une liqueur bachique; ce fut pour moi un expédient tout
charmant, car lorsque j'en eus pris une certaine dose, j'oubliais
mon sentiment, mes parents et mes amis et même
jusqu'à, moi; après que j'eusse reposé quelques heures, nous
remontâmes à cheval pour aller gagner le gîte qui était à Chartres.
Mais avant d'y arriver, l'empressement que j'avais de
m'éloigner d'un endroit où je croyais avoir laissé tout mon
chagrin me fit pousser mon cheval avec une telle violence qu'un
de ses pieds de devant venant à manquer me fit sauter par
dessus sa tête, harnaché à peu près comme Don Quichotte excepté
qu'au lieu de lance, j'avais un fusil à la main appuyé sur
l'arçon de ma selle et mon cor de chasse autour de moi
qui furent l'un et l'autre assez maltraités, car du coup, mon
fusil fut rompu en deux; Voici comment je quittais la Beauce.
J'arrivais à Chartres, cette ville est située
sur une éminence dont les approches sont très mauvaises,
principalement l'hiver. Il faut descendre par d'épouvantables
chemins et ensuite remonter avant d'y entrer; Les
rues sont assez mal pavées et fort étroites, outre cela
elles sont la plupart très rapides; Etant donc arrivé du
côté du moulin, la première personne qui s'offrit à mes
yeux fut Mademoiselle Jutot. Je ressentis à l'instant une certaine
joie, mais qui fut bientôt dissipée par le souvenir du
temps que j'avais passé avec elle si agréablement à Meudon.
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D'abord, elle m'invita à venir souper où elle me reçut
parfaitement. J'étais charmé de l'avoir vue, mais ce plaisir
me coûta cher puisqu'il me replongea dans mes premiers
chagrins et principalement, lorsqu'il fallut nous séparer.
Comme il fallait que je remonte à cheval le lendemain de
grand matin, je lui fis mes adieux de la manière la plus
tendre qu'il me fut possible et je la quittais sur les minuits où
de là, je m'en fus rejoindre mes camarades de voyage. Je me
mis au lit, mais il me fut bien impossible d'y prendre le
moindre repos, ayant l'esprit aussi embarassé que
ci-devant; Sitôt le jour venu, nous continuâmes notre
route et fûmes dîner à Champeron et de là coucher
à Nogent le Rotrou qui est dans le Perche.
Le lendemain, nous fûmes dîner à la Ferté Bernard et
de là, souper à Saint Mars. Ce sont des petits villages dont ce
dernier est fort joli. A l'hôtellerie où nous mîmes pied à
terre, nous trouvâmes une grosse dondon de fort bonne
mine qui nous conduisit dans une chambre où elle ne nous
laissa manquer de rien et eut un soin très grand de moi.
C'était la fille du logis. Je reçus avec plaisir ses attentions
et lui en témoignais ma reconnaissance.
En attendant le souper, comme cette maison était située
au bord d'un beau bois de haute futaie où il y avait de
très belles avenues, je fus avec mon cor m'y promener.
J'y trouvais des ecchos magnifiques qui me procurèrent beaucoup
plus de plaisirs que je devais en attendre, car je ne fus pas
longtemps sans compagnie.
Comme je n'étais pas beaucoup éloigné du
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château de Monsieur de Saint Mars, je vis venir à moi deux
demoiselles. Je ne demeurais pas longtemps sans leur parler
et aussi sans apprendre qui elles étaient. En les abordant,
je fus ravi de leur beauté et je me trouvais au milieu d'elles
comme un fer entre deux aimants, ne sachant laquelle des
deux avait le plus de mérite. Cependant, Mademoiselle de Saint Mars quoi
qu'avec un air fort négligé, me laissa voir à travers une
coiffe à moitié abattue les plus beaux yeux et la plus belle
bouche que jamais la nature ait formé sous les cieux
de plus beau et de plus parfait. Charmé de mon heureuse
rencontre, je commençai déjà à sentir l'effet de tant de
charmes en mon cœur et même lui en avais déjà témoigné
le regret et la peine que leur absence allait me causer quand
je vis venir à nous un jeune homme assez bien fait, mais
avec tant de ressemblance entre lui et mademoiselle sa sœur
que j'aurais juré, si elle se fut retirée, qu'elle s'était déguisée en
garçon. Il me pria, de la part de Monsieur son Père, d'entrer dans
le château, qu'il souhaitait me voir; quoi que je ne fusse
point avec la propreté que j'aurais souhaité, mais seulement
en cavalier qui venait de mettre pied à terre et même encore
avec mes bottes. Je ne laissais point que d'avoir l'honneur de
donner la main à Mademoiselle de Saint Mars qui l'accepta avec une
bonté et une naïveté toute charmante et vis que cela ne
lui faisait point de peine. Qu'au contraire, elle recevait ce
que j'avais l'honneur de lui conter avec plaisir; Lors donc
je fus à la porte de l'appartement, j'entrais et je fis
mes excuses à Monsieur et Mademoiselle de Saint Mars de ce que j'avais osé
paraître devant eux en bottes et en l'état où j'étais; Ils me
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firent mille gracieusetés et m'ordonnèrent de me mettre à
mon aise. Après m'avoir questionné de Paris et où
j'allais, ils me firent l'honneur de me prier à souper
avec eux, ce que je n'aurais refuser, attendu l'honneur qu'ils
me faisaient. Nous nous mîmes à table où l'on servit,
non pas comme à la campagne, mais avec toute la manière
parisienne, c'est-à-dire très proprement. Après le souper,
Monsieur me pria de donner du cor, ce que je fis assez bien,
quoi qu'après avoir bien mangé, les échos étaient
charmants dans ce bois. Tout ce qui me manquait, c'était
l'occasion d'y pouvoir entretenir, comme j'avais fait auparavant
mademoiselle sa fille, mais d'un autre côté, mes yeux me
donnèrent la satisfaction de lui faire comprendre
l'embarras où j'étais. Comme il se faisait déjà tard, je
voulus prendre congé d'eux et les remercier de l'honneur
qu'ils avaient bien voulu me faire, mais il me fut impossible.
Ils me firent rentrer pour boire quelques liqueurs et Monsieur de
St Mars me dit qu'il avait affaire au quai Saillard de
grand matin, qu'il m'y mènerait et que nous y serions
avant le messager, qu'il allait dire à un de ses domestiques
d'aller à la Messagerie dire de ne point m'attendre.
Effectivement, j'y couchais dans un très bon lit, pour dire
que j'y dormis, je mentirai si je savais dire. Car joint
à mes idées gracieuses qui s'offrirent cette nuit dans
mon esprit, j'étais dans une chambre proche de celle
de Mademoiselle de Saint Mars sans pouvoir seulement lui dire
un mot, ce qui fit que je fus contraint de manger mon
pain à la fumée.
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Le jour étant venu, je me levai pour tâcher
d'aller jusqu'à l'hôtellerie, mais je fus fort étonné de
voir venir Monsieur de St Mars dans ma chambre tout
prêt à partir. Nous passâmes dans sa chambre où
il y avait une table sur laquelle il y avait un
potage et quelques viandes froides pour déjeuner.
Madame de St Mars était dans son lit; ce qui me
fâcha, c'est qu'avant de partir, j'eus le chagrin de
ne plus revoir l'objet de mes amours parce qu'il
était trop matin. Néanmoins, nous déjeunâmes et ensuite
je pris congé de Madame en la remerciant de l'honneur
qu'elle m'avait bien voulu faire; Je fus très sensible
aux marques d'amitié qu'elle me témoigna, elle me
dit adieu en me disant que j'allais peut-être perdre la
France pour toujours, puis que j'allais sur un élément très
périlleux. Je la remerciais derechef de la part qu'elle
prenait à ce qui me regardait et la quittait ainsi.
Monsieur de St Mars et moi montâmes ensuite dans une chaise
et nous nous en fûmes à la dînée où nous arrivames avant
le messager. Comme il avait affaire à une lieu ½ du
quay Saillard, il me quitta avec toute la tendresse d'un
véritable père et moi, avec tous les regrets possibles.
Je me fis allumer un grand feu en attendant que le messager
arrivât où j'eus le temps de m'abandonner à mes rêveries et
à la rencontre que j'avais faite et perdue presque aussitôt.
Pendant que je rêvais ainsi, je vis venir mes acamrades
de voyage qui me firent un espèce de reproche de ce que
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Je les quittais presque à toutes les relâches. Je leur
représentais que, m'étant trouvé si honoré et prié de
si bonne grâce, que je n'avais pû me dispenser de
répondre aux honnêtetés que l'on m'avait faites,
desquelles je me souviendrai. Nous dînâmes étant toujours
très bien servis. Je bus plus qu'à mon ordinaire pour
chasser une tristesse qui ne demandait pas mieux
que de reprendre racine en mon esprit. Ensuite, nous montâmes
à cheval pour aller gagner La Flèche, ville fort jolie qui était
notre couchée. Avant que d'y arriver, comme j'étais très
mal monté, je tombais dans un trou où il y avait bien 5 à 6
pieds d'eau. Ma rosse tantôt dessus moi, tantôt dessous, me
fit boire plus que je n'aurais voulu, de sorte qu'en me
débattant bien, je me débarrassais et sortis du trou à moitié noyé
et mon cheval de même. J'y laissais un de mes pistolets.
