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@@ -4,6 +4,7 @@ Dedans il y a le pdf du livre, ainsi qu'un fichier .md qui est la traduction en
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# État d'avancement
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| Retranscription | adaptation des phrases | Français moderne |
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| pages 2 à 67 | pages 2 à 12 et 21 à 24 | |
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@@ -28,17 +28,238 @@ aller jusqu'au quai, ainsi dès lors, je commençais à changer
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de sentiments, en effaçant pour quelque temps le souvenir de
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mes parents et amis, ce qui ne fut pas une petite entreprise et de
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laquelle je ne serai jamais venu à bout, si je ne me fus servi
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une liqueur bachique; ce fut pour moi un expédient tout
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charmant, car lorsque j'en eus pris une certaine dose, j'oubliais
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mon sentiment, mes parents et mes amis et même
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jusqu'à, moi; après que j'eusse reposé quelques heures, nous
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remontâmes à cheval pour aller gagner le gîte qui était à Chartres.
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Mais avant d'y arriver, l'empressement que j'avais de
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m'éloigner d'un endroit où je croyais avoir laissé tout mon
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chagrin me fit pousser mon cheval avec une telle violence qu'un
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de ses pieds de devant venant à manquer me fit sauter par
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dessus sa tête, harnaché à peu près comme Don Quichotte excepté
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qu'au lieu de lance, j'avais un fusil à la main appuyé sur
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l'arçon de ma selle et mon cor de chasse autour de moi
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qui furent l'un et l'autre assez maltraités, car du coup, mon
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fusil fut rompu en deux; Voici comment je quittais la Beauce.
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J'arrivais à Chartres, cette ville est située
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sur une éminence dont les approches sont très mauvaises,
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principalement l'hiver. Il faut descendre par d'épouvantables
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chemins et ensuite remonter avant d'y entrer; Les
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rues sont assez mal pavées et fort étroites, outre cela
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elles sont la plupart très rapides; Etant donc arrivé du
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côté du moulin, la première personne qui s'offrit à mes
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yeux fut Mademoiselle Jutot. Je ressentis à l'instant une certaine
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joie, mais qui fut bientôt dissipée par le souvenir du
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temps que j'avais passé avec elle si agréablement à Meudon.
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D'abord, elle m'invita à venir souper où elle me reçut
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parfaitement. J'étais charmé de l'avoir vue, mais ce plaisir
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me coûta cher puisqu'il me replongea dans mes premiers
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chagrins et principalement, lorsqu'il fallut nous séparer.
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Comme il fallait que je remonte à cheval le lendemain de
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grand matin, je lui fis mes adieux de la manière la plus
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tendre qu'il me fut possible et je la quittais sur les minuits où
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de là, je m'en fus rejoindre mes camarades de voyage. Je me
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mis au lit, mais il me fut bien impossible d'y prendre le
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moindre repos, ayant l'esprit aussi embarassé que
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ci-devant; Sitôt le jour venu, nous continuâmes notre
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route et fûmes dîner à Champeron et de là coucher
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à Nogent le Rotrou qui est dans le Perche.
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Le lendemain, nous fûmes dîner à la Ferté Bernard et
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de là, souper à Saint Mars. Ce sont des petits villages dont ce
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dernier est fort joli. A l'hôtellerie où nous mîmes pied à
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terre, nous trouvâmes une grosse dondon de fort bonne
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mine qui nous conduisit dans une chambre où elle ne nous
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laissa manquer de rien et eut un soin très grand de moi.
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C'était la fille du logis. Je reçus avec plaisir ses attentions
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et lui en témoignais ma reconnaissance.
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En attendant le souper, comme cette maison était située
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au bord d'un beau bois de haute futaie où il y avait de
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très belles avenues, je fus avec mon cor m'y promener.
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J'y trouvais des ecchos magnifiques qui me procurèrent beaucoup
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plus de plaisirs que je devais en attendre, car je ne fus pas
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longtemps sans compagnie.
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Comme je n'étais pas beaucoup éloigné du
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château de Monsieur de Saint Mars, je vis venir à moi deux
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demoiselles. Je ne demeurais pas longtemps sans leur parler
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et aussi sans apprendre qui elles étaient. En les abordant,
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je fus ravi de leur beauté et je me trouvais au milieu d'elles
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comme un fer entre deux aimants, ne sachant laquelle des
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deux avait le plus de mérite. Cependant, Mademoiselle de Saint Mars quoi
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qu'avec un air fort négligé, me laissa voir à travers une
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coiffe à moitié abattue les plus beaux yeux et la plus belle
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bouche que jamais la nature ait formé sous les cieux
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de plus beau et de plus parfait. Charmé de mon heureuse
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rencontre, je commençai déjà à sentir l'effet de tant de
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charmes en mon cœur et même lui en avais déjà témoigné
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le regret et la peine que leur absence allait me causer quand
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je vis venir à nous un jeune homme assez bien fait, mais
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avec tant de ressemblance entre lui et mademoiselle sa sœur
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que j'aurais juré, si elle se fut retirée, qu'elle s'était déguisée en
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garçon. Il me pria, de la part de Monsieur son Père, d'entrer dans
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le château, qu'il souhaitait me voir; quoi que je ne fusse
|
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point avec la propreté que j'aurais souhaité, mais seulement
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en cavalier qui venait de mettre pied à terre et même encore
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avec mes bottes. Je ne laissais point que d'avoir l'honneur de
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donner la main à Mademoiselle de Saint Mars qui l'accepta avec une
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bonté et une naïveté toute charmante et vis que cela ne
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lui faisait point de peine. Qu'au contraire, elle recevait ce
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que j'avais l'honneur de lui conter avec plaisir; Lors donc
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je fus à la porte de l'appartement, j'entrais et je fis
|
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mes excuses à Monsieur et Mademoiselle de Saint Mars de ce que j'avais osé
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paraître devant eux en bottes et en l'état où j'étais; Ils me
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firent mille gracieusetés et m'ordonnèrent de me mettre à
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mon aise. Après m'avoir questionné de Paris et où
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j'allais, ils me firent l'honneur de me prier à souper
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avec eux, ce que je n'aurais refuser, attendu l'honneur qu'ils
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me faisaient. Nous nous mîmes à table où l'on servit,
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non pas comme à la campagne, mais avec toute la manière
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parisienne, c'est-à-dire très proprement. Après le souper,
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Monsieur me pria de donner du cor, ce que je fis assez bien,
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quoi qu'après avoir bien mangé, les échos étaient
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charmants dans ce bois. Tout ce qui me manquait, c'était
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l'occasion d'y pouvoir entretenir, comme j'avais fait auparavant
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mademoiselle sa fille, mais d'un autre côté, mes yeux me
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donnèrent la satisfaction de lui faire comprendre
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l'embarras où j'étais. Comme il se faisait déjà tard, je
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voulus prendre congé d'eux et les remercier de l'honneur
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qu'ils avaient bien voulu me faire, mais il me fut impossible.
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Ils me firent rentrer pour boire quelques liqueurs et Monsieur de
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St Mars me dit qu'il avait affaire au quai Saillard de
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grand matin, qu'il m'y mènerait et que nous y serions
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avant le messager, qu'il allait dire à un de ses domestiques
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d'aller à la Messagerie dire de ne point m'attendre.
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Effectivement, j'y couchais dans un très bon lit, pour dire
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que j'y dormis, je mentirai si je savais dire. Car joint
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à mes idées gracieuses qui s'offrirent cette nuit dans
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mon esprit, j'étais dans une chambre proche de celle
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de Mademoiselle de Saint Mars sans pouvoir seulement lui dire
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un mot, ce qui fit que je fus contraint de manger mon
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pain à la fumée.
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Le jour étant venu, je me levai pour tâcher
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d'aller jusqu'à l'hôtellerie, mais je fus fort étonné de
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voir venir Monsieur de St Mars dans ma chambre tout
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prêt à partir. Nous passâmes dans sa chambre où
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il y avait une table sur laquelle il y avait un
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potage et quelques viandes froides pour déjeuner.
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Madame de St Mars était dans son lit; ce qui me
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fâcha, c'est qu'avant de partir, j'eus le chagrin de
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ne plus revoir l'objet de mes amours parce qu'il
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était trop matin. Néanmoins, nous déjeunâmes et ensuite
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je pris congé de Madame en la remerciant de l'honneur
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qu'elle m'avait bien voulu faire; Je fus très sensible
|
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aux marques d'amitié qu'elle me témoigna, elle me
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dit adieu en me disant que j'allais peut-être perdre la
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France pour toujours, puis que j'allais sur un élément très
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périlleux. Je la remerciais derechef de la part qu'elle
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prenait à ce qui me regardait et la quittait ainsi.
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Monsieur de St Mars et moi montâmes ensuite dans une chaise
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et nous nous en fûmes à la dînée où nous arrivames avant
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le messager. Comme il avait affaire à une lieu ½ du
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quay Saillard, il me quitta avec toute la tendresse d'un
|
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véritable père et moi, avec tous les regrets possibles.
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Je me fis allumer un grand feu en attendant que le messager
|
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arrivât où j'eus le temps de m'abandonner à mes rêveries et
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à la rencontre que j'avais faite et perdue presque aussitôt.
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Pendant que je rêvais ainsi, je vis venir mes acamrades
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de voyage qui me firent un espèce de reproche de ce que
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Je les quittais presque à toutes les relâches. Je leur
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représentais que, m'étant trouvé si honoré et prié de
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si bonne grâce, que je n'avais pû me dispenser de
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répondre aux honnêtetés que l'on m'avait faites,
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desquelles je me souviendrai. Nous dînâmes étant toujours
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très bien servis. Je bus plus qu'à mon ordinaire pour
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chasser une tristesse qui ne demandait pas mieux
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que de reprendre racine en mon esprit. Ensuite, nous montâmes
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à cheval pour aller gagner La Flèche, ville fort jolie qui était
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notre couchée. Avant que d'y arriver, comme j'étais très
|
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mal monté, je tombais dans un trou où il y avait bien 5 à 6
|
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pieds d'eau. Ma rosse tantôt dessus moi, tantôt dessous, me
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fit boire plus que je n'aurais voulu, de sorte qu'en me
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débattant bien, je me débarrassais et sortis du trou à moitié noyé
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et mon cheval de même. J'y laissais un de mes pistolets.
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Ensuite je remontai sur ma bête, chancelants tous les deux et en
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très mauvais équipage pour tâcher de rattraper le messager
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qui était déjà très loin et dont j'avais encore 5 lieues à faire
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par temps très froid, de sorte que, quand j'arrivai j'étais
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gelé dans mes bottes. Le nommé de Troyes qui était mon
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camarade de voyagage s'était moqué de nos chûtes
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précédentes et même nous raillait encore. Lorsqu'il
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voulut faire faire une petite caracole à son cheval qui
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avait plus d'apparence que les nôtres, mais aussi
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fatigué et même plus, il le jeta assez lourdement dans
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un bourbier épais sous lui et se reposait là sur son corps.
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Nous vîmes bientôt un homme très embarassé de sa peau
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et qui n'avait nullement envie de nous badiner. Lorsque qu'il y fut
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resté un moment, nous fouettâmes son cheval qui, avec toutes
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les peines du monde, se releva et ensuite, le sieur de Troyes, mais
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ce fut là tout ce que lui et nous pûmes faire, car pour en sortir
|
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avec ses bottes, c'est ce dont il ne pût venir à bout. Il fut
|
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donc contraint d'en sortir nu-jambes. Cependant, il tenta avec
|
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une corde qu'il attacha au tuyau de la botte de la sortir,
|
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mais il lui fût impossible, la botte venant par morceaux.
|
||||
Il prit son parti en galant homme et monta à cheval
|
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nu-pieds. Heureusement pour nous qu'il faisait nuit quand
|
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nous entrâmes dans la ville, car nous aurions été hués par des
|
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enfants tant nous étions horriblement pleins de boue.
