# Page 11 étant bien pensé il voulut rester en me disant quelques sotises. Je luy repondis qu'il feroit beaucoup mieux de venir cuver son vin et qu'il en avait grand besoni; il continua toujours a m'en dire et se leva, mayant piqué au vif et me pria de sortir ou je ne fus pas plustot dehors qu'il tira son épée, et men fournit sur le champs un coup heureusement pour moy que je le paray avec la main et sautant deux pas en arrière j'eus le temps de tirer la mienne et de me mettre sur mes gardes. pendant ce temps il sortit notre avanturier et quelques autres personnes qui nous separerent; on nous engaga a rentrer ce que je fis quoy qu'avec peu denvie de le faire. mais je ne voulus point quitter de troyes qui avoit de l'or sur luy qu'il auroit indubitablement perdus sans moy car a toute force il vouloit jouer; je pris le party de le griser tout *allait ou lors qu'il le fut il nous laissa en repos et ne chercha plus qu'a dormir. Je ne *laissay pas que de me trouver embarassé, avec lautre qui ne me donnoit point de relache pour jouer avec lui; Lors qu'a la fin je fus poussé about de luy dis que de tous les jeux je n'en savois aucuns qu'il ny avoit que le *briscambille [[règle du jeu]](https://salondesjeux.fr/brusquembille.htm) que je jouois un peu, nous y jouames jusqu'a 3 heures ¹/₂ du matin, joint a ce qu'il perdit avec moy une vingtaine d'écus quoy que je luy passasse plusieurs tours de subtilité qu'il croyoit que je ne voyois point. il paya neanmoins les liqueurs que nous avions bus qui se monterent a 25 ou 30 écus. de facon que nous nous retranmes tant amis q'u'ennemys. cependant aux conditions que je devois luy donner sa revanche avant que de partir # Page 12 moy qui m'étoit menagé et qui n'étois point hors de raison je dis au messaher de nous faire partir a la fin dije a la pointe du jours et pour l'engager a le faire je luy donnay un ecus. il ne manqua pas car a la petite pointe du jour il nous éveilla pour dejeuner et ensuitte montames a cheval; Monsieur de troye me demanda excuse de tout ce qu'il avoit fait et dit contre moy la veille, dont il ne se ressouvena point; de sorte qu'au lieu d'avoir été les dupes de notre joueur, il restat totallement la *nostre; nous fumes gagner Durtal ou nous trouvames le Preste comme il etoit dimanche qui nous attendoit pour dire sa messe car la messagerie a se preste pour luy dire la messe aussitot quelle arrive. **Les femmes** de ce village aussy bien qua *Fuette ou nous couchames, sont assez plaisament equipées, elles portent des especes de mantilles bleues et les autres rouges, toutes remplie de plis elles y sont tres paysannes, jusqu'au preste qui ny entendoit point de malice, puis qu'il auroit eu besoin d'un maitre d'ecole pour luy apprendre a lire car il ne le scavoit point; apres que nous eumes passé Fuette nous arrivames le landemin matin a la Ville d'Anger qui est un second petit paris ou il y a de fort beau monde, et ou on y est tres bien servy; cela me fit un plaisir extreme m'immaginant estre encore dans mon pays. J'ay oublié de vous dire qu'avant d'arriver dans la ville l'on y voit de tres belles carrieres d'ou l'on tire la biere d'ardoise. Comme je n'ay pas resté longtemps # Page 13 dans cette ville je ne puis vous en rien dire si ce n'est quelle est fort marchande. Joint a ce que la Loire passe autravert; nous en partimes le landemain et nous nous embarquames dans un petit batteau couvert quils nomment cabanne lors que lon est de dans il abeau faire mauvais temps l'on ny est point mouillé; nous nous trouvames dedans une assez bonne compagnie. qui fit que nous ne nous ennuyames pas seulement un moment, Le soir nous mimes pied a terre a la pointe, et dela fumes coucher a Ingrande; Landroit de luy même n'est pas fort beau. cependant La loire qui passe devant luy donne une certaine guayté qui le rend aimable et encore plus s'il fut bien baty, nous fumes loger aux trois morts ou nous y fumes servy par de fort jolies filles. apres le souper comme il y avoit des violons devant nos fenestres nous y fumes. Je fus autant surpris dy voir le beaumonde qu'il y avoit que des dances bretonnes qui sy dansserent, ce sont dans ces dances des pas aussy Crotextes qu'il sen puisse voir; sur la fin nous y eumes de la dispute le tour paraport a Monsieur detroys qui est fort facile a se laisser surprendre par le vin ou lors qu'il est en cet etat il dit