Ensuite je remontai sur ma bête, chancelants tous les deux et en
très mauvais équipage pour tâcher de rattraper le messager
qui était déjà très loin et dont j'avais encore 5 lieues à faire
par temps très froid, de sorte que, quand j'arrivai j'étais
gelé dans mes bottes. Le nommé de Troyes qui était mon
camarade de voyagage s'était moqué de nos chûtes
précédentes et même nous raillait encore. Lorsqu'il
voulut faire faire une petite caracole à son cheval qui
avait plus d'apparence que les nôtres, mais aussi
fatigué et même plus, il le jeta assez lourdement dans
un bourbier épais sous lui et se reposait là sur son corps.
Nous vîmes bientôt un homme très embarassé de sa peau
et qui n'avait nullement envie de nous badiner. Lorsque qu'il y fut
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resté un moment, nous fouettâmes son cheval qui, avec toutes
les peines du monde, se releva et ensuite, le sieur de Troyes, mais
ce fut là tout ce que lui et nous pûmes faire, car pour en sortir
avec ses bottes, c'est ce dont il ne pût venir à bout. Il fut
donc contraint d'en sortir nu-jambes. Cependant, il tenta avec
une corde qu'il attacha au tuyau de la botte de la sortir,
mais il lui fût impossible, la botte venant par morceaux.
Il prit son parti en galant homme et monta à cheval
nu-pieds. Heureusement pour nous qu'il faisait nuit quand
nous entrâmes dans la ville, car nous aurions été hués par des
enfants tant nous étions horriblement pleins de boue.
Cette ville est fort jolie et emplie de jeunesse. Après nous
être changés depuis les pieds jusqu'à la tête et un peu
délassés, nous fûmes à la comédie qui fut jouée tant bien
que mal. On représentait ce jour-là le «Malade Imaginaire».
Dessus le théatre où nous étions, nous fîmes connaissance
d'un jeune homme de fort bon air qui, lorsque la comédie
fût finie, vint jusqu'à notre auberge avec nous où sur de
simples prières que nous lui fîmes, il s'engagea à rester à
souper, où il fit venir beaucoup d'extraordinaire tant
en dessert qu'en vins et liqueurs. Comme je ne voulus
point en être le sot, je pris l'hôte en particulier. Voyant
que la dépense extraordinaire se montait fort haut, je m'informais
à lui qui était ce jeune homme et s'il le connaissait. Il me
répondit que oui et que c'était un jeune homme de famille,
mais que c'était un bretailleur et un joueur, qu'il avait eu
envie de nous en avertir, mais que jusque là, il n'en avait point
trouvé l'occasion, ainsi que nous eussions à nous
# Page10 # Page10
méfier de lui, qu'il ferait tout son possible pour nous
tendre des pièges afin d'avoir notre argent. Je le
remerciai de son bon avertissement duquel je me
servis. Il me dit encore que, jusqu'à ce qu'il eut joué, il avait
la bêtise de vouloir payer toute la dépense. Je fus
charmé de m'être fait instruire et ensuite je me
remis à table et me proposais bien de le faire jouer, non
pas aux cartes, mais le rôle de la dupe. Pour cet effet, je
lui inspirai beaucoup de gaîté pour son argent et
moi, ne me gênais plus. Car de tout ce que je voulus boire
et manger, je n'avais qu'à seulement lui en toucher
légèrement quelque chose, j'étais sûr de l'avoir sur l'heure.
À la fin du repas, je voulus savoir le compte, mais notre
homme ne voulut jamais que nous en eussions la
moindre connaissance. J'avais averti de Troyes de ce qui
en était, de sorte que pour la façon, je voulus faire
venir sur mon compte quelques liqueurs, mais il ne
voulut jamais me le permettre. Après avoir causé un
moment, il nous proposa une partie de masque pour passer
le temps, je ne voulut point l'accepter et je lui alléguais
que nous étions très las. Lorsqu'il vit que je ne voulais
point mordre aucunement dans tout ce qu'il proposait,
il nous offrit le café. Je l'acceptais non pas pour lui souffrir
de payer mais du moins lui donner quelques liqueurs.
Nous y fûmes, mais il voulut absolument payer le tout
et fût parler à la maîtresse dudit lieu. Pendant ce temps, je
profitais de l'occasion pour dire à Monsieur de Troyes de nous
retirer, qu'il en était temps, mais il ne m'écouta point.

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Étant bien pensé, il voulut rester en me disant quelques
sottises. Je lui répondis qu'il ferait beaucoup mieux de
cuver son vin et qu'il en avait grand besoin. Il
continua toujours à m'en dire et se leva, m'ayant piqué
au vif et me pria de sortir où je ne fus pas plus tôt dehors,
qu'il tira son épée et m'en fournit sur le champ un coup.
Heureusement pour moi que je le parais avec la main et
sautant deux pas en arrière, j'eus le temps de tirer la
mienne et de me mettre sur mes gardes. Pendant ce temps,
il sortit notre aventurier et quelques autres personnes
qui nous séparèrent. On nous engagea à rentrer, ce que je
fis quoi qu'avec peu d'envie de le faire. Mais je ne voulus
point quitter de Troys qui avait de l'or sur lui, qu'il aurait
indubitablement perdu sans moi, car à toutes forces, il
voulait jouer. Je pris le parti de le griser tout à fait où,
lorsqu'il le fut, il nous laissa en repos et ne chercha plus qu'à
dormir. Je ne laissais pas que de me trouver embarrassé,
avec l'autre qui ne me donnait point de relâche pour jouer
avec lui. Lorsqu'à la fin je fus poussé à bout, je lui dis
que de tous les jeux, je n'en savais aucun, qu'il n'y avait que
le briscambille que je jouais un peu. Nous y jouâmes
jusqu'à 3heures ½ du matin. Joint à ce qu'il perdit avec
moi une vingtaine d'écus, quoi que je lui passasse
plusieurs tours de subtilité qu'il croyait que je ne voyais
point, il paya néanmoins les liqueurs que nous avions bues
qui se montèrent à 25 ou 30 écus, de façon que nous nous
retirâmes tant amis qu'ennemis, cependant aux conditions
que je devais lui donner sa revanche avant que de partir.
# Page 12
Moi qui m'étais ménagé et qui n'étais point hors de
raison, je dis au messager de nous faire partir à la fin, dis-je
à la pointe du jour, et pour l'engager à le faire, je lui
donnai un écu. Il ne manqua pas, car à la petite pointe
du jour, il nous éveilla pour déjeuner et ensuite, nous montâmes
à cheval. Monsieur de Troys me demanda excuse de tout ce qu'il
avait fait et dit contre moi la veille dont il ne se souvenait
pas; de sorte qu'au lieu d'avoir été les dupes de notre
joueur, il resta totalement le nôtre. Nous fûmes
gagner Durtal où nous trouvâmes le prêtre, comme il
était dimanche, qui nous attendait pour dire sa messe,
car la messagerie a ce prêtre pour lui dire la messe
aussitôt qu'elle arrive.
Les femmes de ce village, aussi bien qu'à
Suette (Seiches-sur-le-Loir) où nous couchâmes, sont assez bien
équipées. Elles portent des espèces de mantilles bleues et
les autres rouges, toutes remplies de plis. Elles y sont très
paysannes, jusqu'au prêtre qui n'y entendait point de
malice, puisqu'il aurait eu besoin d'un maître d'école pour
lui apprendre à lire car il ne le savait point.
Après que nous eûmes passé Suette, nous arrivâmes
le lendemain matin à la ville d'Angers qui est un second
petit Paris où il y a fort beau monde et où on y est
très bien servi. Cela me fit un plaisir extrême,
m'imaginant être encore dans mon pays.