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Cette ville est fort jolie et emplie de jeunesse. Après nous
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être changés depuis les pieds jusqu'à la tête et un peu
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délassés, nous fûmes à la comédie qui fut jouée tant bien
|
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que mal. On représentait ce jour-là le «Malade Imaginaire».
|
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Dessus le théatre où nous étions, nous fîmes connaissance
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d'un jeune homme de fort bon air qui, lorsque la comédie
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fût finie, vint jusqu'à notre auberge avec nous où sur de
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simples prières que nous lui fîmes, il s'engagea à rester à
|
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souper, où il fit venir beaucoup d'extraordinaire tant
|
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en dessert qu'en vins et liqueurs. Comme je ne voulus
|
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point en être le sot, je pris l'hôte en particulier. Voyant
|
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que la dépense extraordinaire se montait fort haut, je m'informais
|
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à lui qui était ce jeune homme et s'il le connaissait. Il me
|
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répondit que oui et que c'était un jeune homme de famille,
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mais que c'était un bretailleur et un joueur, qu'il avait eu
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envie de nous en avertir, mais que jusque là, il n'en avait point
|
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trouvé l'occasion, ainsi que nous eussions à nous
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méfier de lui, qu'il ferait tout son possible pour nous
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tendre des pièges afin d'avoir notre argent. Je le
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remerciai de son bon avertissement duquel je me
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servis. Il me dit encore que, jusqu'à ce qu'il eut joué, il avait
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la bêtise de vouloir payer toute la dépense. Je fus
|
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charmé de m'être fait instruire et ensuite je me
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remis à table et me proposais bien de le faire jouer, non
|
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pas aux cartes, mais le rôle de la dupe. Pour cet effet, je
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lui inspirai beaucoup de gaîté pour son argent et
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moi, ne me gênais plus. Car de tout ce que je voulus boire
|
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et manger, je n'avais qu'à seulement lui en toucher
|
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légèrement quelque chose, j'étais sûr de l'avoir sur l'heure.
|
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À la fin du repas, je voulus savoir le compte, mais notre
|
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homme ne voulut jamais que nous en eussions la
|
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moindre connaissance. J'avais averti de Troyes de ce qui
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en était, de sorte que pour la façon, je voulus faire
|
||||
venir sur mon compte quelques liqueurs, mais il ne
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voulut jamais me le permettre. Après avoir causé un
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moment, il nous proposa une partie de masque pour passer
|
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le temps, je ne voulut point l'accepter et je lui alléguais
|
||||
que nous étions très las. Lorsqu'il vit que je ne voulais
|
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point mordre aucunement dans tout ce qu'il proposait,
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il nous offrit le café. Je l'acceptais non pas pour lui souffrir
|
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de payer mais du moins lui donner quelques liqueurs.
|
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Nous y fûmes, mais il voulut absolument payer le tout
|
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et fût parler à la maîtresse dudit lieu. Pendant ce temps, je
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profitais de l'occasion pour dire à Monsieur de Troyes de nous
|
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retirer, qu'il en était temps, mais il ne m'écouta point.
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Étant bien pensé, il voulut rester en me disant quelques
|
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sottises. Je lui répondis qu'il ferait beaucoup mieux de
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cuver son vin et qu'il en avait grand besoin. Il
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||||
continua toujours à m'en dire et se leva, m'ayant piqué
|
||||
au vif et me pria de sortir où je ne fus pas plus tôt dehors,
|
||||
qu'il tira son épée et m'en fournit sur le champ un coup.
|
||||
Heureusement pour moi que je le parais avec la main et
|
||||
sautant deux pas en arrière, j'eus le temps de tirer la
|
||||
mienne et de me mettre sur mes gardes. Pendant ce temps,
|
||||
il sortit notre aventurier et quelques autres personnes
|
||||
qui nous séparèrent. On nous engagea à rentrer, ce que je
|
||||
fis quoi qu'avec peu d'envie de le faire. Mais je ne voulus
|
||||
point quitter de Troys qui avait de l'or sur lui, qu'il aurait
|
||||
indubitablement perdu sans moi, car à toutes forces, il
|
||||
voulait jouer. Je pris le parti de le griser tout à fait où,
|
||||
lorsqu'il le fut, il nous laissa en repos et ne chercha plus qu'à
|
||||
dormir. Je ne laissais pas que de me trouver embarrassé,
|
||||
avec l'autre qui ne me donnait point de relâche pour jouer
|
||||
avec lui. Lorsqu'à la fin je fus poussé à bout, je lui dis
|
||||
que de tous les jeux, je n'en savais aucun, qu'il n'y avait que
|
||||
le briscambille que je jouais un peu. Nous y jouâmes
|
||||
jusqu'à 3heures ½ du matin. Joint à ce qu'il perdit avec
|
||||
moi une vingtaine d'écus, quoi que je lui passasse
|
||||
plusieurs tours de subtilité qu'il croyait que je ne voyais
|
||||
point, il paya néanmoins les liqueurs que nous avions bues
|
||||
qui se montèrent à 25 ou 30 écus, de façon que nous nous
|
||||
retirâmes tant amis qu'ennemis, cependant aux conditions
|
||||
que je devais lui donner sa revanche avant que de partir.
|
||||
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||||
Moi qui m'étais ménagé et qui n'étais point hors de
|
||||
raison, je dis au messager de nous faire partir à la fin, dis-je
|
||||
à la pointe du jour, et pour l'engager à le faire, je lui
|
||||
donnai un écu. Il ne manqua pas, car à la petite pointe
|
||||
du jour, il nous éveilla pour déjeuner et ensuite, nous montâmes
|
||||
à cheval. Monsieur de Troys me demanda excuse de tout ce qu'il
|
||||
avait fait et dit contre moi la veille dont il ne se souvenait
|
||||
pas; de sorte qu'au lieu d'avoir été les dupes de notre
|
||||
joueur, il resta totalement le nôtre. Nous fûmes
|
||||
gagner Durtal où nous trouvâmes le prêtre, comme il
|
||||
était dimanche, qui nous attendait pour dire sa messe,
|
||||
car la messagerie a ce prêtre pour lui dire la messe
|
||||
aussitôt qu'elle arrive.
|
||||
Les femmes de ce village, aussi bien qu'à
|
||||
Suette (Seiches-sur-le-Loir) où nous couchâmes, sont assez bien
|
||||
équipées. Elles portent des espèces de mantilles bleues et
|
||||
les autres rouges, toutes remplies de plis. Elles y sont très
|
||||
paysannes, jusqu'au prêtre qui n'y entendait point de
|
||||
malice, puisqu'il aurait eu besoin d'un maître d'école pour
|
||||
lui apprendre à lire car il ne le savait point.
|
||||
Après que nous eûmes passé Suette, nous arrivâmes
|
||||
le lendemain matin à la ville d'Angers qui est un second
|
||||
petit Paris où il y a fort beau monde et où on y est
|
||||
très bien servi. Cela me fit un plaisir extrême,
|
||||
m'imaginant être encore dans mon pays.
|
||||
J'ai oublié de vous dire qu'avant d'arriver dans la
|
||||
ville, l'on voit de très belles carrières d'où l'on tire la
|
||||
pierre d'ardoise. Comme je n'ai pas resté longtemps,
|
||||
|
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|
||||
à tourner me baigner pour la seconde fois. Je n'eus pas grand
|
||||
peine à me retirer car tout était calme.
|
||||
Enfin le vent étant devenu favorable pour mettre à la
|
||||
voile, nous fûmes faire nos adieux aux officiers du duc de
|
||||
Chartres qui allaient aux Indes. Ils appareillèrent le 15 et
|
||||
nous partîmes le 16 avec un vent nord est pour faire
|
||||
route vers St Domingue et de là la Louisiane.
|
||||
Nous sortîmes du port avec tout l'avantage
|
||||
possible. Je commençais à prendre plaisir de de me trouver
|
||||
sur un vaisseau qui marchait assez bien et aussi de
|
||||
voir la plupart des passagers tristes et pâles, se sentant
|
||||
des étourdissements sans relâche. Je me réjouissais en
|
||||
moi-même de n'avoir point leur déplorable sort quand, lorsque
|
||||
j'eus perdi de vue la terre et que le navire vint à s'émouvoir,
|
||||
je commençais à sentir certaines émotions qui me firent
|
||||
changer ma joie en tristesse. Cependant cela se passa pendant
|
||||
que tous ceux avec qui j'étais étaient toujours malades de plus
|
||||
en plus. J'aurais souhaité être de même qu'eux par l'ennui
|
||||
que j'avais de ne leur pouvoir parler et de les voir continuellement
|
||||
dans des vomissements affreux. Quelques jours se passèrent
|
||||
de la sorte, les uns l'appétit leur revînt, les autres ne
|
||||
vomissaient que rarement et se rétablirent de jour
|
||||
en jour. Lorsque malheureusement pour moi, il vint
|
||||
un vent plus fort que d'ordinaire qui nous mit tous dans
|
||||
un triste état, surtout moi qui n'y avait point encore passé.
|
||||
Je fus pendant 7 jours sans boire ni manger ni dormir et,
|
||||
toujours avec des étourdissements et débordements affreux,
|
||||
je ne pouvais m'empêcher de rire, quoi qu'en cet
|
||||
|
||||
# Page 22
|
||||
état, quand je regardais à côté de moi et que j'y apercevais
|
||||
une rangée de monde faisant tous la même musique,
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qui à l'envie les uns des autres en nous regardant, redoublions
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nos efforts jusqu'à ce que nous eûmes entièrement payé
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le tribut qui est dû à la mer. Ayant donc fait tous corps
|
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neuf, nous nous consolâmes les uns les autres, malgré ce que
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purent dire les officiers et matelots qui, bien loin
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de nous plaindre, nous représentaient au contraire tout
|
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ce qui peut être contraire à des coeurs abattus et très
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malades. Je ne demeurais que trois jours entiers à me remettre
|
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parfaitement. Autant j'avais manqué d'appétit, autant il m'en
|
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vint par la suite, ce qui fit que j'eus bientôt repris mon
|
||||
embonpoint que j'avais perdu et j'en fut quitte pour cela.
|
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Ce ne fut pas la même chose de quelques personnes et
|
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surtout des dames qui eurent toutes les peines du monde
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à se remettre et restèrent malades pendant plus de la moitié
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de la traversée.
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Deux jours après, nous aperçûmes deux vaisseaux
|
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sur les 6 heures du matin, l'un venant du sud faisant
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route sur nous, portant pavillon blanc que nous reconnûmes
|
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à 4 lieues 1/2 avec la lunette. Comme nous n'allions
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||||
pas tout à fait droit à lui, nous nous dérangeâmes un peu
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de notre route et arrivâmes sur babord pour aller plus
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droit à lui, ayant toujours eu soin, en cas de surprise, de
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nous tenir en état.
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Nous le laissâmes approcher jusqu'à la portée du porte-voix.