des sotises pour des honestetez, il y eut un si grand tapage que le bal finit tout le monde etant dans une deroute totalle. J'en fus tres mortiffié paraport a la connoissance que je venais de faire avec de tres aimables demoiselles qui a ma consideration firent apaiser le tumulte dont notre bande en auroit ete tres mauvaise marchande. l'on continua apres # Page 14 qu'ils furent sortis, pour moy je fus convié de rester par ses demoiselles qui m'accablerent d'honnestetés; j'appris en conversant avec elles quelles etoient a Ingrande depuis 8 jours avec mesdames leurs mere en partie de plaisir et quelles contoient y rachever les jours gras nous eumes plusieurs autres conversation auxquelles je commancois a prendre un extreme plaisir mais malheureusement pour moy le jour etant venu il fallut prendre congé d'elles et de toute l'assemblée pour aller ensuitte m'embarquer et aller gagner anceny ou nous nous arrestames avec un gentilhomme de cet endroit qui etoit venu d'anger avec nous, il nous y receut parfaitement bien; nous nous remimes en route pour aller gagner nante. ou nous restames dans cette ville cinq a six jours j'ay parlé d'anger pour la ressemblance de cette endroit aux manieres de paris mais nante le surpasse par la grande quantité de marchands et la belle jeunesse qui sy trouve, suivants les memes modes qu'a Paris. et au surplus vous y voyez quantité de vaisseaux dans le port qui l'embellisset encore davantage bref il est fort joly; je n'oubliray cependant point de parler de la fosse qui est un endroit de promenade pour les nantois le long de la loire, Lors que j'y ay passé l'on finissoit de batir la bource qui est magnifique et aussy un pont qui netoit pas moins bien construit; pendant que jy ay resté ce temps ne m'a pas duré un jour c'est un endroit on l'on invante tous les jours de nouvaux plaisirs, L'argent que je gagné a la fleche aux dupe # Page 15 m'aida a bien y passer mon temps, je fus a la comedie ou l'on joua la premiere fois le festin de Pierre qui ne fut pas mal represanté mais le landemain le philosophe marié fut generalement aplody de tout le monde, je fus encore au consers qui se donnoit 2 fois la semaine chez Monsieur montodoin gros negotian de cette ville enfin je n'aurois jamais songé a en decamper si j'avois eu de quoy y mener la vie que je fesois tout ma vie. mais n'ayant que ce qu'il me falloit pour achever mon voyage et rien de plus. je songay a prendre mes mesures pour en sortir pour aller gagner la roche foucault qui est un endroit dont monsiseur le duc de la roche foucault en est seigneur. nous y dinames, son chateau est tres antique, il faut monter fort haut pour aller sur la terrasse qui est magnifique par l'etendue de pays que l'on decouvre de dessus; j'y eus le plaisir de sonner du corps de chasse et de reveiller une meutte de chiens de 80 je les animay si bien qu'ils casserent leurs coliers pour venir a moy. Je crois que sy j'usse continué je les aurois emmenés a Pont-Chateau ou nous fumes souper; landroit est tres vilain de luy meme, c'est domage qu'il renferme de si beau sexe nous ne fumes pas plus tot arrivé la que Madame la Chenechal scachant qu'il y avoit des cavaliers d'arrivés nous fit avertir par sous main quelle avoit bal a soir chez elle; je n'avois pas grand envie de sortir ce soir la, parce que je venois d'avoir dispute qui nous fit faire tres mauvaise # Page 16 Cher pour un des djours gras ce qui ne nous etoit arrivé qu'en cet endroit la ; cependant m'etant un peu delassé je proposay a detroys dy aller tous les deux et ensuitte nous nous habillames, comme nous avions fait rencontre dans notre route d'un abbé nous ne voulumes pas le laisser seul. nous l'engagames a venir avec nous. ce qui nous fut assez difficil cependant il se debaucha et vint avec nous; assurement j'aurois beaucoup perdu en mon particulier si j'eusse manrqué d'y aller. car jy fus parfaitement bien receu et eus le plaisir de m'entretenir avec de tres aimables demoiselles qui fesoient l'ornement de cette assemblée; elles me demanderent des nouvelles de Paris, je leur aprit tout ce que j'en scavois et aussy de la cour dou je leurs dit que je sortois; enfin il etoit temps que le jour parut car je commancois a sentir que bientot j'allois perdre ma liberté; si je partis avec regret des endroits par ou j'avois passé. j'eus tout lieu de mettre celuy cy du nombre; nous