J'ai oublié de vous dire qu'avant d'arriver dans la
ville, l'on voit de très belles carrières d'où l'on tire la
pierre d'ardoise. Comme je n'ai pas resté longtemps,
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@@ -15,8 +15,8 @@ Joint a quelques amis que je quittois, toutes ces choses reunies
ensemble causerent en moy un tel boulvercement que j'en ensemble causerent en moy un tel boulvercement que j'en
perdis le repos et l'appetie. neanmoins la nuit s'étant passee perdis le repos et l'appetie. neanmoins la nuit s'étant passee
il fallut remonter a cheval ce qui fut un autre chagrin car plus il fallut remonter a cheval ce qui fut un autre chagrin car plus
je m'éloigois plus je me trouvois accablé; enfin Lors que je fus je m'éloignois plus je me trouvois accablé; enfin Lors que je fus
arrivé au quay de lauray(Le gé de Longroi) qui etoit la seconde dinée je ne me arrivé au quay de lauray qui etoit la seconde dinée je ne me
sentis point avoir plus de fin qu'a l'ordinaire au contraire jallois sentis point avoir plus de fin qu'a l'ordinaire au contraire jallois
de pis en pis; Lors que deux messieurs avec les quels j'éstois sortis de pis en pis; Lors que deux messieurs avec les quels j'éstois sortis
de Paris me voyant dans cet etat firent ce qu'ils purent pour de Paris me voyant dans cet etat firent ce qu'ils purent pour
@@ -31,14 +31,14 @@ mes parents et amis qui ne fus une petite entreprise. et de
laquelle je ne serois jamais venu about si je ne me fus servis laquelle je ne serois jamais venu about si je ne me fus servis
de la liqueur Bachique; ce fut la pour moy un expediant tout de la liqueur Bachique; ce fut la pour moy un expediant tout
charmant. car lors que jen eut pris une certaine dose j'oubliay charmant. car lors que jen eut pris une certaine dose j'oubliay
mon sentiment mes parants et mes amis mais *mesme mon sentiment mes parants et mes amis mais mesme
jusques a moy; apres que jusse reposé quelques heures nous jusques a moy; apres que jusse reposé quelques heures nous
remontames a cheval pour aller gagner le giste qui etoit a Chartre remontames a cheval pour aller gagner le giste qui etoit a Chartre
mais avant d'y arriver l'ampressement que j'avois de mais avant d'y arriver l'ampressement que j'avois de
m'éloigner d'un endroit ou je croyais avoir laissé tout mon m'éloigner d'un endroit ou je croyais avoir laissé tout mon
chagrin me fit pousser mon cheval avec une telle violance que chagrin me fit pousser mon cheval avec une telle violance que
un de ses pieds de devant venant a manquer me fit sauter par un de ses pieds de devant venant a manquer me fit sauter par
dessus de sa teste harnaché a peu pres comme don guichot (don quichotte ?) excepté dessus de sa teste harnaché a peu pres comme don guichot excepté
qu'au lieu de lance j'avois mon fusil a la main. apuyé sur qu'au lieu de lance j'avois mon fusil a la main. apuyé sur
l'arçon de ma selle, et mon corps de chasse autour de moy. l'arçon de ma selle, et mon corps de chasse autour de moy.
qui furent l'un et lautre assez maltraites car du coup mon qui furent l'un et lautre assez maltraites car du coup mon
@@ -50,7 +50,7 @@ chemins et ensuitte remonter avant que d'y entrer; les
rues en sont assez mal paves et fort etroites, outre cela rues en sont assez mal paves et fort etroites, outre cela
elles sont la plupart tres rapides; étant donc arrivé du elles sont la plupart tres rapides; étant donc arrivé du
costé du moulin. La premiere personne qui s'offrit a mes costé du moulin. La premiere personne qui s'offrit a mes
yeux fut mademoiselle *Jutot, Je ressentis a l'instant une certaine yeux fut mademoiselle Jutot, Je ressentis a l'instant une certaine
joye mais qui fut bien tot dissipée par le ressouvenir du joye mais qui fut bien tot dissipée par le ressouvenir du
temps que j'avois passé avec elle si agreablement a Meudon temps que j'avois passé avec elle si agreablement a Meudon
@@ -66,12 +66,12 @@ de la je m'en fus rejoindre mes camarades de voyage. je me
mis au lit mais il me fut bien impossible dy prendre le mis au lit mais il me fut bien impossible dy prendre le
moindre repos ayant l'esprit aussy embarrassé que cy moindre repos ayant l'esprit aussy embarrassé que cy
devant; sitot que le jour fut venu nous continuames notre devant; sitot que le jour fut venu nous continuames notre
routte et fumes diner a Champeron (Champrond-en-Gâtine ?) et dela coucher routte et fumes diner a Champeron et dela coucher
a Nogent le Rotrou qui est dans le Perche. a Nogent le Rotrou qui est dans le Perche.
Le landemain nous fumes diner a la Ferté-Bernard et Le landemain nous fumes diner a la Ferté-Bernard et
de la souper a St Marc (Saint-Mars-la-Brière?), ce sont des petits villages dont ce de la souper a St Marc, ce sont des petits villages dont ce
dernier est fort joly a l'hostellerie ou nous mimes pied a dernier est fort joly a l'hostellerie ou nous mimes pied a
terre nous trouvames une grosse doudou de fort bonne terre nous trouvames une grosse dondon de fort bonne
mine qui nous conduisit dans une chambre ou elle ne nous mine qui nous conduisit dans une chambre ou elle ne nous
laissa manquer de rien et eut un soing tres grand de moy laissa manquer de rien et eut un soing tres grand de moy
céstois la fille du logis. je receus avec plaisir ses attentions céstois la fille du logis. je receus avec plaisir ses attentions
@@ -89,7 +89,7 @@ chasteau de monsieur de St Marc je vis venir a moy deux
demoiselles. Je ne demeuray pas longtemps sans leur parler demoiselles. Je ne demeuray pas longtemps sans leur parler
et aussy sans apprendre qui elles etaient; en les abordans et aussy sans apprendre qui elles etaient; en les abordans
je fus ravie de leur beauté et je me trouvay au milieu d'elles je fus ravie de leur beauté et je me trouvay au milieu d'elles
comme un fer entre deux émans(aimants ?) ne sachant laquelle des comme un fer entre deux émans ne sachant laquelle des
deux avoit le plus de merite. Cependant mademoiselle de St Marc quoy deux avoit le plus de merite. Cependant mademoiselle de St Marc quoy
qu'avec un air fort negligé me laissa voir atravers une qu'avec un air fort negligé me laissa voir atravers une
Coeffe moitié abatue les plus beaux yeux et la plus belle Coeffe moitié abatue les plus beaux yeux et la plus belle
@@ -107,7 +107,7 @@ point avec la propreté que jaurois souhaitté. mais seulement
en cavalier qui venoit de mettre pied aterre et même encore en cavalier qui venoit de mettre pied aterre et même encore
avec mes bottes je ne laissay point que d'avoir lhonneur de avec mes bottes je ne laissay point que d'avoir lhonneur de
donner la main a mademoiselle de St Marc qui l'acceptat avec une donner la main a mademoiselle de St Marc qui l'acceptat avec une
bonté et une naiveté toute charmante et vis que cele ne bonté et une naiveté toute charmante et vis que cela ne
luy faisoit point de peine. qu'au contraire elle recevoit ce luy faisoit point de peine. qu'au contraire elle recevoit ce
que j'avois lhonneur de luy conter avec plaisir; lors dont que j'avois lhonneur de luy conter avec plaisir; lors dont
que je fus a la porte de l'appartement. J'entray et je fit que je fus a la porte de l'appartement. J'entray et je fit
@@ -122,7 +122,7 @@ avec eux. ce que je n'auray refuser attendu l'honneur quils
me faisoient nous nous mimes a table ou l'on servit me faisoient nous nous mimes a table ou l'on servit
non pas comme a la campagne mais avec toute la maniere non pas comme a la campagne mais avec toute la maniere
parisienne c'est a dire tres proprement; apres le souper parisienne c'est a dire tres proprement; apres le souper
*Monsieur me pria de donner du corps ce que je fis assez bien Monsieur me pria de donner du corps ce que je fis assez bien
quoy qu'apres avoir bien manger, les échos éstoient quoy qu'apres avoir bien manger, les échos éstoient
charmans dans ce bois. tout ce qui m'y manquoit c'estoit charmans dans ce bois. tout ce qui m'y manquoit c'estoit
l'occasion d'y pouvoir entretenir comme j'avois fait aparavant l'occasion d'y pouvoir entretenir comme j'avois fait aparavant