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Pour lors, notre capitaine qui était Monsieur Aubin Duplessis, du
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Havre, lui cria avec son porte-voix de mettre en travers
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et en même temps lui demanda qui il était, où il allait
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et d'où il venait. Il nous répondit qu'il était Français,
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qu'il se nommait la Vénus de Bordeaux, qu'il venait
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de la Queue, quartier de Saint Domingue et ensuite, il
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||||
nous questionna à son tour. Nous lui dîmes aussi où
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nous allions et après, nous nous séparâmes et nous nous
|
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souhaitâmes l'un à l'autre bon voyage. J'eus bien de
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la peine à le voir en aller, mais l'envie que j'avais
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de savoir qui était celui qui cinglait après nous
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me fis passer plus légèrement que je n'aurais fait sur le
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regret que j'avais de le quitter. Nous marchâmes avec
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la misaine seule en attendant celui qui était
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derrière nous. Il nous suivit une demi-journée,
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où ayant enfin reconnu qu'il était anglais et qu'il faisait
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sa route, nous nous remîmes aussi dans la nôtre
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et mîmes toutes voiles dehors et l'eûmes bientôt
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perdu de vue. Selon toutes apparences, il semblait
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||||
venir d'Angleterre et aller à Cadix.
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||||
Le jour suivant, nous eûmes un gros temps qui commença
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sur les 8 à 9 heures du matin et à 11 heures 1/2, nous
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reçûmes un coup de vent. Ce fut là que pour le premier que
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je vis je fis de belles reflexions et quantité de
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morales en moi-même qui étaient capables, de la
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manière que je les pensais, de ramener l'âme la plus
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écartée. Je m'y enfonçais de plus en plus quand j'en
|
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fus retiré par la vue d'une nombreuse troupe de
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marsouins qui nous fit espérer changement de temps
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et plus favorable. Je me remis donc de la peur que
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je venais d'avoir quand je fus replongé dans une
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autre, toute apposée à la précédente. Ce fut un calme
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tout plat qui nous survint et qui me fit plus de peine
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que la tempête d'où nous sortions. Car ne voyant
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aucun souffle de vent et un navire sans mouvement
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en mer est un triste spectacle. Voyant qu'il n'y avait point
|
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d'apparence d'en avoir de sitôt, je retombais de plus belle
|
||||
dans mes pensées et plus profondément qu'auparavant.
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||||
Avec cela, j'entendais les matelots qui juraient, étant
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||||
ennemis mortels du calme, parce que pour l'ordinaire,
|
||||
lorsqu'il dure, on retranche de leurs ratins pour faire
|
||||
vie qui dure. Enfin je déplorais mon triste sort
|
||||
sans cependant que personne s'en aperçoive quand notre
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capitaine qui était à observer les astres, sortit
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brusquement de sa chambre et fit passer tous
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les matelots sur le pont afin d'être tous prêts
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pour carguer les voiles et nous parer d'un grain affreux
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qui s'approchait de nous.
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@@ -15,8 +15,8 @@ Joint a quelques amis que je quittois, toutes ces choses reunies
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ensemble causerent en moy un tel boulvercement que j'en
|
||||
perdis le repos et l'appetie. neanmoins la nuit s'étant passee
|
||||
il fallut remonter a cheval ce qui fut un autre chagrin car plus
|
||||
je m'éloigois plus je me trouvois accablé; enfin Lors que je fus
|
||||
arrivé au quay de lauray(Le gé de Longroi) qui etoit la seconde dinée je ne me
|
||||
je m'éloignois plus je me trouvois accablé; enfin Lors que je fus
|
||||
arrivé au quay de lauray qui etoit la seconde dinée je ne me
|
||||
sentis point avoir plus de fin qu'a l'ordinaire au contraire jallois
|
||||
de pis en pis; Lors que deux messieurs avec les quels j'éstois sortis
|
||||
de Paris me voyant dans cet etat firent ce qu'ils purent pour
|
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@@ -31,14 +31,14 @@ mes parents et amis qui ne fus une petite entreprise. et de
|
||||
laquelle je ne serois jamais venu about si je ne me fus servis
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||||
de la liqueur Bachique; ce fut la pour moy un expediant tout
|
||||
charmant. car lors que jen eut pris une certaine dose j'oubliay
|
||||
mon sentiment mes parants et mes amis mais *mesme
|
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mon sentiment mes parants et mes amis mais mesme
|
||||
jusques a moy; apres que jusse reposé quelques heures nous
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||||
remontames a cheval pour aller gagner le giste qui etoit a Chartre
|
||||
mais avant d'y arriver l'ampressement que j'avois de
|
||||
m'éloigner d'un endroit ou je croyais avoir laissé tout mon
|
||||
chagrin me fit pousser mon cheval avec une telle violance que
|
||||
un de ses pieds de devant venant a manquer me fit sauter par
|
||||
dessus de sa teste harnaché a peu pres comme don guichot (don quichotte ?) excepté
|
||||
dessus de sa teste harnaché a peu pres comme don guichot excepté
|
||||
qu'au lieu de lance j'avois mon fusil a la main. apuyé sur
|
||||
l'arçon de ma selle, et mon corps de chasse autour de moy.
|
||||
qui furent l'un et lautre assez maltraites car du coup mon
|
||||
@@ -50,7 +50,7 @@ chemins et ensuitte remonter avant que d'y entrer; les
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||||
rues en sont assez mal paves et fort etroites, outre cela
|
||||
elles sont la plupart tres rapides; étant donc arrivé du
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||||
costé du moulin. La premiere personne qui s'offrit a mes
|
||||
yeux fut mademoiselle *Jutot, Je ressentis a l'instant une certaine
|
||||
yeux fut mademoiselle Jutot, Je ressentis a l'instant une certaine
|
||||
joye mais qui fut bien tot dissipée par le ressouvenir du
|
||||
temps que j'avois passé avec elle si agreablement a Meudon
|
||||
|
||||
@@ -66,12 +66,12 @@ de la je m'en fus rejoindre mes camarades de voyage. je me
|
||||
mis au lit mais il me fut bien impossible dy prendre le
|
||||
moindre repos ayant l'esprit aussy embarrassé que cy
|
||||
devant; sitot que le jour fut venu nous continuames notre
|
||||
routte et fumes diner a Champeron (Champrond-en-Gâtine ?) et dela coucher
|
||||
routte et fumes diner a Champeron et dela coucher
|
||||
a Nogent le Rotrou qui est dans le Perche.
|
||||
Le landemain nous fumes diner a la Ferté-Bernard et
|
||||
de la souper a St Marc (Saint-Mars-la-Brière?), ce sont des petits villages dont ce
|
||||
de la souper a St Marc, ce sont des petits villages dont ce
|
||||
dernier est fort joly a l'hostellerie ou nous mimes pied a
|
||||
terre nous trouvames une grosse doudou de fort bonne
|
||||
terre nous trouvames une grosse dondon de fort bonne
|
||||
mine qui nous conduisit dans une chambre ou elle ne nous
|
||||
laissa manquer de rien et eut un soing tres grand de moy
|
||||
céstois la fille du logis. je receus avec plaisir ses attentions
|
||||
@@ -89,7 +89,7 @@ chasteau de monsieur de St Marc je vis venir a moy deux
|
||||
demoiselles. Je ne demeuray pas longtemps sans leur parler
|
||||
et aussy sans apprendre qui elles etaient; en les abordans
|
||||
je fus ravie de leur beauté et je me trouvay au milieu d'elles
|
||||
comme un fer entre deux émans(aimants ?) ne sachant laquelle des
|
||||
comme un fer entre deux émans ne sachant laquelle des
|
||||
deux avoit le plus de merite. Cependant mademoiselle de St Marc quoy
|
||||
qu'avec un air fort negligé me laissa voir atravers une
|
||||
Coeffe moitié abatue les plus beaux yeux et la plus belle
|
||||
@@ -107,7 +107,7 @@ point avec la propreté que jaurois souhaitté. mais seulement
|
||||
en cavalier qui venoit de mettre pied aterre et même encore
|
||||
avec mes bottes je ne laissay point que d'avoir lhonneur de
|
||||
donner la main a mademoiselle de St Marc qui l'acceptat avec une
|
||||
bonté et une naiveté toute charmante et vis que cele ne
|
||||
bonté et une naiveté toute charmante et vis que cela ne
|
||||
luy faisoit point de peine. qu'au contraire elle recevoit ce
|
||||
que j'avois lhonneur de luy conter avec plaisir; lors dont
|
||||
que je fus a la porte de l'appartement. J'entray et je fit
|
||||
@@ -122,7 +122,7 @@ avec eux. ce que je n'auray refuser attendu l'honneur quils
|
||||
me faisoient nous nous mimes a table ou l'on servit
|
||||
non pas comme a la campagne mais avec toute la maniere
|
||||
parisienne c'est a dire tres proprement; apres le souper
|
||||
*Monsieur me pria de donner du corps ce que je fis assez bien
|
||||
Monsieur me pria de donner du corps ce que je fis assez bien
|
||||
quoy qu'apres avoir bien manger, les échos éstoient
|
||||
charmans dans ce bois. tout ce qui m'y manquoit c'estoit
|
||||
l'occasion d'y pouvoir entretenir comme j'avois fait aparavant
|
||||
|
||||
@@ -13,50 +13,50 @@ qui nous separerent; on nous engaga a rentrer ce que je
|
||||
fis quoy qu'avec peu denvie de le faire. mais je ne voulus
|
||||
point quitter de troyes qui avoit de l'or sur luy qu'il auroit
|
||||
indubitablement perdus sans moy car a toute force il
|
||||
vouloit jouer; je pris le party de le griser tout *allait ou
|
||||
vouloit jouer; je pris le party de le griser tout affait ou
|
||||
lors qu'il le fut il nous laissa en repos et ne chercha plus qu'a
|
||||
dormir. Je ne *laissay pas que de me trouver embarassé,
|
||||
dormir. Je ne laissay pas que de me trouver embarassé,
|
||||
avec lautre qui ne me donnoit point de relache pour jouer
|
||||
avec lui; Lors qu'a la fin je fus poussé about de luy dis
|
||||
que de tous les jeux je n'en savois aucuns qu'il ny avoit que
|
||||
le *briscambille [[règle du jeu]](https://salondesjeux.fr/brusquembille.htm) que je jouois un peu, nous y jouames
|
||||
avec lui; Lors qu'a la fin je fus poussé about je luy dis
|
||||
que de tous les jeux je n'en savois aucuns, qu'il ny avoit que
|
||||
le brisquambille [[règle du jeu]](https://salondesjeux.fr/brusquembille.htm) que je jouois un peu, nous y jouames
|
||||
jusqu'a 3 heures ¹/₂ du matin, joint a ce qu'il perdit avec
|
||||
moy une vingtaine d'écus quoy que je luy passasse
|
||||
plusieurs tours de subtilité qu'il croyoit que je ne voyois
|
||||
point. il paya neanmoins les liqueurs que nous avions bus
|
||||
qui se monterent a 25 ou 30 écus. de facon que nous nous
|
||||
retranmes tant amis q'u'ennemys. cependant aux conditions
|
||||
retirames tant amis q'u'ennemys. cependant aux conditions
|
||||
que je devois luy donner sa revanche avant que de partir
|
||||
|
||||
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|
||||
moy qui m'étoit menagé et qui n'étois point hors de
|
||||
raison je dis au messaher de nous faire partir a la fin dije
|
||||
raison je dis au messager de nous faire partir a la fin dije
|
||||
a la pointe du jours et pour l'engager a le faire je luy
|
||||
donnay un ecus. il ne manqua pas car a la petite pointe
|
||||
du jour il nous éveilla pour dejeuner et ensuitte montames
|
||||
a cheval; Monsieur de troye me demanda excuse de tout ce qu'il
|
||||
avoit fait et dit contre moy la veille, dont il ne se ressouvena
|
||||
avoit fait et dit contre moy la veille, dont il ne se ressouvinoit
|
||||
point; de sorte qu'au lieu d'avoir été les dupes de notre
|
||||
joueur, il restat totallement la *nostre; nous fumes
|
||||
joueur, il restat totallement la nostre; nous fumes
|
||||
gagner Durtal ou nous trouvames le Preste comme il
|
||||
etoit dimanche qui nous attendoit pour dire sa messe
|
||||
car la messagerie a se preste pour luy dire la messe
|
||||
aussitot quelle arrive.