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@@ -13,50 +13,50 @@ qui nous separerent; on nous engaga a rentrer ce que je
fis quoy qu'avec peu denvie de le faire. mais je ne voulus fis quoy qu'avec peu denvie de le faire. mais je ne voulus
point quitter de troyes qui avoit de l'or sur luy qu'il auroit point quitter de troyes qui avoit de l'or sur luy qu'il auroit
indubitablement perdus sans moy car a toute force il indubitablement perdus sans moy car a toute force il
vouloit jouer; je pris le party de le griser tout *allait ou vouloit jouer; je pris le party de le griser tout affait ou
lors qu'il le fut il nous laissa en repos et ne chercha plus qu'a lors qu'il le fut il nous laissa en repos et ne chercha plus qu'a
dormir. Je ne *laissay pas que de me trouver embarassé, dormir. Je ne laissay pas que de me trouver embarassé,
avec lautre qui ne me donnoit point de relache pour jouer avec lautre qui ne me donnoit point de relache pour jouer
avec lui; Lors qu'a la fin je fus poussé about de luy dis avec lui; Lors qu'a la fin je fus poussé about je luy dis
que de tous les jeux je n'en savois aucuns qu'il ny avoit que que de tous les jeux je n'en savois aucuns, qu'il ny avoit que
le *briscambille [[règle du jeu]](https://salondesjeux.fr/brusquembille.htm) que je jouois un peu, nous y jouames le brisquambille [[règle du jeu]](https://salondesjeux.fr/brusquembille.htm) que je jouois un peu, nous y jouames
jusqu'a 3 heures ¹/₂ du matin, joint a ce qu'il perdit avec jusqu'a 3 heures ¹/₂ du matin, joint a ce qu'il perdit avec
moy une vingtaine d'écus quoy que je luy passasse moy une vingtaine d'écus quoy que je luy passasse
plusieurs tours de subtilité qu'il croyoit que je ne voyois plusieurs tours de subtilité qu'il croyoit que je ne voyois
point. il paya neanmoins les liqueurs que nous avions bus point. il paya neanmoins les liqueurs que nous avions bus
qui se monterent a 25 ou 30 écus. de facon que nous nous qui se monterent a 25 ou 30 écus. de facon que nous nous
retranmes tant amis q'u'ennemys. cependant aux conditions retirames tant amis q'u'ennemys. cependant aux conditions
que je devois luy donner sa revanche avant que de partir que je devois luy donner sa revanche avant que de partir
# Page 12 # Page 12
moy qui m'étoit menagé et qui n'étois point hors de moy qui m'étoit menagé et qui n'étois point hors de
raison je dis au messaher de nous faire partir a la fin dije raison je dis au messager de nous faire partir a la fin dije
a la pointe du jours et pour l'engager a le faire je luy a la pointe du jours et pour l'engager a le faire je luy
donnay un ecus. il ne manqua pas car a la petite pointe donnay un ecus. il ne manqua pas car a la petite pointe
du jour il nous éveilla pour dejeuner et ensuitte montames du jour il nous éveilla pour dejeuner et ensuitte montames
a cheval; Monsieur de troye me demanda excuse de tout ce qu'il a cheval; Monsieur de troye me demanda excuse de tout ce qu'il
avoit fait et dit contre moy la veille, dont il ne se ressouvena avoit fait et dit contre moy la veille, dont il ne se ressouvinoit
point; de sorte qu'au lieu d'avoir été les dupes de notre point; de sorte qu'au lieu d'avoir été les dupes de notre
joueur, il restat totallement la *nostre; nous fumes joueur, il restat totallement la nostre; nous fumes
gagner Durtal ou nous trouvames le Preste comme il gagner Durtal ou nous trouvames le Preste comme il
etoit dimanche qui nous attendoit pour dire sa messe etoit dimanche qui nous attendoit pour dire sa messe
car la messagerie a se preste pour luy dire la messe car la messagerie a se preste pour luy dire la messe
aussitot quelle arrive. aussitot quelle arrive.
**Les femmes** de ce village aussy bien qua **Les femmes** de ce village aussy bien qua
*Fuette ou nous couchames, sont assez plaisament Suette ou nous couchames, sont assez plaisament
equipées, elles portent des especes de mantilles bleues et equipées, elles portent des especes de mantilles bleues et
les autres rouges, toutes remplie de plis elles y sont tres les autres rouges, toutes remplie de plis elles y sont tres
paysannes, jusqu'au preste qui ny entendoit point de payisannes, jusqu'au preste qui ny entendoit point de
malice, puis qu'il auroit eu besoin d'un maitre d'ecole pour malice, puis qu'il auroit eu besoin d'un maitre d'ecole pour
luy apprendre a lire car il ne le scavoit point; luy apprendre a lire car il ne le scavoit point;
apres que nous eumes passé Fuette nous arrivames apres que nous eumes passé Suette nous arrivames
le landemin matin a la Ville d'Anger qui est un second le landemin matin a la Ville d'Anger qui est un second
petit paris ou il y a de fort beau monde, et ou on y est petit paris ou il y a de fort beau monde, et ou on y est
tres bien servy; cela me fit un plaisir extreme tres bien servy; cela me fit un plaisir extreme
m'immaginant estre encore dans mon pays. m'immaginant estre encore dans mon pays.
J'ay oublié de vous dire qu'avant d'arriver dans la J'ay oublié de vous dire qu'avant d'arriver dans la
ville l'on y voit de tres belles carrieres d'ou l'on tire la ville l'on y voit de tres belles carrieres d'ou l'on tire la
biere d'ardoise. Comme je n'ay pas resté longtemps piere d'ardoise. Comme je n'ay pas resté longtemps
# Page 13 # Page 13
dans cette ville je ne puis vous en rien dire si ce n'est dans cette ville je ne puis vous en rien dire si ce n'est

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@@ -256,7 +256,7 @@ continué, le someil mayant accablé je fus malgré
l'orrage me jetter sur mon lit quand sur les 1 heures l'orrage me jetter sur mon lit quand sur les 1 heures
1/2 dormant profondement je fus reveillé en sursault 1/2 dormant profondement je fus reveillé en sursault
la bouche pleine d'eau sallée et tout noyé, je commancay la bouche pleine d'eau sallée et tout noyé, je commancay
a prerde un peu la tremoutade entendant y dire a l'aumonier a perde un peu la tremoutade entendant y dire a l'aumonier
nous sommes perdus seigneur ayez pitié de nous, je crus nous sommes perdus seigneur ayez pitié de nous, je crus
bien pour lors que c'éstoit la mon dernier moment, avec bien pour lors que c'éstoit la mon dernier moment, avec
cela les dames que j'entendois aussy pleurer, il ne m'en cela les dames que j'entendois aussy pleurer, il ne m'en

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@@ -115,7 +115,7 @@ Monsieur aubin avoit fait poser une santinelle a la porte
de l'escalier de la grande chambre, et avoit fait fermer de l'escalier de la grande chambre, et avoit fait fermer
les ecoutilles de façon qu'il falloit quelles fussent mouillées ou les ecoutilles de façon qu'il falloit quelles fussent mouillées ou
quelles se deffandissent; ou il y eut a rire ce fut lors que quelles se deffandissent; ou il y eut a rire ce fut lors que
nous fumes tous baptisez on baptisa ensuitte les soldats nous fumes tous baptisez on baptisa ensuitte les soldats
qui ne l'avoient point été ces pauvres malheureux qui ne l'avoient point été ces pauvres malheureux
furent beignez surtout ceux qui n'avoient d'argent. furent beignez surtout ceux qui n'avoient d'argent.
@@ -147,10 +147,154 @@ de terre. Le jour suivant il passa deux balleines a babord
de nous. notre second capitaine voulut leurs tirer un coup de nous. notre second capitaine voulut leurs tirer un coup
de canon. mais comme on l'apointoit elles disparurent de canon. mais comme on l'apointoit elles disparurent
Une chose qui me surprit c'est que pendant un 1/2 quart Une chose qui me surprit c'est que pendant un 1/2 quart
d'heure il plut sur l'avant jusqu'a la moitié du navir. d'heure il plut sur l'avant jusqu'a la moitié du navir
# Page 46 # Page 46
Sans qu'il tomba une goutte d'eau derriere. Sur le soir
nous eumes un temps epouvantable paraport aux eclaires
au tonner et a la pluye melée de vent qui nous fit
changer notre route, la bare ne voulant plus gouverner;
Le vent setant appaisé se calma tout plat. nous
eumes le plaisir de voir un nombre infiny de poissons
qui passoient le long du bord, dont les ecailles reluisoient
comme si c'eut eté du feu.
Le jour de Pasques [Note de traduction: 9 Avril 1729] etant venu on sélebra
ce jour fort saintenant, car il ny a rien de plus dévot que
le marin en mer sur tout dans le danger; On commança
donc la journée par la Grande messe qui fut ditte en
grande Ceremonie. On fit trois décharges la flame et
les pavillons dehors. On fit la premiere decharge de
mousquetterie au nombre de 50 coups et de 11 de canon;
A l'introitte de la messe; Lautre a l'ellevation, et la
derniere a la fin; Lors que le service fut nify nous
dejeunames fort splandidement, notre capitaine avoit
eu soing de donner la veille des ordres pour cela de sorte
que rien ny manqua. Au dessert lors que la vapeur des
liqueurs que nous bumes nous eut echauffé la cervelle nous
nous mimes a chanter et chacun dit la sienne, et ne songeant
plus qu'a nous divertir et commant nous passerions le temps
pour moy je vins a dire que je n'etois point embarassé que
je trouverois bien a le passer agreablement, sur ce mot
notre aumosnier qui etoit un facessieux corps irlandois
scachant qu'il y avoit une demoiselle a qui je faisois ma cour (qui
etoit une de celle que javois trouvé a Hennebon) qu'elle recevoit
# Page 47 # Page 47
mes soins sans dumoins le faire voir a personne, et
qu'au contraire il y en avoit une autre a qui je temoignois
avoir de la complaisance le tour par politique, et qui
y prenoit beaucoup de plaisir; Il prit donc ce sujet et pour
nous donner la comedie en me voulant marier avec
cette derniere qui m'aymoit a ladoration, et qui loing
de le cacher le publioit bestement a tous ceux qui vouloient
l'ecouter; Il est bon de vous dire que cette demoiselle
passoit a la Louisianne pour y aller trouver Monsieur de Perrier
commandant dudit pays dont elle se disoit parante, en
effet elle l'etoit aussy mais de tres loing; Nonobstant cela
elle alloit au Mississipy sous les hospices de notre capitaine
pour s'y etablir. Voila son portrait. Elle n'etoit point jolie
a beaucoup pres, fort imbesile et cependant mauvaise et
maline, de tres petite espece la taille assez mal faite. Les
cheveux d'un blond doré, le visage elongé et bazanné
le nez canard, quatre dents dans la bouche qui couroient
les unes apres les autres et agée de 25 ans;
Ce fut moy qui fut lheureux mortel qui possedoit son
coeur jusqu'au point quelle disoit que sitot quelle seroit
arrivé a la nouvelle Orléans elle priroit Monsieur son cousin de
ne luy point donner dautre epoux que moy. Elle me dit
encore qu'a linstant quelle m'avoit veu elle avoit reconnu
en moy tant de perfections, et de merite quelle avoit projetté
des lors de navoir jamais dautre mary que moy quelle
etoit bien persuadé que je le la demantirois pas; Non
assurement mademoiselle luy repliques-je je rend grace
au ciel du bonheur qu'il me veut bien procurer, vous
# Page 48 # Page 48
me faite plus dhonneur que je ne devois en esperer de ma
vie, et si jay differé jusquà present a vous de clares
ma passion, ce n'a ete nullement le manque d'amour
mais seulement le respect qui m'engagoti au silance
pour une personne de votre rang et de votre merite, et
aussy que je ne pouvois jamais m'immaginer que vous
eussiez resenty pour moy la moindre etincelle, mais que
puisque cela etoit ainsy j'allois tacher a l'avenir de
meriter par mes soins les bontez quelle voulloit bien
avoir pour moy.
Nous restames bien un quart d'heure a nous complimantez
l'un et l'autre, et je crois que nous y serions encore si
commancent a m'ennuyer je nus finy le premier.
Je me repentis bien a la suitte du temps deluy avoir apris
par cette etretien l'amour qu'en apparence je disois resentir
pour elle. car pendant le reste de la traversée je ne pouvois
n'y parler n'y aller en quelqu'endroit quelle ne se mella de
la conversation, ou quelle fut sur mes pas, et même me
voyant parler a ces autres demoiselles elle m'en fit quelques
reproches et se mit la jalousie en teste avec juste raison
car c'estoit d'une personne qui etoit aussy agreable
quelle d'esagreable, non pas de ses grandes beautez
mais d'une figure a passer par tout sans y trouver rien
de ridicule. Comme l'on pouvoit aisement le remarquer sans
nombre dans ma charmante maitresse qui ne c'essoit
de mennuyer en me repettant toujours et atous moments
que cette demoiselle êtoit d'un grand bonheur de me
plaire. Cependant que si l'on compassoit(comparroit? typo) son meritte au
# Page 49 # Page 49
# Page 50 sien quelles pouroient bien etre égalles. Je fis tout mon
possible pour l'assurer quelle l'emporteroit toujours partout
et quelle seulle occupoit mon coeur sans aucune reserve
tout autre quelle se seroit bien apperçu de mon peu de
franchise dans ce que je luy jurois car quand l'amour
n'en joue point il faut avouer qeu c'est de même qu'un
corps sans ame, neamoins je fis du mieux qu'il me fut
possible comme un homme peu expert dans ce langage.
Cependant j'en fis assez pour quelle crut non seulement
que je l'aimois mais même que je l'adorois.
Plusieurs jours s'etoient deja passé dans cette
intelligence apparante, et je commançois deja a m'en
lasser cruellement. Lors que je crus m'appercevoir que
cette farce ne faisoit point plaisir a Monsieur Aubin, cela me
fit plaisir, et je me servis de ce pretexte pour en parler
a l'aumonier affin qu'il dissuade cette pauvre fille de
l'erreur ou elle etoit; Je luy dis donc que je croyois
avoir remarqué que ce divertissement ne plaisoit point
a notre capitaine; L'aumonier me dit qu'il falloit finir
mais lors que notre rolle seroit joué, et que pour cela
qu'il falloit que je la pressasse a se marier et que je l'en
gagasse a luy en parler et comme elle avoit des ecus
il luy demanderoit 100 ecus pour nous marier dans le bord
cela fut conclu ainsy.
Le landemain comme nous couchions, l'abbé, le
second capitaine, l'ecrivain ces demoiselles et moy dans
la grande chambre et que mon lit etoit assez pres de
celuy de ma charmante, je la reveillay ne pouvant
# Page 50
dormir, et je me mis a luy en compter de façon que
je n'us point de peine a la resoudre au mariage et
même si j'us voulu elle m'en auroit donné d'avance
pour gages quelques mais je ne voulus point aller
sur les brisees de Monsieur aubin. Bref je luy dis qu'il
etoit temps de nous marier puisque c'etoit son dessein,
que pour moy le tems me paroistroit trop long si nous
estions obligez d'attendre jusqua la Nouvelle Orleans que
je ne pouvois plus attendre; Je luy dis aussy que j'en avois
prevenu l'aumonnier qui m'avoit repondu qu'il le vouloit
bien, et quil n'y avoit qu'a pour cela choisir le premier
beaujour affin que cette feste ne fut troublé daucuns
cottés, elle convint de tout ce que je voulus, je luy dis
qu'il y avoit une chose qui m'embarassoit et qui me
chagrinoit elle me pressa pour luy declarer. Enfin
apres bien des instances qu'elle me fit je luy decouvris
l'etat ou j'estois, et luy avouay que je n'avois point
d'argent pour payer labbe. Elle me gronda fort
et me dit quelle avoit une bource qui etoit a mon
service de 50 Pistolles et que sitot quelle seroit levée
quelle vouloit que je lacceptas. Effectivement lors qu'il
fut jour elle se leva toutte transportéè de joye de tout ce
que je luy avois dit la nuit et fut tirer de son coffre cette
bource quelle m'aportat dans mon lit. Je lui dis qu'il
ne me falloit que 10 pistolles et que je luy etois redevable
de cette somme, que pour les 40 autres pistolles je la priois
de les resserrer ce quelle ne fit qu'a pres bien des raisons
que je luy dis pour l'engager a le faire; Je luy dis encore

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@@ -0,0 +1,300 @@
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qu'il falloit nous unir ce jour même sans plus differer et
quelle n'avoit qu'a se mettre dans ses atous non pas que
ce fut paraport a moy qui la trouvoit charmante en tous
tems mais paraport a la compagnie qui voudroit bien nous
honorer de leur presence, je ne luy disois pas cela sans
raison car d'elle même elle etoit tres malpropre avec
des bas toujours sur ses talons et des souliers en pentoufle.
Elle suivit tout ce que je luy avois dis et fut depuis 5 heures
jusques a onze du matin a s'ajuster et a se moucheter, elle
perdit entierement avec nos badineries une robe de
chambre de Perce fort belle quelle emplit de goudron.
Note de traduction : elle a enlevé une robe de perse (style du tissu) qui était sale de goudron
Lors quelle fut bien mouchetée et parée, que tout le
monde etoit assemblé dans la chambre de Monsieur Aubin a
nous attendre, avant qu dy aller je luy rendis ses 10 pistolles
et luy dis qu'il valloit mieux quelle les donna elle même
a l'aumonier. Elle les prit et me promit de les luy donner.
Ensuitte je la pris par la main avec de beaux gants blancs
et la conduisit jusqu'a la chambre du capitaine ou l'on
ne put nous voir entrer avec nos airs serieux surtout elle
sans etouffer de rir, il n'y en avoit point de plus embarassé
que moy parce que jaurois bien eclatté aussy de tout mon
coeur si je nus crain de gatter tout voyant qu'on se mocquoit
d'elle mais je soutins assez bien mon rolle.
Lors que je fus entré je la presentay a Monsieur Aubin pour quelle
luy souhaitta le bonjour. Il la resut assez froidement
mais elle ne s'en embarassa guere, ensuitte elle saluat toute
l'assemblée et fut apres s'assoire aupres de notre abbé
ou l'orsquelle y fut elle luy parla et insensiblement elle luy
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glissa l'argent dont nous estions convenus pour le mariage
croyant que personne ne l'avoit apperçus.