|
||||
**Les femmes** de ce village aussy bien qua
|
||||
*Fuette ou nous couchames, sont assez plaisament
|
||||
Suette ou nous couchames, sont assez plaisament
|
||||
equipées, elles portent des especes de mantilles bleues et
|
||||
les autres rouges, toutes remplie de plis elles y sont tres
|
||||
paysannes, jusqu'au preste qui ny entendoit point de
|
||||
payisannes, jusqu'au preste qui ny entendoit point de
|
||||
malice, puis qu'il auroit eu besoin d'un maitre d'ecole pour
|
||||
luy apprendre a lire car il ne le scavoit point;
|
||||
apres que nous eumes passé Fuette nous arrivames
|
||||
apres que nous eumes passé Suette nous arrivames
|
||||
le landemin matin a la Ville d'Anger qui est un second
|
||||
petit paris ou il y a de fort beau monde, et ou on y est
|
||||
tres bien servy; cela me fit un plaisir extreme
|
||||
m'immaginant estre encore dans mon pays.
|
||||
J'ay oublié de vous dire qu'avant d'arriver dans la
|
||||
ville l'on y voit de tres belles carrieres d'ou l'on tire la
|
||||
biere d'ardoise. Comme je n'ay pas resté longtemps
|
||||
piere d'ardoise. Comme je n'ay pas resté longtemps
|
||||
|
||||
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|
||||
dans cette ville je ne puis vous en rien dire si ce n'est
|
||||
|
||||
@@ -4,19 +4,19 @@ a tourner me beigne pour la seconde fois. je n'us pas grand
|
||||
peine a me retirer car tout etoit calme;
|
||||
Enfin le vent etant devenu favorable pour mettre a la
|
||||
voille nous fumes faire nos adieux aux officiers du duc de
|
||||
chartre qui alloient aux indes ils apareillerent le 15 et
|
||||
chartre qui alloient aux indes. ils apareillerent le 15 et
|
||||
nous partimes le 16 mars avec un vent nord est, pour faire
|
||||
routte a St *domingre et de la a la Louisianne.
|
||||
routte a St Domingre et de la a la Louisianne.
|
||||
Nous sortimes du port avec tout l'avantage
|
||||
possible. Je commancois a prendre plaisir de me trouver
|
||||
dans un vaisseau qui marchoit assez bien et aussy de
|
||||
voir la plus part des passagers tristes et *pas se sentent
|
||||
voir la plus part des passagers tristes et pals se sentent
|
||||
des etourdissements sans relaches, je me rejouissois en moy
|
||||
même de navoir point leur deplorables sort, quand lors que
|
||||
j'us perdus de veue la terre et que le navir vint a s'emouvoir
|
||||
je commancay a sentir de certins emautions qui me firent
|
||||
changer ma joye en tristesse. cependant ce la se passa pendant
|
||||
que tous ceux avec qui j'estois avoient toujours malamdes de plus
|
||||
que tous ceux avec qui j'estois etoient toujours malades de plus
|
||||
en plus; j'aurois souhaitté estre de même queux par l'ennuy
|
||||
que j'avois de ne leurs pouvoir parler et de les voir continuellement
|
||||
dans des vaumissements affreux; quelques jours se passerent
|
||||
@@ -24,8 +24,8 @@ de la sorte, les uns l'apetit leurs revint les autre ne
|
||||
vaumissoient que rarement et se retablirent de jours
|
||||
en jours. Lors que malheureusement pour moy il vint
|
||||
un vent plus fort que dordinaire qui nous mit tous dans
|
||||
un triste etat surtout moy qui ny avoit point encore passé
|
||||
je fus pendant 7 jours sans boir ny manger ny dormir, et
|
||||
un triste etat surtout moy qui ny avoit point encore passé.
|
||||
Je fus pendant 7 jour sans boir ny manger ny dormir, et
|
||||
toujours avec des etourdissements et debordements affreux
|
||||
assurement je ne pouvois m'empecher de rir quoy quen cet
|
||||
|
||||
@@ -47,7 +47,7 @@ ce ne fut pas la meme chause de quelques personnes et
|
||||
surtout des dames qui eurent toutes les peines du monde
|
||||
a se remettre et resterent malades pendant plus de la moitié
|
||||
de la traversée;
|
||||
Deux jours apres nous apresumes deux vaissaux
|
||||
Deux jours apres nous apersumes deux vaisseaux
|
||||
sur les 6 heures du matin l'un venant du sud faisant
|
||||
routte sur nous portant pavillon blanc que nous reconnumes
|
||||
a 4 lieux 1/2 avec la lunette, comme nous n'allions
|
||||
@@ -56,36 +56,36 @@ de notre routte et arrivames sur babord pour aller plus
|
||||
droit a luy. ayans toujours eu soin en cas de surprise de
|
||||
nous tenir en etat.
|
||||
Nous le laissames aprocher jusqu'a la portée du porte voix,
|
||||
pour lors notre capitanie qui etoit Monsieur aubin duplessis, du
|
||||
pour lors notre capitaine qui etoit Monsieur Aubin duplessis, du
|
||||
havre, luy cria avec son porte voix de mettre en travers
|
||||
|
||||
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|
||||
et en même temps luy demanda quy il étoit, ou il alloit
|
||||
et d'ou il venoit; il nous repondit qu'il etoit francois
|
||||
qu'il se nommoit la Venus de Bordeaux, et qu'il venoit
|
||||
de la queüe quanrtier St domingre, et ensuitte il
|
||||
de la queüe quartier St domingre, et ensuitte il
|
||||
nous questionna a son tour, nous luy dimes aussy ou
|
||||
nous allions et apres nous nous separames et nous nous
|
||||
souhaitames lun a lautre bon voyage. jus bien de
|
||||
la peine a le voir en aller. mais l'envie que j'avois
|
||||
de scavoir qui etoit celuy qui *singloit apres nous.
|
||||
de scavoir qui etoit celuy qui singloit apres nous.
|
||||
me fi passer plus legerement que je naurois fait sur le
|
||||
regret que j'avois de le quitter; nous marchames avec
|
||||
la *migraine seulle en attendant celuy qui etoit
|
||||
la mizainne seulle en attendant celuy qui etoit
|
||||
derriere nous. il nous suivit une demie journée
|
||||
ou ayant enfin reconnu qu'il etoit anglois et qu'il faisoit
|
||||
sa routte. nous nous remimes aussy dans la nostre
|
||||
et mimes toutes les voilles dehors et l'eumes bien tot
|
||||
perdus de veue, selcon touttes apparances il sembloit
|
||||
venir d'angletterre et aller a Cadix.
|
||||
perdus de veue, selon touttes apparances il sembloit
|
||||
venir d'Angletterre et aller a Cadix.
|
||||
Le jour suivant nous eumes un gros temps qui commanca
|
||||
sur les 8 a 9 heures du matin et a 11 heures 1/2 nous
|
||||
reçumes un coup de vent. ce fut la que pour le premier qu
|
||||
reçumes un coup de vent. ce fut la que pour le premier que
|
||||
je vis je fis de belles refflections, et quantité de
|
||||
moralles en moy même qui etoient capables de la
|
||||
maniere que je les pensois de ramener l'ame la plus
|
||||
ecartée, je m'y enfoncois de plus en plus quant j'eu
|
||||
fues retiré par la vueue d'une nombreuse troupe de
|
||||
ecartée, je m'y enfoncois de plus en plus quant j'en
|
||||
fues retiré par la veue d'une nombreuse troupe de
|
||||
marçoins qui nous fit esperer changement de temps
|
||||
et plus favorable. Je me remis donc de la peure, que
|
||||
|
||||
@@ -124,12 +124,12 @@ nous mettre a table, mais nous n'y fumes pas deux
|
||||
minuttes qu'un second coup de vent nous prit en travers
|
||||
et fit pancher le navir de telle sorte qu'il nous fit
|
||||
tomber tous les uns par dessus les autres et pas un plat
|
||||
ne restat sur la table quoy qu'amarer dessus, chacun
|
||||
ne restat sur la table quoy qu'amares dessus, chacun
|
||||
se releva du mieux qu'il put, l'un avec 2 dents
|
||||
casser. lautre tout remply de sausse sur luy *et
|
||||
casser. lautre tout remply de sausse sur luy et
|
||||
de ce coup de mer l'on vint nous dire qu'il avoit
|
||||
pensé nous demaster. Cela me donna cruellement
|
||||
a penser du reste du voyage puis qu'a grand peine
|
||||
a penser du reste du voyage puisqu'a grand peine
|
||||
estions nous sortis de la rade nous avions de
|
||||
pareilles temps qui est ce donc que nous aurions
|
||||
par la suitte. j'aurois de bon coeur voulu retenir
|
||||
@@ -139,7 +139,7 @@ nous eumes une nuit en recompance tres mauvaise. non pas
|
||||
que la mer fut grosse. mais nous aprimes que nous devions
|
||||
passer pres le cap finisterre qui est des costes de Portugal,
|
||||
lequel est tres dangereux quand on l'approche de trop pres
|
||||
le landemain lon nous dit que nous en avions passé a 7 lieux,
|
||||
Le landemain lon nous dit que nous en avions passé a 7 lieux,
|
||||
sur les 2 heures cela nous rassurat entierement; ce jour nous
|
||||
rencontrames un batiment qui faisoit routte vers le nord.
|
||||
mais que nous ne pumes reconnoistre parce qu'il etoit trop
|
||||
@@ -166,14 +166,14 @@ a gouter les charmes du someil lors que le bruit confus
|
||||
et les cris persants qui se fesoient sur le pont murent
|
||||
bientot reveillé je prestay l'orreille attentivement. mais
|
||||
ne pouvant rien entendre qu'un redoublement aussy confus
|
||||
qu'auparavent. fit que je me jettay promptement en bas
|
||||
qu'au paravent. fit que je me jettay promptement en bas
|
||||
de mon cadre et courus sur le pont. je n'y fus pas plustot
|
||||
que jy vis une petite seine entre quelques matelots aquy
|
||||
lon avoit donné un oye qui aussitot etoit tombé a la
|
||||
mer. ils sy jetterent aussy apres; ils eurent non seulement
|
||||
de la peine a l'attraper mais aussy a se battre contre
|
||||
les requins qui en vouloient au gibier et aux chasseurs.
|
||||
malgré le peril que ces gens la couroient on ne pouvoit
|
||||
Malgré le peril que ces gens la couroient on ne pouvoit
|
||||
s'empecher de rire parce queux memes badinoient avec
|
||||
ces animaux; c'est un plaisir de voir des matelots a la mer
|
||||
le couteau entre les dents. car ils ne sy jettent jamais sans
|
||||
@@ -183,7 +183,7 @@ cela, affin de toujours se trouver en etat de se déffandre.