Ces demoiselles n'en pouveant plus sortirent et emmenerent
tous ceux qui etoient dans la chambre et nous enfermerent
avec l'aumonier et resterent a ecouter a la porte se tenant
les costes de rir tant des remontrances que nous fesoit le
preste que des extravagants discours quelle luy tenoit;
Lorsqu'il eut finy a nous exorter de bien nous aimer l'un
et l'autre il nous ordonna de nous embrasser ce qui ne fut
pas longtems sans s'executter; Il nous exortoit encore quand
il vint un petit mot de la part du capitaine second m'avertir que son
maitre me demandoit en bas dans la grande chambre;
Je ne fus pas plustot sorty que tout le monde rentra feliciter
Mademoiselle le Coq (c'est ainsy quelle se nomme) sur notre mariage
elle reçeut ces compliments comme si effectivement les choses
stoient faittes et avec une joye sans egalle pendant ce
temps moy qui etoit allé en bas pour parler a Monsieur Aubin ou
jn ne fus pas plustot devant luy qu'il me fit un grand eclat de
rir. Il ne fallut pas beaucoup me prier pour en faire autant
croyant comprendre le sujet pour lequel il le faisoit, mais
par hazard m'etant retourné je fus tres etonné et redoublay
mes rirs en appercevant ma pretendue derriere moy qui
etoit demeurée comme immobille de ce que nous rion tant
n'en scachant pas la raison, etant hors d'elle même,
elle fit semblan d'avoir affaire a fouiller dans ses coffres
ou apres une espace de tans voyant que nous restions toujours
la sans rien dire seulement a la considerer elle prit le
partie de remonter en haut;
# Page 53
L'ors qu'elle n'y fut plus. Il me dit qu'il falloit comme les
choses etoient a ce quelle croyoit tres avancées faire naitre
quelquinconveniant pour pouvoir mettre empechement au
mariage affin de le rompre, apres avoir pensé quelques
instans a ce sujet. Pour le mieux il se servit de son
autorité, et me dit il faut que vous luy disiez que je vous
ay deffendu de vous entretenir davantage avec elle, et que
qui plus est si je m'apperçois du moindre clin d'oeil, je
scauray bien y apporter un prompt remedre qui pouroit
ne nous pas convenir et du quel vous pouriez vous en
repentir a la suitte l'une et lautre;
Je suivis cet avis qui nous grattoit luy et moy par ou il
nous demangeoit, mais bien differament, car luy parcequ'il
ne pouvoit plus enjouir comme auparavent n'etant plus
attachée qua moy seul et qu'elle n'alloit plus le voir les
soirs dans la chambre; Moy au contraire parcequelle
etoit partout ou jestois dons j'estois très las et que je ne
pouvois plus avoir aucune conversation libre avec ses
autres demoiselles; Lors que nous eumes enfin convenud de
ce que je devois dire nous remontames en haut mais il
n'entra point dans la chambre et se tint caché derriere
la porte pour écouter ce quelle diroit; Pour moy j'entray
avec l'air tres triste et fus m'assoir a un des coins de la
chambre ou elle ne tarda guerre a m'y venir trouver,
et a me demander le sujet de mon chagrin pour quoy j'estois
sy reveur et si je ne devois point etre au comble de
ma joye etans déstinés l'un pour lautre. A ces mots
je poussay un long soupir qui ne s'en fallut guere qu'il
# Page 54
ne se metamorphosa en un grand eclat de rire, mais
miraculeusement je me retins. Elle me persecutta voyant
que je ne luy repondois rien. Si bien qu'il fallut que je luy
decouvre la meche, je luy dis que j'estois le plus
infortuné de tous les hommes, qu'assurement j'avois
quelque fois essuyé des revers de la fortune mais
que jamais je n'enavois eu un pareille qui indubitablement
m'alloit arracher une malheureuse vie qui apres ce coup
ne me seroit jamais qu'audieuse.
Elle demeura a ce discour trancis et un moment apres
elle revint a elle et me demanda d'une voix tremblante
quel etoit le malheur qui venoit de m'arriver je ne voulus pas
encore luy dire mais apres bien des prieres quelle fit
entendre a toute l'assemblée qui conversoient entre eux
affin de nous laisser plus libre et aussy pour pouvoir rire a
leurs aise de ses extravagances quils remarquoient tres
attentivement, et d'un autre costé jestois bien aise de laisser
voir a notre capitaine qui etoit a regarder deriere la porte
qu'il nétoit pas le seul aimé je luy racontay tout ce que
nous estions convenus Monsieur aubin et moy, elle me crut, et sitot
que j'us finy de parler elle retomba dans une reverie plus
profonde que la precedante ou apres elle se leva comme
une personne au desespoir contre le capitaine faisant des
gesticulations et disans des choses qui furent cause que les
personnes qui etoient dans la chambre sortirent, (elle
avoit encore la perfection de bien jurer) et moy fegnant
d'estre tres sensiblement touché de son sort et du mien
je me retiray ou je fus rejoindre l'aumonier et ses demoiselles
# Page 55
que je trouvay assises sur leurs lit qui dechargoient leurs
coeurs a force de rire j'en fis de même et laissay un
libre cour aux ris que j'avois eté obligé de retenir.
Pendant ce tems Monsieur Aubin qui etoit entré dans
la chambre sur les entre faites qu'elle déclamoit contre
luy la surprit et luy parla d'un ton tres severe,
la menaça de l'enfermer s'il s'apersevoit seulement
quelle me jetta le moindre regard. toutes ces menaces
firent peu d'effet sur son esprit et n'empecherent pas
quelle ne me parle mais effectivement s'estoit a
l'echapade lors quelle entrovoit l'occasion elle me
disoit qu'un temps viendroit quelle n'y moy ne ferions
plus sous son pouvoir, et que pour lors nous pourions
jouir paisiblement ensemble des plus parfaits plaisirs
que jamais le dieu d'amour ait accordé a ses enfants.
Et voila comme insensiblement finit nos amours, qui se
tournerent en haine par la suitte;
Le long du bord nous vimes cette même journée
sur le soir passer un mort. C'est un oiseau parfait, il
est tout blanc par le corps, de la grosseur d'un pigeon,
le bec et les pattes d'un rouge tres if, il a de grands
yeux noirs, les ailes et la queue d'un vers de mere.
Cet animal nous fit juger que nous n'estions au plus qua
20 lieux de terre car cet oiseau ne s'ecarte point de
la terre;
Il n'y avoit que 8 jours que notre derniere seine venoit
de finir. Lors qu'il en survint une autre mais bien plus
serieuse que la precedente. Elle commanca sur la nourriture
# Page 56
Comme nous estions fort mal noury et que depuis
un tres long tems l'on nous servoit a la table toujours
les mêmes choses, lassés d'êstre si mal nous ne pumes
nous empecher d'en faire sentir quelque chose a notre
capitaine; L'occasion s'en presenta un jour qu'il voulut
nous retrancher l'eau quoy que tres puante nous disant
qu'il n'y en avoit plus que tant de barils. Comme nous n'en
avions deja pas trop et que la challeur étoit insuportable
par consequent qui nous atteroit infiniment, nous nous
emportames tous et luy dimes qu'il nous faisoit manger
trop de viande sallé que ce n'etoit point la les intentions
de la compagnie qui entendoit et pretendoit qu'on embarqu'a
des bons raffraichissements, comme jambons, langues,
endouilles fromages, et ainsy du reste, qu'à l'egard de
l'eau sil ne l'avoit pas prodigué a en faire arroser ses
orangers nous n'en ferions point court ainsy qu'ayant
forces poids ou les pusserons lioient la sosse, du lard
jaune, du boeuf sallé, et du ris mal accomodé, cette
nourriture nous deplaisoit tres fort, dautant plus que
nous scavions par nous même que tous les jours luy et les
autres officiers dejeunoient avec les raffraichissements qui
etoient egallement pour nous que pour eux, nous luy en
allions bien dire davantage toute suitte. Mais en cet endroit
il semporta tres fort et nous dit que si nous n'etions pas
comptans que nous prissions des cartes, nous le menassames
de dresser un memoire que nous signerions tous ou nous
marquerions a la compagnie tous les mauvais traitements
qu'il nous faisoit, et que nous ferions partir ces plaintes
# Page 57
par la premiere occassion, il voulut se servir de son
pouvoir absolu apella un sergent au quel il commanda
d'aller chercher des fusilliers pour nous mettre tous aux
ferts jusqu'a ce que nous fussions arrivés a la baye
Saint Louis ou l'on nous reduiroit a la raison, nous
n'ûmes pas plûtot entendu cela quétant dans la grande
chambre qui servoit de saitne barbe, nous sautames tous
sur chacuns une arme pour nous mettre en deffance.