|
||||
contre les loups marins;
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||||
Nous vaugames deux jours tres paisiblement. le vent
|
||||
arriere nous fesoit filler egallement pendant ces deux jours la
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||||
nos 9 neuds 1/2 par heure mais il fraichit le jour suivant
|
||||
nos 7 neuds 1/2 par heure mais il fraichit le jour suivant
|
||||
* Le mot de filler des neuds en terme marin. est qu'en jettant en mer une certaine longeure
|
||||
|
||||
avec une telle violance. qu'il nous pensa jetter bas notre mat
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||||
@@ -193,7 +193,7 @@ chose. il sortoit du levant et s'avansoit sur nous avec
|
||||
toutes ses voilles dehors. cependant lors qu'il fut a 2 lieux distant
|
||||
de nous. il en carga une partie et soit qu'il nous crut plus
|
||||
forts que nous n'estions par l'espace de mats qui etoitent tres
|
||||
bieaux et comme il nous voyaoit entravert soit qu'il nous prit
|
||||
bieaux et comme il nous voyoit entravert soit qu'il nous prit
|
||||
pour un vaisseau de roy ou autrement. il changea de dessin
|
||||
et fi routte au nord, le vent ayant sur le midy beaucoup
|
||||
frechit nous fit freler ou autrement dit serrer la grande
|
||||
@@ -256,7 +256,7 @@ continué, le someil mayant accablé je fus malgré
|
||||
l'orrage me jetter sur mon lit quand sur les 1 heures
|
||||
1/2 dormant profondement je fus reveillé en sursault
|
||||
la bouche pleine d'eau sallée et tout noyé, je commancay
|
||||
a prerde un peu la tremoutade entendant y dire a l'aumonier
|
||||
a perde un peu la tremoutade entendant y dire a l'aumonier
|
||||
nous sommes perdus seigneur ayez pitié de nous, je crus
|
||||
bien pour lors que c'éstoit la mon dernier moment, avec
|
||||
cela les dames que j'entendois aussy pleurer, il ne m'en
|
||||
|
||||
@@ -147,10 +147,154 @@ de terre. Le jour suivant il passa deux balleines a babord
|
||||
de nous. notre second capitaine voulut leurs tirer un coup
|
||||
de canon. mais comme on l'apointoit elles disparurent
|
||||
Une chose qui me surprit c'est que pendant un 1/2 quart
|
||||
d'heure il plut sur l'avant jusqu'a la moitié du navir.
|
||||
d'heure il plut sur l'avant jusqu'a la moitié du navir
|
||||
|
||||
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|
||||
Sans qu'il tomba une goutte d'eau derriere. Sur le soir
|
||||
nous eumes un temps epouvantable paraport aux eclaires
|
||||
au tonner et a la pluye melée de vent qui nous fit
|
||||
changer notre route, la bare ne voulant plus gouverner;
|
||||
Le vent setant appaisé se calma tout plat. nous
|
||||
eumes le plaisir de voir un nombre infiny de poissons
|
||||
qui passoient le long du bord, dont les ecailles reluisoient
|
||||
comme si c'eut eté du feu.
|
||||
Le jour de Pasques [Note de traduction: 9 Avril 1729] etant venu on sélebra
|
||||
ce jour fort saintenant, car il ny a rien de plus dévot que
|
||||
le marin en mer sur tout dans le danger; On commança
|
||||
donc la journée par la Grande messe qui fut ditte en
|
||||
grande Ceremonie. On fit trois décharges la flame et
|
||||
les pavillons dehors. On fit la premiere decharge de
|
||||
mousquetterie au nombre de 50 coups et de 11 de canon;
|
||||
A l'introitte de la messe; Lautre a l'ellevation, et la
|
||||
derniere a la fin; Lors que le service fut nify nous
|
||||
dejeunames fort splandidement, notre capitaine avoit
|
||||
eu soing de donner la veille des ordres pour cela de sorte
|
||||
que rien ny manqua. Au dessert lors que la vapeur des
|
||||
liqueurs que nous bumes nous eut echauffé la cervelle nous
|
||||
nous mimes a chanter et chacun dit la sienne, et ne songeant
|
||||
plus qu'a nous divertir et commant nous passerions le temps
|
||||
pour moy je vins a dire que je n'etois point embarassé que
|
||||
je trouverois bien a le passer agreablement, sur ce mot
|
||||
notre aumosnier qui etoit un facessieux corps irlandois
|
||||
scachant qu'il y avoit une demoiselle a qui je faisois ma cour (qui
|
||||
etoit une de celle que javois trouvé a Hennebon) qu'elle recevoit
|
||||
|
||||
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|
||||
mes soins sans dumoins le faire voir a personne, et
|
||||
qu'au contraire il y en avoit une autre a qui je temoignois
|
||||
avoir de la complaisance le tour par politique, et qui
|
||||
y prenoit beaucoup de plaisir; Il prit donc ce sujet et pour
|
||||
nous donner la comedie en me voulant marier avec
|
||||
cette derniere qui m'aymoit a ladoration, et qui loing
|
||||
de le cacher le publioit bestement a tous ceux qui vouloient
|
||||
l'ecouter; Il est bon de vous dire que cette demoiselle
|
||||
passoit a la Louisianne pour y aller trouver Monsieur de Perrier
|
||||
commandant dudit pays dont elle se disoit parante, en
|
||||
effet elle l'etoit aussy mais de tres loing; Nonobstant cela
|
||||
elle alloit au Mississipy sous les hospices de notre capitaine
|
||||
pour s'y etablir. Voila son portrait. Elle n'etoit point jolie
|
||||
a beaucoup pres, fort imbesile et cependant mauvaise et
|
||||
maline, de tres petite espece la taille assez mal faite. Les
|
||||
cheveux d'un blond doré, le visage elongé et bazanné
|
||||
le nez canard, quatre dents dans la bouche qui couroient
|
||||
les unes apres les autres et agée de 25 ans;
|
||||
Ce fut moy qui fut lheureux mortel qui possedoit son
|
||||
coeur jusqu'au point quelle disoit que sitot quelle seroit
|
||||
arrivé a la nouvelle Orléans elle priroit Monsieur son cousin de
|
||||
ne luy point donner dautre epoux que moy. Elle me dit
|
||||
encore qu'a linstant quelle m'avoit veu elle avoit reconnu
|
||||
en moy tant de perfections, et de merite quelle avoit projetté
|
||||
des lors de navoir jamais dautre mary que moy quelle
|
||||
etoit bien persuadé que je le la demantirois pas; Non
|
||||
assurement mademoiselle luy repliques-je je rend grace
|
||||
au ciel du bonheur qu'il me veut bien procurer, vous
|
||||
|
||||
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|
||||
me faite plus dhonneur que je ne devois en esperer de ma
|
||||
vie, et si jay differé jusquà present a vous de clares
|
||||
ma passion, ce n'a ete nullement le manque d'amour
|
||||
mais seulement le respect qui m'engagoti au silance
|
||||
pour une personne de votre rang et de votre merite, et
|
||||
aussy que je ne pouvois jamais m'immaginer que vous
|
||||
eussiez resenty pour moy la moindre etincelle, mais que
|
||||
puisque cela etoit ainsy j'allois tacher a l'avenir de
|
||||
meriter par mes soins les bontez quelle voulloit bien
|
||||
avoir pour moy.
|
||||
Nous restames bien un quart d'heure a nous complimantez
|
||||
l'un et l'autre, et je crois que nous y serions encore si
|
||||
commancent a m'ennuyer je nus finy le premier.
|
||||
Je me repentis bien a la suitte du temps deluy avoir apris
|
||||
par cette etretien l'amour qu'en apparence je disois resentir
|
||||
pour elle. car pendant le reste de la traversée je ne pouvois
|
||||
n'y parler n'y aller en quelqu'endroit quelle ne se mella de
|
||||
la conversation, ou quelle fut sur mes pas, et même me
|
||||
voyant parler a ces autres demoiselles elle m'en fit quelques
|
||||
reproches et se mit la jalousie en teste avec juste raison
|
||||
car c'estoit d'une personne qui etoit aussy agreable
|
||||
quelle d'esagreable, non pas de ses grandes beautez
|
||||
mais d'une figure a passer par tout sans y trouver rien
|
||||
de ridicule. Comme l'on pouvoit aisement le remarquer sans
|
||||
nombre dans ma charmante maitresse qui ne c'essoit
|
||||
de mennuyer en me repettant toujours et atous moments
|
||||
que cette demoiselle êtoit d'un grand bonheur de me
|
||||
plaire. Cependant que si l'on compassoit(comparroit? typo) son meritte au
|
||||
|
||||
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|
||||
sien quelles pouroient bien etre égalles. Je fis tout mon
|
||||
possible pour l'assurer quelle l'emporteroit toujours partout
|
||||
et quelle seulle occupoit mon coeur sans aucune reserve
|
||||
tout autre quelle se seroit bien apperçu de mon peu de
|
||||
franchise dans ce que je luy jurois car quand l'amour
|
||||
n'en joue point il faut avouer qeu c'est de même qu'un
|
||||
corps sans ame, neamoins je fis du mieux qu'il me fut
|
||||
possible comme un homme peu expert dans ce langage.
|
||||
Cependant j'en fis assez pour quelle crut non seulement
|
||||
que je l'aimois mais même que je l'adorois.
|
||||
Plusieurs jours s'etoient deja passé dans cette
|
||||
intelligence apparante, et je commançois deja a m'en
|
||||
lasser cruellement. Lors que je crus m'appercevoir que
|
||||
cette farce ne faisoit point plaisir a Monsieur Aubin, cela me
|
||||
fit plaisir, et je me servis de ce pretexte pour en parler
|
||||
a l'aumonier affin qu'il dissuade cette pauvre fille de
|
||||
l'erreur ou elle etoit; Je luy dis donc que je croyois
|
||||
avoir remarqué que ce divertissement ne plaisoit point
|
||||
a notre capitaine; L'aumonier me dit qu'il falloit finir
|
||||
mais lors que notre rolle seroit joué, et que pour cela
|
||||
qu'il falloit que je la pressasse a se marier et que je l'en
|
||||
gagasse a luy en parler et comme elle avoit des ecus
|
||||
il luy demanderoit 100 ecus pour nous marier dans le bord
|
||||
cela fut conclu ainsy.
|
||||
Le landemain comme nous couchions, l'abbé, le
|
||||
second capitaine, l'ecrivain ces demoiselles et moy dans
|
||||
la grande chambre et que mon lit etoit assez pres de
|
||||
celuy de ma charmante, je la reveillay ne pouvant
|
||||
|
||||
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|
||||
dormir, et je me mis a luy en compter de façon que
|
||||
je n'us point de peine a la resoudre au mariage et
|
||||
même si j'us voulu elle m'en auroit donné d'avance
|
||||
pour gages quelques mais je ne voulus point aller
|
||||
sur les brisees de Monsieur aubin. Bref je luy dis qu'il
|
||||
etoit temps de nous marier puisque c'etoit son dessein,
|
||||
que pour moy le tems me paroistroit trop long si nous
|
||||
estions obligez d'attendre jusqua la Nouvelle Orleans que
|
||||
je ne pouvois plus attendre; Je luy dis aussy que j'en avois
|
||||
prevenu l'aumonnier qui m'avoit repondu qu'il le vouloit
|
||||
bien, et quil n'y avoit qu'a pour cela choisir le premier
|
||||
beaujour affin que cette feste ne fut troublé daucuns
|
||||
cottés, elle convint de tout ce que je voulus, je luy dis
|
||||
qu'il y avoit une chose qui m'embarassoit et qui me
|
||||
chagrinoit elle me pressa pour luy declarer. Enfin
|
||||
apres bien des instances qu'elle me fit je luy decouvris
|
||||
l'etat ou j'estois, et luy avouay que je n'avois point
|
||||
d'argent pour payer labbe. Elle me gronda fort
|
||||
et me dit quelle avoit une bource qui etoit a mon
|
||||
service de 50 Pistolles et que sitot quelle seroit levée
|
||||
quelle vouloit que je lacceptas. Effectivement lors qu'il
|
||||
fut jour elle se leva toutte transportéè de joye de tout ce
|
||||
que je luy avois dit la nuit et fut tirer de son coffre cette
|
||||
bource quelle m'aportat dans mon lit. Je lui dis qu'il
|
||||
ne me falloit que 10 pistolles et que je luy etois redevable
|
||||
de cette somme, que pour les 40 autres pistolles je la priois
|
||||
de les resserrer ce quelle ne fit qu'a pres bien des raisons
|
||||
que je luy dis pour l'engager a le faire; Je luy dis encore
|
||||
300
src/Retranscription/51-60.md
Normal file
300
src/Retranscription/51-60.md
Normal file
@@ -0,0 +1,300 @@
|
||||
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|
||||
qu'il falloit nous unir ce jour même sans plus differer et
|
||||
quelle n'avoit qu'a se mettre dans ses atous non pas que
|
||||
ce fut paraport a moy qui la trouvoit charmante en tous
|
||||
tems mais paraport a la compagnie qui voudroit bien nous
|
||||
honorer de leur presence, je ne luy disois pas cela sans
|
||||
raison car d'elle même elle etoit tres malpropre avec
|
||||
des bas toujours sur ses talons et des souliers en pentoufle.