Un nommé reitet garçon plein de coeur qui avoit servi
dans plusieurs batailles ou il s'etoit fait aimé et fait
reconnoistre pour brave principalement a belle grade
ou il avoit fait plusieurs actions remarquables. Voyant
que norte capitaine m'étoit l'epée a la main, sauta sur
son sabre et fut pour luy en decharger un coup heureusement
que je me trouvé assez pres de luy pour parer le coup
avec le canon de mon fusil ou il fit une entaille dessus;
nous dimes a monsieur Aubin que quoy qu'il fut le maitre dans
son bord etant traitez comme nous etions sil continuoit
nous saurions bien nous même nous faire traiter autrement
que luy ou ceux qui ne le trouverois pas bon prissent des
cartes et que sils vouloient raisonner encore nous les
ferions sauter par dessus le bord;
Nous luy parlions dans ces termes parceque nous avions
de notre costé les soldats au nombre de 20 qui etoient
tres mecontants de luy et qui avoient deja murmuré,
ainsy n'y luy n'y son equipage nos ne le craignons
point, il le vit bien et petit a petit se radoucit mais
dans le fond de l'ame il n'en enragoit pas moins;
# Page 58
Ce qui luy fit appercevoir que tout etoit mécomptant c'est
que le sergent qu'il avoit envoyé avertir un soldat de venir y alla
effectivement mais il y restat aussy. Cet homme fit bien de
deserter en arrivant a la baye car il ne luy promettoit
pas poire molle; Le landemain de notre dispute nous
fumes un peu mieux servis, il nous fit (comme un homme
tres politique fin et avare normand) a tous bonne mine
car autrement il risquoit qu'a la premiere attaque les
soldats et peutestre une partie de nous autres passagers
nous ne nous rengassions du costé de l'hennemy. J'avoue
qu'un capitaine se trouve bien embarassé lors qu'il a plusieurs
passagers qui veulent etre bien et qui luy empechent par la
de faire son compte autant qu'il le voudroit al leur depends.
Nous apaisames les soldats le mieux que nous pumes
qui murmuroient toujours, car a la vérité j'estimois
infiniment notre capitaine qui le meritoit aussy a son interest
pres qui le rendoit insuportable a nous qui en patissions.
Le landemain me promenant sur le pont je
vis plusieurs galleres sur l'eau ce sont des limons de la
mer faits comme les pates nommez orreilles de suisse, le
milieu est comme la fine peau d'un oignon et les bords
sont bordez d'un couleur de roze pale. J'en attrapay une
mais je ne lus pas plustot dans la main que je crus avoir
la main perdue l'ayant toute en feu de la maniere que cela
me cuisoit. Je la jettois promptement et demanday a quelques
matelots ce qui mavoit brulé commant on le nommoit, il se
mirent a rire de ce que jy avois eté attrapé ils me dirent
que cestoit une gallere et que je pouvoits fort bien en avoir
# Page 59
la galle si je me grattois mais heureusement je nus rien.
Je dessendis dans la chambre ou je me mis a jouer avec ces
demoiselles, je n'y fus pas plustot que l'on vint nous
dire qu'il y avoit a l'emerillon, (qui est un espece d'ameçon
attache a une chesne de fer laquelle tient a un cordage
de la grosseur dun pouce de diamèttre) un poisson
d'une grosseur epouvantable, nous montames en haut ou
on cargua les voils et l'on mit a la cape les matelots
passerent sur le bord les uns pour hisser cet animal, et
les autres pour regarder. Nous regardions bien aussy tous
lors qu'apres qu'ils eurent tirés de l'eau environ 30 brasses
de cordage on crut apercevoir au bout de cet emerillon
comme un animal noir dune grosseur prodigieuse, car
dans la mer les objets grossissent infiniment, enfin apres
que chacun eut dit son sentiment sur ce que ce pouvoit
etre il se trouva que cestoit un baril de gaudron qui
s'etoit pris a l'emerillon; Peu de tems apres nous vimes
a tribord un banc de poissons on apperçoit cela de fort
loing. Ce sont des plottons d'une et deux lieux de
longueur; Ce banc etoit composé de bonnittes, dorades,
et autres, qui sautoient apres les poissons vollans;
Et en l'air il y avoit des fregattes, des sols, et des goalans
qui tombaient dessus les petits poissons, c'estoit une guerre
animée entre les oiseaux et les poissons, une chose
assez particuliere c'est que le sol sitot qu'il voit un poisson
vollant il fonce dessus. mais quand par hazard il ne
l'attrape point par la queue il ne l'avalle point,
et s'élleve tres haut puis il le laisse tomber pour aussitot le
# Page 60
reprendre par la teste ou il l'avalle; C'est un charme
d'avoir l'agilité avec la quelle cela se fait;
En parlant de choses et d'autres Monsieur Aubin ayant entendu
dire que ma feste etoit le landemain, me donna le soir
ln un bouquet aves les instruments qui etoient dans le
navire et me fit present d'un flacon de liqueur, et le lendemain
il me donna un beau dejeuner. Je ne doute point que ce ne
fut par amitié que ce qu'il en fit car effectivement je n'en
etois point hay, mais la politique y avoit aussy un peu
de part; Sur le soir nous appersumes un navir a 3 lieux
et d'Ouest 1/4 suroit qui etoit notre route, que nous quittames
pour porter dans l'oist suroy pour arriver surluy.
ayant pendant ce temps regardé avec la longue veue
nous aperçumes qu'il avoit hissé pavillon englois, pour
aller plus vitte a luy nous defretames l'artimon et
le peroquet de fougue ayant tout le reste dehors;
quand il vit que nous faisions route sur luy a pleine
voilles, il se remit en panne pour nous attendre avec
toutes les voilles carguer; Lors que nous fumes plus
pres nous vimes auil amenoit pavillon anglois et qu'il
hissoit pavillon sans quartier, c'est un pavillon ou les
vus ont 3 testes de mort avec des larmes et deux sabres
en croix rouges le tout sur une etoffe noir les
autres ont trois croissants ?? notre capitaine
ayant veu que c'estoit un forbant quoy qu'il eut envie
aussy bien que nous de continuer d'aller dessus, changea
neamoins de sentimens paraport aux ordres de la
compagnie qui sont d'eviter les occasions de combat.

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Comme nous avions cessé de le poursuivre et que nous
allions reprendre notre routte, nous luy vimes
sortir a son tour jusquaux voils d'eté et fit route sur
nous. Comme il n'y avoit plus de tems a perdre et qu'il
marchoit mieux que nous, nous primes aussy le party
de mettre en travers et carguames toutes nos voilles.
Lors qu'il vit que nous estions resolus a l'attendre et
qu'il eut examiné nos entre deux de mals soit qu'il
nous juger estre un navir de roy ou que nous fussions
plus forts que luy, il se resolut de cour des bordez,
tantot il etoit devant nous et tantot derriere; Il avoit
toujours grand soing de se tenir hors la portée de notre
canon. Il fit ce manege jusqu'a la nuit ou nous nous
attendions qu'il viendroit nosu surprendre, en cas
d'attaque on prepara toutes choses en etat, on monta aussy
dans les hunes en cas d'abordage des grenades et des
flacons a poudre, apres on renga tout le monde dans
les postes convenables, pendant ce temps voyans que
nous no decouvrions rien nous fumes partie nous jetter
sur nos cadres avec nos armes pour nous reposer quelques
heures et apres aller relever les autres;
Sur les deux heures comme nous causions sur le pont
et que nous ne pensions plus a rien, un soldat qui etoit
allé dans les porteaubans pour faire ses necessitez
apperçut ce navire a demie portée de fanion qui
vouloit tout d'un coup nous prendre a l'abordage,
soit qu'il n'eut point la force de rachever ses affaires, ou
qu'il en avoit mis la moitié dans sa culotte, il s'en vint
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mourant de peure puant comme un bouque nous
dire que nous estions perdus; Son air effaré et sa
voix tremblante nous intimida dabord, nous voulumes
luy demander ce qu'il vouloit dire mais nous ne pumes
en rien apprendre davantage, notre capitaine envoya un
matelot pour scavoir ce que c'estoit, mais apeine fut il
hors de la chambre que plusieurs autres vinrent nous
avertir que le forbant étoit sur nous, alinstant chacuns
se plasserent dans leur poste, on vint au sol et mimes
entravers sans qu'il s'en appersut car il faisoit tres sombre
et nous ne faisions aucun bruit, nous luy envoyames
notres bordée sans luy donner le tems de se reconnoistre
nous virames de bord et nous luy envoyames la seconde
bordée et rechargeames promptement. Il ne jugea
pas apropos de rachever ce qu'il avoit assez bien commance
et gagna promptement au large sans que sa bordée
de canon ne nous ait fait aucun mal, nous passames
le reste de la nuit a veiller mais il ne revint plus;
Sur les 8 heures du matin nous attrapames une trentaine
de fois qui vinrent ce poser sur les vergues, ces oiseaux
sont tres bestes puisqu'ils se laissent prendre a la main et
quand on les a mis sur le pont a cour ils ne s'envollent plus
quoy qu'ils ayent de grandes ailes; sur les 9 heures 1/2 le
matelot qui etoit en haut a la decouverte cria qu'il voyoit
terre. Il dessendit on luy donna double ration cette journée
pour recompance, nous montames au grand peroquet ou
nous vimes effectivement la terre a pres de 10 lieux suivant
l'estimation du pilotte.