|
||||
Elle suivit tout ce que je luy avois dis et fut depuis 5 heures
|
||||
jusques a onze du matin a s'ajuster et a se moucheter, elle
|
||||
perdit entierement avec nos badineries une robe de
|
||||
chambre de Perce fort belle quelle emplit de goudron.
|
||||
Note de traduction : elle a enlevé une robe de perse (style du tissu) qui était sale de goudron
|
||||
Lors quelle fut bien mouchetée et parée, que tout le
|
||||
monde etoit assemblé dans la chambre de Monsieur Aubin a
|
||||
nous attendre, avant qu dy aller je luy rendis ses 10 pistolles
|
||||
et luy dis qu'il valloit mieux quelle les donna elle même
|
||||
a l'aumonier. Elle les prit et me promit de les luy donner.
|
||||
Ensuitte je la pris par la main avec de beaux gants blancs
|
||||
et la conduisit jusqu'a la chambre du capitaine ou l'on
|
||||
ne put nous voir entrer avec nos airs serieux surtout elle
|
||||
sans etouffer de rir, il n'y en avoit point de plus embarassé
|
||||
que moy parce que jaurois bien eclatté aussy de tout mon
|
||||
coeur si je nus crain de gatter tout voyant qu'on se mocquoit
|
||||
d'elle mais je soutins assez bien mon rolle.
|
||||
Lors que je fus entré je la presentay a Monsieur Aubin pour quelle
|
||||
luy souhaitta le bonjour. Il la resut assez froidement
|
||||
mais elle ne s'en embarassa guere, ensuitte elle saluat toute
|
||||
l'assemblée et fut apres s'assoire aupres de notre abbé
|
||||
ou l'orsquelle y fut elle luy parla et insensiblement elle luy
|
||||
|
||||
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|
||||
glissa l'argent dont nous estions convenus pour le mariage
|
||||
croyant que personne ne l'avoit apperçus.
|
||||
Ces demoiselles n'en pouveant plus sortirent et emmenerent
|
||||
tous ceux qui etoient dans la chambre et nous enfermerent
|
||||
avec l'aumonier et resterent a ecouter a la porte se tenant
|
||||
les costes de rir tant des remontrances que nous fesoit le
|
||||
preste que des extravagants discours quelle luy tenoit;
|
||||
Lorsqu'il eut finy a nous exorter de bien nous aimer l'un
|
||||
et l'autre il nous ordonna de nous embrasser ce qui ne fut
|
||||
pas longtems sans s'executter; Il nous exortoit encore quand
|
||||
il vint un petit mot de la part du capitaine second m'avertir que son
|
||||
maitre me demandoit en bas dans la grande chambre;
|
||||
Je ne fus pas plustot sorty que tout le monde rentra feliciter
|
||||
Mademoiselle le Coq (c'est ainsy quelle se nomme) sur notre mariage
|
||||
elle reçeut ces compliments comme si effectivement les choses
|
||||
stoient faittes et avec une joye sans egalle pendant ce
|
||||
temps moy qui etoit allé en bas pour parler a Monsieur Aubin ou
|
||||
jn ne fus pas plustot devant luy qu'il me fit un grand eclat de
|
||||
rir. Il ne fallut pas beaucoup me prier pour en faire autant
|
||||
croyant comprendre le sujet pour lequel il le faisoit, mais
|
||||
par hazard m'etant retourné je fus tres etonné et redoublay
|
||||
mes rirs en appercevant ma pretendue derriere moy qui
|
||||
etoit demeurée comme immobille de ce que nous rion tant
|
||||
n'en scachant pas la raison, etant hors d'elle même,
|
||||
elle fit semblan d'avoir affaire a fouiller dans ses coffres
|
||||
ou apres une espace de tans voyant que nous restions toujours
|
||||
la sans rien dire seulement a la considerer elle prit le
|
||||
partie de remonter en haut;
|
||||
|
||||
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|
||||
L'ors qu'elle n'y fut plus. Il me dit qu'il falloit comme les
|
||||
choses etoient a ce quelle croyoit tres avancées faire naitre
|
||||
quelquinconveniant pour pouvoir mettre empechement au
|
||||
mariage affin de le rompre, apres avoir pensé quelques
|
||||
instans a ce sujet. Pour le mieux il se servit de son
|
||||
autorité, et me dit il faut que vous luy disiez que je vous
|
||||
ay deffendu de vous entretenir davantage avec elle, et que
|
||||
qui plus est si je m'apperçois du moindre clin d'oeil, je
|
||||
scauray bien y apporter un prompt remedre qui pouroit
|
||||
ne nous pas convenir et du quel vous pouriez vous en
|
||||
repentir a la suitte l'une et lautre;
|
||||
Je suivis cet avis qui nous grattoit luy et moy par ou il
|
||||
nous demangeoit, mais bien differament, car luy parcequ'il
|
||||
ne pouvoit plus enjouir comme auparavent n'etant plus
|
||||
attachée qua moy seul et qu'elle n'alloit plus le voir les
|
||||
soirs dans la chambre; Moy au contraire parcequelle
|
||||
etoit partout ou jestois dons j'estois très las et que je ne
|
||||
pouvois plus avoir aucune conversation libre avec ses
|
||||
autres demoiselles; Lors que nous eumes enfin convenud de
|
||||
ce que je devois dire nous remontames en haut mais il
|
||||
n'entra point dans la chambre et se tint caché derriere
|
||||
la porte pour écouter ce quelle diroit; Pour moy j'entray
|
||||
avec l'air tres triste et fus m'assoir a un des coins de la
|
||||
chambre ou elle ne tarda guerre a m'y venir trouver,
|
||||
et a me demander le sujet de mon chagrin pour quoy j'estois
|
||||
sy reveur et si je ne devois point etre au comble de
|
||||
ma joye etans déstinés l'un pour lautre. A ces mots
|
||||
je poussay un long soupir qui ne s'en fallut guere qu'il
|
||||
|
||||
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|
||||
ne se metamorphosa en un grand eclat de rire, mais
|
||||
miraculeusement je me retins. Elle me persecutta voyant
|
||||
que je ne luy repondois rien. Si bien qu'il fallut que je luy
|
||||
decouvre la meche, je luy dis que j'estois le plus
|
||||
infortuné de tous les hommes, qu'assurement j'avois
|
||||
quelque fois essuyé des revers de la fortune mais
|
||||
que jamais je n'enavois eu un pareille qui indubitablement
|
||||
m'alloit arracher une malheureuse vie qui apres ce coup
|
||||
ne me seroit jamais qu'audieuse.
|
||||
Elle demeura a ce discour trancis et un moment apres
|
||||
elle revint a elle et me demanda d'une voix tremblante
|
||||
quel etoit le malheur qui venoit de m'arriver je ne voulus pas
|
||||
encore luy dire mais apres bien des prieres quelle fit
|
||||
entendre a toute l'assemblée qui conversoient entre eux
|
||||
affin de nous laisser plus libre et aussy pour pouvoir rire a
|
||||
leurs aise de ses extravagances quils remarquoient tres
|
||||
attentivement, et d'un autre costé jestois bien aise de laisser
|
||||
voir a notre capitaine qui etoit a regarder deriere la porte
|
||||
qu'il nétoit pas le seul aimé je luy racontay tout ce que
|
||||
nous estions convenus Monsieur aubin et moy, elle me crut, et sitot
|
||||
que j'us finy de parler elle retomba dans une reverie plus
|
||||
profonde que la precedante ou apres elle se leva comme
|
||||
une personne au desespoir contre le capitaine faisant des
|
||||
gesticulations et disans des choses qui furent cause que les
|
||||
personnes qui etoient dans la chambre sortirent, (elle
|
||||
avoit encore la perfection de bien jurer) et moy fegnant
|
||||
d'estre tres sensiblement touché de son sort et du mien
|
||||
je me retiray ou je fus rejoindre l'aumonier et ses demoiselles
|
||||
|
||||
# Page 55
|
||||
que je trouvay assises sur leurs lit qui dechargoient leurs
|
||||
coeurs a force de rire j'en fis de même et laissay un
|
||||
libre cour aux ris que j'avois eté obligé de retenir.
|
||||
Pendant ce tems Monsieur Aubin qui etoit entré dans
|
||||
la chambre sur les entre faites qu'elle déclamoit contre
|
||||
luy la surprit et luy parla d'un ton tres severe,
|
||||
la menaça de l'enfermer s'il s'apersevoit seulement
|
||||
quelle me jetta le moindre regard. toutes ces menaces
|
||||
firent peu d'effet sur son esprit et n'empecherent pas
|
||||
quelle ne me parle mais effectivement s'estoit a
|
||||
l'echapade lors quelle entrovoit l'occasion elle me
|
||||
disoit qu'un temps viendroit quelle n'y moy ne ferions
|
||||
plus sous son pouvoir, et que pour lors nous pourions
|
||||
jouir paisiblement ensemble des plus parfaits plaisirs
|
||||
que jamais le dieu d'amour ait accordé a ses enfants.
|
||||
Et voila comme insensiblement finit nos amours, qui se
|
||||
tournerent en haine par la suitte;
|
||||
Le long du bord nous vimes cette même journée
|
||||
sur le soir passer un mort. C'est un oiseau parfait, il
|
||||
est tout blanc par le corps, de la grosseur d'un pigeon,
|
||||
le bec et les pattes d'un rouge tres if, il a de grands
|
||||
yeux noirs, les ailes et la queue d'un vers de mere.
|
||||
Cet animal nous fit juger que nous n'estions au plus qua
|
||||
20 lieux de terre car cet oiseau ne s'ecarte point de
|
||||
la terre;
|
||||
Il n'y avoit que 8 jours que notre derniere seine venoit
|
||||
de finir. Lors qu'il en survint une autre mais bien plus
|
||||
serieuse que la precedente. Elle commanca sur la nourriture
|
||||
|
||||
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|
||||
Comme nous estions fort mal noury et que depuis
|
||||
un tres long tems l'on nous servoit a la table toujours
|
||||
les mêmes choses, lassés d'êstre si mal nous ne pumes
|
||||
nous empecher d'en faire sentir quelque chose a notre
|
||||
capitaine; L'occasion s'en presenta un jour qu'il voulut
|
||||
nous retrancher l'eau quoy que tres puante nous disant
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||||
qu'il n'y en avoit plus que tant de barils. Comme nous n'en
|
||||
avions deja pas trop et que la challeur étoit insuportable
|
||||
par consequent qui nous atteroit infiniment, nous nous
|
||||
emportames tous et luy dimes qu'il nous faisoit manger
|
||||
trop de viande sallé que ce n'etoit point la les intentions
|
||||
de la compagnie qui entendoit et pretendoit qu'on embarqu'a
|
||||
des bons raffraichissements, comme jambons, langues,
|
||||
endouilles fromages, et ainsy du reste, qu'à l'egard de
|
||||
l'eau sil ne l'avoit pas prodigué a en faire arroser ses
|
||||
orangers nous n'en ferions point court ainsy qu'ayant
|
||||
forces poids ou les pusserons lioient la sosse, du lard
|
||||
jaune, du boeuf sallé, et du ris mal accomodé, cette
|
||||
nourriture nous deplaisoit tres fort, dautant plus que
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||||
nous scavions par nous même que tous les jours luy et les
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||||
autres officiers dejeunoient avec les raffraichissements qui
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||||
etoient egallement pour nous que pour eux, nous luy en
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||||
allions bien dire davantage toute suitte. Mais en cet endroit
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il semporta tres fort et nous dit que si nous n'etions pas
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comptans que nous prissions des cartes, nous le menassames
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de dresser un memoire que nous signerions tous ou nous
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marquerions a la compagnie tous les mauvais traitements
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qu'il nous faisoit, et que nous ferions partir ces plaintes
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par la premiere occassion, il voulut se servir de son
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||||
pouvoir absolu apella un sergent au quel il commanda
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d'aller chercher des fusilliers pour nous mettre tous aux
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||||
ferts jusqu'a ce que nous fussions arrivés a la baye
|
||||
Saint Louis ou l'on nous reduiroit a la raison, nous
|
||||
n'ûmes pas plûtot entendu cela quétant dans la grande
|
||||
chambre qui servoit de saitne barbe, nous sautames tous
|
||||
sur chacuns une arme pour nous mettre en deffance.
|
||||
Un nommé reitet garçon plein de coeur qui avoit servi
|
||||
dans plusieurs batailles ou il s'etoit fait aimé et fait
|
||||
reconnoistre pour brave principalement a belle grade
|
||||
ou il avoit fait plusieurs actions remarquables. Voyant
|
||||
que norte capitaine m'étoit l'epée a la main, sauta sur
|
||||
son sabre et fut pour luy en decharger un coup heureusement
|
||||
que je me trouvé assez pres de luy pour parer le coup
|
||||
avec le canon de mon fusil ou il fit une entaille dessus;
|
||||
nous dimes a monsieur Aubin que quoy qu'il fut le maitre dans
|
||||
son bord etant traitez comme nous etions sil continuoit
|
||||
nous saurions bien nous même nous faire traiter autrement
|
||||
que luy ou ceux qui ne le trouverois pas bon prissent des
|
||||
cartes et que sils vouloient raisonner encore nous les
|
||||
ferions sauter par dessus le bord;
|
||||
Nous luy parlions dans ces termes parceque nous avions
|
||||
de notre costé les soldats au nombre de 20 qui etoient
|
||||
tres mecontants de luy et qui avoient deja murmuré,
|
||||
ainsy n'y luy n'y son equipage nos ne le craignons
|
||||
point, il le vit bien et petit a petit se radoucit mais
|
||||
dans le fond de l'ame il n'en enragoit pas moins;
|
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||||
Ce qui luy fit appercevoir que tout etoit mécomptant c'est
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||||
que le sergent qu'il avoit envoyé avertir un soldat de venir y alla
|
||||
effectivement mais il y restat aussy. Cet homme fit bien de
|
||||
deserter en arrivant a la baye car il ne luy promettoit
|
||||
pas poire molle; Le landemain de notre dispute nous
|
||||
fumes un peu mieux servis, il nous fit (comme un homme
|
||||
tres politique fin et avare normand) a tous bonne mine
|
||||
car autrement il risquoit qu'a la premiere attaque les
|
||||
soldats et peutestre une partie de nous autres passagers
|
||||
nous ne nous rengassions du costé de l'hennemy. J'avoue
|
||||
qu'un capitaine se trouve bien embarassé lors qu'il a plusieurs
|
||||
passagers qui veulent etre bien et qui luy empechent par la
|
||||
de faire son compte autant qu'il le voudroit al leur depends.
|
||||
Nous apaisames les soldats le mieux que nous pumes
|
||||
qui murmuroient toujours, car a la vérité j'estimois
|
||||
infiniment notre capitaine qui le meritoit aussy a son interest
|
||||
pres qui le rendoit insuportable a nous qui en patissions.
|
||||
Le landemain me promenant sur le pont je
|
||||
vis plusieurs galleres sur l'eau ce sont des limons de la
|
||||
mer faits comme les pates nommez orreilles de suisse, le
|
||||
milieu est comme la fine peau d'un oignon et les bords
|
||||
sont bordez d'un couleur de roze pale. J'en attrapay une
|
||||
mais je ne lus pas plustot dans la main que je crus avoir
|
||||
la main perdue l'ayant toute en feu de la maniere que cela
|
||||
me cuisoit. Je la jettois promptement et demanday a quelques
|
||||
matelots ce qui mavoit brulé commant on le nommoit, il se
|
||||
mirent a rire de ce que jy avois eté attrapé ils me dirent
|
||||
que cestoit une gallere et que je pouvoits fort bien en avoir
|
||||
|
||||
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||||
la galle si je me grattois mais heureusement je nus rien.
|
||||
Je dessendis dans la chambre ou je me mis a jouer avec ces
|
||||
demoiselles, je n'y fus pas plustot que l'on vint nous
|
||||
dire qu'il y avoit a l'emerillon, (qui est un espece d'ameçon
|
||||
attache a une chesne de fer laquelle tient a un cordage
|
||||
de la grosseur dun pouce de diamèttre) un poisson
|
||||
d'une grosseur epouvantable, nous montames en haut ou
|
||||
on cargua les voils et l'on mit a la cape les matelots
|
||||
passerent sur le bord les uns pour hisser cet animal, et
|
||||
les autres pour regarder. Nous regardions bien aussy tous
|
||||
lors qu'apres qu'ils eurent tirés de l'eau environ 30 brasses
|
||||
de cordage on crut apercevoir au bout de cet emerillon
|
||||
comme un animal noir dune grosseur prodigieuse, car
|
||||
dans la mer les objets grossissent infiniment, enfin apres
|
||||
que chacun eut dit son sentiment sur ce que ce pouvoit
|
||||
etre il se trouva que cestoit un baril de gaudron qui
|
||||
s'etoit pris a l'emerillon; Peu de tems apres nous vimes
|
||||
a tribord un banc de poissons on apperçoit cela de fort
|
||||
loing. Ce sont des plottons d'une et deux lieux de
|
||||
longueur; Ce banc etoit composé de bonnittes, dorades,
|
||||
et autres, qui sautoient apres les poissons vollans;
|
||||
Et en l'air il y avoit des fregattes, des sols, et des goalans
|
||||
qui tombaient dessus les petits poissons, c'estoit une guerre
|
||||
animée entre les oiseaux et les poissons, une chose
|
||||
assez particuliere c'est que le sol sitot qu'il voit un poisson
|
||||
vollant il fonce dessus. mais quand par hazard il ne
|
||||
l'attrape point par la queue il ne l'avalle point,
|
||||
et s'élleve tres haut puis il le laisse tomber pour aussitot le
|
||||
|
||||
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|
||||
reprendre par la teste ou il l'avalle; C'est un charme
|
||||
d'avoir l'agilité avec la quelle cela se fait;
|
||||
En parlant de choses et d'autres Monsieur Aubin ayant entendu
|
||||
dire que ma feste etoit le landemain, me donna le soir
|
||||
ln un bouquet aves les instruments qui etoient dans le
|
||||
navire et me fit present d'un flacon de liqueur, et le lendemain
|
||||
il me donna un beau dejeuner. Je ne doute point que ce ne
|
||||
fut par amitié que ce qu'il en fit car effectivement je n'en
|
||||
etois point hay, mais la politique y avoit aussy un peu
|
||||
de part; Sur le soir nous appersumes un navir a 3 lieux
|
||||
et d'Ouest 1/4 suroit qui etoit notre route, que nous quittames
|
||||
pour porter dans l'oist suroy pour arriver surluy.
|
||||
ayant pendant ce temps regardé avec la longue veue
|
||||
nous aperçumes qu'il avoit hissé pavillon englois, pour
|
||||
aller plus vitte a luy nous defretames l'artimon et
|
||||
le peroquet de fougue ayant tout le reste dehors;
|
||||
quand il vit que nous faisions route sur luy a pleine
|
||||
voilles, il se remit en panne pour nous attendre avec
|
||||
toutes les voilles carguer; Lors que nous fumes plus
|
||||
pres nous vimes auil amenoit pavillon anglois et qu'il
|
||||
hissoit pavillon sans quartier, c'est un pavillon ou les
|
||||
vus ont 3 testes de mort avec des larmes et deux sabres
|
||||
en croix rouges le tout sur une etoffe noir les
|
||||
autres ont trois croissants ?? notre capitaine
|
||||
ayant veu que c'estoit un forbant quoy qu'il eut envie
|
||||
aussy bien que nous de continuer d'aller dessus, changea
|
||||
neamoins de sentimens paraport aux ordres de la
|
||||
compagnie qui sont d'eviter les occasions de combat.
|
||||
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Normal file
213
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Normal file
@@ -0,0 +1,213 @@
|
||||
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|
||||
Comme nous avions cessé de le poursuivre et que nous
|
||||
allions reprendre notre routte, nous luy vimes
|
||||
sortir a son tour jusquaux voils d'eté et fit route sur
|
||||
nous. Comme il n'y avoit plus de tems a perdre et qu'il
|
||||
marchoit mieux que nous, nous primes aussy le party
|
||||
de mettre en travers et carguames toutes nos voilles.
|
||||
Lors qu'il vit que nous estions resolus a l'attendre et
|
||||
qu'il eut examiné nos entre deux de mals soit qu'il
|
||||
nous juger estre un navir de roy ou que nous fussions
|
||||
plus forts que luy, il se resolut de cour des bordez,
|
||||
tantot il etoit devant nous et tantot derriere; Il avoit
|
||||
toujours grand soing de se tenir hors la portée de notre
|
||||
canon. Il fit ce manege jusqu'a la nuit ou nous nous
|
||||
attendions qu'il viendroit nosu surprendre, en cas
|
||||
d'attaque on prepara toutes choses en etat, on monta aussy
|
||||
dans les hunes en cas d'abordage des grenades et des
|
||||
flacons a poudre, apres on renga tout le monde dans
|
||||
les postes convenables, pendant ce temps voyans que
|
||||
nous no decouvrions rien nous fumes partie nous jetter
|
||||
sur nos cadres avec nos armes pour nous reposer quelques
|
||||
heures et apres aller relever les autres;
|
||||
Sur les deux heures comme nous causions sur le pont
|
||||
et que nous ne pensions plus a rien, un soldat qui etoit
|
||||
allé dans les porteaubans pour faire ses necessitez
|
||||
apperçut ce navire a demie portée de fanion qui
|
||||
vouloit tout d'un coup nous prendre a l'abordage,
|
||||
soit qu'il n'eut point la force de rachever ses affaires, ou
|
||||
qu'il en avoit mis la moitié dans sa culotte, il s'en vint
|
||||
|
||||
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|
||||
mourant de peure puant comme un bouque nous
|
||||
dire que nous estions perdus; Son air effaré et sa
|
||||
voix tremblante nous intimida dabord, nous voulumes
|
||||
luy demander ce qu'il vouloit dire mais nous ne pumes
|
||||
en rien apprendre davantage, notre capitaine envoya un
|
||||
matelot pour scavoir ce que c'estoit, mais apeine fut il
|
||||
hors de la chambre que plusieurs autres vinrent nous
|
||||
avertir que le forbant étoit sur nous, alinstant chacuns
|
||||
se plasserent dans leur poste, on vint au sol et mimes
|
||||
entravers sans qu'il s'en appersut car il faisoit tres sombre
|
||||
et nous ne faisions aucun bruit, nous luy envoyames
|
||||
notres bordée sans luy donner le tems de se reconnoistre
|
||||
nous virames de bord et nous luy envoyames la seconde
|
||||
bordée et rechargeames promptement. Il ne jugea
|
||||
pas apropos de rachever ce qu'il avoit assez bien commance
|
||||
et gagna promptement au large sans que sa bordée
|
||||
de canon ne nous ait fait aucun mal, nous passames
|
||||
le reste de la nuit a veiller mais il ne revint plus;
|
||||
Sur les 8 heures du matin nous attrapames une trentaine
|
||||
de fois qui vinrent ce poser sur les vergues, ces oiseaux
|
||||
sont tres bestes puisqu'ils se laissent prendre a la main et
|
||||
quand on les a mis sur le pont a cour ils ne s'envollent plus
|
||||
quoy qu'ils ayent de grandes ailes; sur les 9 heures 1/2 le
|
||||
matelot qui etoit en haut a la decouverte cria qu'il voyoit
|
||||
terre. Il dessendit on luy donna double ration cette journée
|
||||
pour recompance, nous montames au grand peroquet ou
|
||||
nous vimes effectivement la terre a pres de 10 lieux suivant
|
||||
l'estimation du pilotte.