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L'isle de la Dominique fut la première que nous vimes
a tribord, et a babord la Martinique. Nous passames au
milieu des deux isles, elles sont eloigner de 12 lieux l'une
de l'autre; Le landemain nous laissames a tribord de nous
la Guadeloupe, et l'isle d'Ebarbade, le reste de la journée
nous filames 11 noeuds. Le même jour nous primes un
marcoin, ce qu'il y a de particulier dans cet animal c'est que
quoy qu'il soit coupé par morceaux il remue toujours, il a des
dents jusques dans le col, il a une pierre dans la teste
que l'on pretant estre d'un secour tres util pour les femmes
qui sont entravail d'enfant en leurs faisant prendre dans
un boüillon de cette piere en poudre, il est aussy bien
que la tortue propre a bien des sortes de remedes, il a le
sang chaud; Selon mongou il n'est pas trop bon a manger
cependant il a la chere tres blanche a peu pres comme celle du
brochet mais la repugnance de manger la chere humaine
m'en a degouté.
La driade fregatte angloise(ayant manqué de
vivres et ayant pris le dessin de relacher aux ports les plus pres
pour y faire en même temps de l'eau) nous raconta qu'ayant
veus passer le long de leurs bord un gros requin le harponnerent
et eurent avec 2 palans assez de peine a l'embarquer que
cependant l'etant, cet animal frapoit si fort avec sa queue qu'il
attrapa un miserable cochon qui fut tué sur l'heure du
coup qu'il receut, et qu'au plustot ils furent contrains de se
mettre 6 hommes avec des haches pour luy couper la queue
ou sont sa vie et sa force, et apres l'ouvrirent, comme ils
alloient faire l'ouverture de sa poche qui etoit tres grosse
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au premier coup de couteau elle se fendit assez pour leurs laisser
voir un hamac dans lequel etoit un homme tout entier qu'ils
reconnurent pour celuy qu'ils venoient de jetter a la mer il y
avoit environ 8heures, ils le rejeterrent bien promptement a,
l'eau et nous leurs donnames les secours qu'ils nous demanderent
pour les aider a gagner le premier port.
Notre capitaine nous anonça ce jour a souper que nous avions
perdus dix barils d'eau qui avoient étes percer par les rats
et que par consequent nous naurions plus que chopine par jour
nous ne dimes rien et falut en passer par la, c'estoit une pitié
que devoir l'equipage faute deau sur les dens; Pour moy je
n'en pouvois plus. quand je buvois du vin il m'altheroit beaucoup,
de l'eaudevie encore plus. Enfin par bonheure que je me
ressouvins que javois 4 flacons plins deau de pays que javois
remplis a Lorient affin de tenir les flacons en etat et qu'ils
ne balottassent point dans la canevette. Jusque la javois un
tres grand mepris de cette eau, mais me trouvant dans un
climas plus chaud et ce retranchement impreveu etant
venu ne scachant plus que faire de ma personne j'offrois
mon vin pour la moitié d'eau sans pouvoir trouver personne
avec qui m'accommoder, je crus trouver a la fin un secret qui
etoit que je me mis sur mon cadre pour dormir et tacher
par la de dissiper lenvie extraordinaire que j'avois de
boire. Mais je ne pus jamais perdre le souvenir de leau,
justement dans ces momens je me representois des ruisseaux
et de belles fontaines d'eau claire et fraiches, qui ne faisoient
quaugmenter ma misere, etant accablé je vint heureusement
a penser que j'avois ces 4 flacons plins. je sautay avec transport
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abas de mon lit et fut à ma canevette ou j'en pris un qui
sembla aussy bon quil mavoit paru detestable. Je le resseray
et pris bien garde qu personne ne mut veu car l'on me
les auroit vollé. Il y eut de cette dizette 22 hommes de
l'equipage qui tombèrent malades du scorbu, la chopine
d'eau que nous avions etoit de l'eau ou les vers sautoient
dedans, avec cela puante et verdastre, encore fort chaude.
Cependant nous buvions ce nectard avec plaisir;
Toute sortes de malheures nous en voulurent car nous
n'estions qu'a 2 lieux de portorique sans pouvoir le
doubler paraport a la marée que nous avions contraire
qui nous remit au large ou nous nous vimes a lheure
et au moment de ne plus avoir d'eau dutout; nous vimes
un navire qui etoit devant nous eloigné environ d'une
lieue 1/2 et qui faisoit même route que nous, nous
mimes sur le champs pavillon en berne et luy tirames
un coup de canon sous le vent pour luy demander secours.
Mais malheureusement pour nous il ne nous entendit point
et poursuivit toujours sa routte et deux heures apres
nous apersumes terre, ce fut pour nous rejouissance
publique et cela ranima l'equipage. On fit servir toutes
les voilles quoy quayant vent largue et presques au plus
pres, nos peines furent encore veines car nous numes
que la satisfaction d'avoir reconnu l'isle saint domingre
nous courumes pendant 3 jours des bordez le jour nous faisions
route et la nuit nous mettions en travers et virions de bord
de peur d'aller echouer, enfin apres bien des fatigues
nous doublames la pointe qui nous embarassoit. Mais nous
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ne fumes pas a 10 lieux que le calme nous prit. Je crus que
ce jours que n'ayant pas la moindre allene de vent nous
etoufferions; Sur les 2 heures après midy nous appersumes
artavelle qui est une petit isle. Nous jugeames que nous
n'estions qua 25 lieux de la baye saint Louis;
Tous les matins nous avions l'agrement d'être embaumés
par la brise qui est le vent de tere. Il etoit remply de
divers audeurs odoriferantes qui nous recreoient tout
affet l'odorat, mon impatiance étoit sans egal de voir
la terre sans pouvoir y aller manger des oranges a ma
discression, et plusieurs autres fruits qui y sont exquis;
Mais ne pouvant faire autrement je pris mon party en galend
homme et fus m'amuser a pecher par un des babords de la
sainte Barbe ou je pris 800 (sans emplifiés qu'il a dit en intro) petits poissons bons a frire;
Sur les 4 heures dudit (9eme ?) jour nous appersumes un navire
sur le vent a nous, a babord, qui semblait singler sur nous
comme effectivement il y singloit, il fit en moins d'une heure
3 lieux, ayant hissé pavillon anglois, et nous pavillon
francois il saprocha jusqu'à la portée du porte voix; Nous
luy criames d'ou le navire, il nous repondit, et nous demanda
ou nous allions et qui nous estions, nous luy repondimes que
nous estions de Breste et que nous allions en Cource(je sais pas); Comme
nous parlions nous le mimes insensiblement sous le vent a
nous, nous estions chacuns dans nos postes en cas qu'il faille faire
feu, ce que nous crumes bien car s'etant mis en travers sur
nous, nous n'attendions plus que sa bordée et nous le bud (??)
sur la lice nous etions tous prets a luy reponde quand
nous vimes paroistre leur canot a la proue de leur vaisseau,
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nous ne brenlames point de nos postes et le laissames
venir a bord, ce qui les avoit fait estre si long tems a
mettre le canot a la mer, cest quils attendoient que nous y
missions le nostre car autrement ils l'auroient mis plus vite,
layant toujours suspendu en dehors sur 2 balans.
Lors dont que celuy qui avoit sté deputé fut monté a
bord il nous dit qu'il etoit second de ce vaisseau, monsieur Aubin
le fut recevoir luy fit mil politesses a son ordinaire
et ensuitte le fit passer dans la chambre ou il luy donna
une colation; Cet envoyé nous dit qu'il etoit corcere que
le vaisseau se nommoit le saint fort commandé par monsieur
Scemithe. Il nous apprit aussy qu'il y avoit environ 6 heures
qu'il avoit battu un batiment forbant sans pouvoir le
prendre qu'ils l'avoient poursuivie assez longtems mais
qu'estant plus leger qu'eux ils l'avoient perdus de veu, et
que nous ayant aperçeus ils avoient crus que c'estoit encor
luy qui apres s'estre greyer(??) revenoit a la charge;
Pendant qu'il parloit ainsy, l'equipage de son canot
etoit monté a bord et j'informoient au nostre combien
ils etoient mais ils tomberent entre les mains de quelques matelots
qui en scavoient dumoins ausy long queux qui leurs dirent qu'ils
estoient 300 hommes d'equipage et 30 passagers; Nous
appersumes qu'a leurs bord ils etoient aussy tous pres a faire feu.
J'y apperçus deux dames angloises aux fenestres de la chambre
du capitaine qui me parurent tres jolies; C'est assez la coutume
de l'anglois de mener en cource leurs femmes avec eux.
Lors que ce second capitaine corcere se fut bien raffraichy
eut bien bu, il nous dit qu'il alloit a son bord pour tacher
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