|
||||
|
||||
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|
||||
L'isle de la Dominique fut la première que nous vimes
|
||||
a tribord, et a babord la Martinique. Nous passames au
|
||||
milieu des deux isles, elles sont eloigner de 12 lieux l'une
|
||||
de l'autre; Le landemain nous laissames a tribord de nous
|
||||
la Guadeloupe, et l'isle d'Ebarbade, le reste de la journée
|
||||
nous filames 11 noeuds. Le même jour nous primes un
|
||||
marcoin, ce qu'il y a de particulier dans cet animal c'est que
|
||||
quoy qu'il soit coupé par morceaux il remue toujours, il a des
|
||||
dents jusques dans le col, il a une pierre dans la teste
|
||||
que l'on pretant estre d'un secour tres util pour les femmes
|
||||
qui sont entravail d'enfant en leurs faisant prendre dans
|
||||
un boüillon de cette piere en poudre, il est aussy bien
|
||||
que la tortue propre a bien des sortes de remedes, il a le
|
||||
sang chaud; Selon mongou il n'est pas trop bon a manger
|
||||
cependant il a la chere tres blanche a peu pres comme celle du
|
||||
brochet mais la repugnance de manger la chere humaine
|
||||
m'en a degouté.
|
||||
La driade fregatte angloise(ayant manqué de
|
||||
vivres et ayant pris le dessin de relacher aux ports les plus pres
|
||||
pour y faire en même temps de l'eau) nous raconta qu'ayant
|
||||
veus passer le long de leurs bord un gros requin le harponnerent
|
||||
et eurent avec 2 palans assez de peine a l'embarquer que
|
||||
cependant l'etant, cet animal frapoit si fort avec sa queue qu'il
|
||||
attrapa un miserable cochon qui fut tué sur l'heure du
|
||||
coup qu'il receut, et qu'au plustot ils furent contrains de se
|
||||
mettre 6 hommes avec des haches pour luy couper la queue
|
||||
ou sont sa vie et sa force, et apres l'ouvrirent, comme ils
|
||||
alloient faire l'ouverture de sa poche qui etoit tres grosse
|
||||
|
||||
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|
||||
au premier coup de couteau elle se fendit assez pour leurs laisser
|
||||
voir un hamac dans lequel etoit un homme tout entier qu'ils
|
||||
reconnurent pour celuy qu'ils venoient de jetter a la mer il y
|
||||
avoit environ 8heures, ils le rejeterrent bien promptement a,
|
||||
l'eau et nous leurs donnames les secours qu'ils nous demanderent
|
||||
pour les aider a gagner le premier port.
|
||||
Notre capitaine nous anonça ce jour a souper que nous avions
|
||||
perdus dix barils d'eau qui avoient étes percer par les rats
|
||||
et que par consequent nous naurions plus que chopine par jour
|
||||
nous ne dimes rien et falut en passer par la, c'estoit une pitié
|
||||
que devoir l'equipage faute deau sur les dens; Pour moy je
|
||||
n'en pouvois plus. quand je buvois du vin il m'altheroit beaucoup,
|
||||
de l'eaudevie encore plus. Enfin par bonheure que je me
|
||||
ressouvins que javois 4 flacons plins deau de pays que javois
|
||||
remplis a Lorient affin de tenir les flacons en etat et qu'ils
|
||||
ne balottassent point dans la canevette. Jusque la javois un
|
||||
tres grand mepris de cette eau, mais me trouvant dans un
|
||||
climas plus chaud et ce retranchement impreveu etant
|
||||
venu ne scachant plus que faire de ma personne j'offrois
|
||||
mon vin pour la moitié d'eau sans pouvoir trouver personne
|
||||
avec qui m'accommoder, je crus trouver a la fin un secret qui
|
||||
etoit que je me mis sur mon cadre pour dormir et tacher
|
||||
par la de dissiper lenvie extraordinaire que j'avois de
|
||||
boire. Mais je ne pus jamais perdre le souvenir de leau,
|
||||
justement dans ces momens je me representois des ruisseaux
|
||||
et de belles fontaines d'eau claire et fraiches, qui ne faisoient
|
||||
quaugmenter ma misere, etant accablé je vint heureusement
|
||||
a penser que j'avois ces 4 flacons plins. je sautay avec transport
|
||||
|
||||
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|
||||
abas de mon lit et fut à ma canevette ou j'en pris un qui
|
||||
sembla aussy bon quil mavoit paru detestable. Je le resseray
|
||||
et pris bien garde qu personne ne mut veu car l'on me
|
||||
les auroit vollé. Il y eut de cette dizette 22 hommes de
|
||||
l'equipage qui tombèrent malades du scorbu, la chopine
|
||||
d'eau que nous avions etoit de l'eau ou les vers sautoient
|
||||
dedans, avec cela puante et verdastre, encore fort chaude.
|
||||
Cependant nous buvions ce nectard avec plaisir;
|
||||
Toute sortes de malheures nous en voulurent car nous
|
||||
n'estions qu'a 2 lieux de portorique sans pouvoir le
|
||||
doubler paraport a la marée que nous avions contraire
|
||||
qui nous remit au large ou nous nous vimes a lheure
|
||||
et au moment de ne plus avoir d'eau dutout; nous vimes
|
||||
un navire qui etoit devant nous eloigné environ d'une
|
||||
lieue 1/2 et qui faisoit même route que nous, nous
|
||||
mimes sur le champs pavillon en berne et luy tirames
|
||||
un coup de canon sous le vent pour luy demander secours.
|
||||
Mais malheureusement pour nous il ne nous entendit point
|
||||
et poursuivit toujours sa routte et deux heures apres
|
||||
nous apersumes terre, ce fut pour nous rejouissance
|
||||
publique et cela ranima l'equipage. On fit servir toutes
|
||||
les voilles quoy quayant vent largue et presques au plus
|
||||
pres, nos peines furent encore veines car nous numes
|
||||
que la satisfaction d'avoir reconnu l'isle saint domingre
|
||||
nous courumes pendant 3 jours des bordez le jour nous faisions
|
||||
route et la nuit nous mettions en travers et virions de bord
|
||||
de peur d'aller echouer, enfin apres bien des fatigues
|
||||
nous doublames la pointe qui nous embarassoit. Mais nous
|
||||
|
||||
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|
||||
ne fumes pas a 10 lieux que le calme nous prit. Je crus que
|
||||
ce jours que n'ayant pas la moindre allene de vent nous
|
||||
etoufferions; Sur les 2 heures après midy nous appersumes
|
||||
artavelle qui est une petit isle. Nous jugeames que nous
|
||||
n'estions qua 25 lieux de la baye saint Louis;
|
||||
Tous les matins nous avions l'agrement d'être embaumés
|
||||
par la brise qui est le vent de tere. Il etoit remply de
|
||||
divers audeurs odoriferantes qui nous recreoient tout
|
||||
affet l'odorat, mon impatiance étoit sans egal de voir
|
||||
la terre sans pouvoir y aller manger des oranges a ma
|
||||
discression, et plusieurs autres fruits qui y sont exquis;
|
||||
Mais ne pouvant faire autrement je pris mon party en galend
|
||||
homme et fus m'amuser a pecher par un des babords de la
|
||||
sainte Barbe ou je pris 800 (sans emplifiés qu'il a dit en intro) petits poissons bons a frire;
|
||||
Sur les 4 heures dudit (9eme ?) jour nous appersumes un navire
|
||||
sur le vent a nous, a babord, qui semblait singler sur nous
|
||||
comme effectivement il y singloit, il fit en moins d'une heure
|
||||
3 lieux, ayant hissé pavillon anglois, et nous pavillon
|
||||
francois il saprocha jusqu'à la portée du porte voix; Nous
|
||||
luy criames d'ou le navire, il nous repondit, et nous demanda
|
||||
ou nous allions et qui nous estions, nous luy repondimes que
|
||||
nous estions de Breste et que nous allions en Cource(je sais pas); Comme
|
||||
nous parlions nous le mimes insensiblement sous le vent a
|
||||
nous, nous estions chacuns dans nos postes en cas qu'il faille faire
|
||||
feu, ce que nous crumes bien car s'etant mis en travers sur
|
||||
nous, nous n'attendions plus que sa bordée et nous le bud (??)
|
||||
sur la lice nous etions tous prets a luy reponde quand
|
||||
nous vimes paroistre leur canot a la proue de leur vaisseau,
|
||||
|
||||
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|
||||
nous ne brenlames point de nos postes et le laissames
|
||||
venir a bord, ce qui les avoit fait estre si long tems a
|
||||
mettre le canot a la mer, cest quils attendoient que nous y
|
||||
missions le nostre car autrement ils l'auroient mis plus vite,
|
||||
layant toujours suspendu en dehors sur 2 balans.
|
||||
Lors dont que celuy qui avoit sté deputé fut monté a
|
||||
bord il nous dit qu'il etoit second de ce vaisseau, monsieur Aubin
|
||||
le fut recevoir luy fit mil politesses a son ordinaire
|
||||
et ensuitte le fit passer dans la chambre ou il luy donna
|
||||
une colation; Cet envoyé nous dit qu'il etoit corcere que
|
||||
le vaisseau se nommoit le saint fort commandé par monsieur
|
||||
Scemithe. Il nous apprit aussy qu'il y avoit environ 6 heures
|
||||
qu'il avoit battu un batiment forbant sans pouvoir le
|
||||
prendre qu'ils l'avoient poursuivie assez longtems mais
|
||||
qu'estant plus leger qu'eux ils l'avoient perdus de veu, et
|
||||
que nous ayant aperçeus ils avoient crus que c'estoit encor
|
||||
luy qui apres s'estre greyer(??) revenoit a la charge;
|
||||
Pendant qu'il parloit ainsy, l'equipage de son canot
|
||||
etoit monté a bord et j'informoient au nostre combien
|
||||
ils etoient mais ils tomberent entre les mains de quelques matelots
|
||||
qui en scavoient dumoins ausy long queux qui leurs dirent qu'ils
|
||||
estoient 300 hommes d'equipage et 30 passagers; Nous
|
||||
appersumes qu'a leurs bord ils etoient aussy tous pres a faire feu.
|
||||
J'y apperçus deux dames angloises aux fenestres de la chambre
|
||||
du capitaine qui me parurent tres jolies; C'est assez la coutume
|
||||
de l'anglois de mener en cource leurs femmes avec eux.
|
||||
Lors que ce second capitaine corcere se fut bien raffraichy
|
||||
eut bien bu, il nous dit qu'il alloit a son bord pour tacher
|
||||
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