remontames a cheval apres avoir pris quelques raffraichissements. autant j'avois pris de l'aversion en arrivant dans cet endroit autant jus de peine a le quitter, nous estions trois qui le regretions differament. l'abbé regrettoit le someil qu'il avoit perdu. Car a grand peine pouvoit il se tenir sur son cheval, detroys regretoit le grand abondance de vin qu'il avoit eté obligé dy laisser n'en pouvant plus prendre. et moy ce que je vous ay dit cy dessus; ainsy vous voyez que nos regrets etoient a tous les trois fort differents les uns des autres; # Page 17 De Pont-chateau nous fumes a la dinée qui etoit a la roche bernard en suitte nous fumes gagner vannes qui est une tres jolie ville. bien batie mais petite, nous en partimes le landemain au jour levant pour aller gagner auray et dela a hennebon ou nous quittames le messager; nous y arrivanmes de si bonne heure que nous aurions bien put si nous eussions voulu gagner jusqu'a Lorient. nous nous reposames nous fumes seulement sur le port. ou nous fretames un canot pour y aller le landemain; jeus le bonheur de renouveler connoissance avec notre hautesse que je n'avois jamais veu. Elle me prit pour une personne quelle avoit veu quelques mois auparavent. cela me fit plaisir car elle ne me traita point en etranger. comme elle etoit assez fort jolie je la laissay le plus qu'il me fut possible dans son erreur. et je tachay a en profiter, la crainte de manquer la durance fit que je m'informay si elle etoit encore en rade, on me dit que ouy, sur cela je me tranquillisay jusqu'au landemain dix heures; nos ne nous pressames point nous nous rendimes sur le port ou nous trouvames notre voiture toute preste a partir Monsieur detroy et moy y entrames, comme je faisois pousser au large. je vis venir deux fort aimables filles a ce que je crus mais je me tropmay car il y en avoit une de marie mais cela n'autoit rien de son merite au contraire. elles vinres nous prier de leur accorder passage ce quelles n'urent pas beaucoup de peine a octroyer de ma part car de mon naturel je suis toujours tres porté a rendre service au beau sexe autant qu'il est en mon pouvoir je fis remettre a terre et leur donnay la main pour # Page 18 entrer et ensuitte nous partimes. je fus charmé de leurs conversation. je m'informay ou elles logoient a lorient elle me l'enseignerent je leur temoingnay le plaisir que javois d'apprendre leurs demeure mais aussy le chagrin en même temps de ne pas jouir de ce bonheur plus longtemps. elle me dirent apparament que Monsieur embarque sur quelques navirs je leur repondis que ouy et que cestoit sur la durance. je ne fus jamais plus etonné que quand elles me dirent quelles y embarquoient aussy pour la *Cays St Louis. Je fus charmé de la rencontre que nous avions faite; en chemin faisant les batelliers qui nous menoient qui avoient entendus tout notre entretien jugerent bien que cestoit la premiere fois que nous passions par ces endroits et joint aussy a ce que nous leurs demandames le nom de plusieurs bois et maisons qui se presenterent a notre veue. ils ne dirent rien mais lorsque nous fumes a un endroit que l'on nomme petit bonhomme et la Petit bonne femme ils voulurent nous baptiser mais nous aimames miuex leur donner la piesse que de nous laisser mouiller; nous arrivames a lorient. ses demoiselle furent chez elles et nous fumes loger au compte de toulouze chez bachelier qui est une des meilleures auberges de lorient mais aussy bien cher car il nous en coutoit chaque jour un ecu de 6 par teste, Apres avoir resté a lorient environ 10 a 12 jours ne pouvant plus rester en place. quoy qu'asurement jy fusse tout les jours en fort bonne compagnier mais l'inquietude de scavoir le jour de notre depart, le chagrin destre absent de mes parens, et aussy celuy de voir ma bource diminuer # Page 19 a vueüe d'euille sans y pouvoir apporter aucun remede. tout cela causoit un boulversement dans mon esprit sans egal; neanmoins je conclus que tout ce que javois a faire et le meilleur party que je pourois prendres cestoit d'aller me releguer a bord de notre batiment, jy fis voiture mon petit bagage et nen sortis plus que pour maller promener quelques fois. Joint a ce que comme nous estions a un quart de lieux de lorient en rade, que l'on nomme la rade de Pelmanec. Il n'etoit point facile de trouver des canots a moins que ce ne fut celuy de notre bord, mais il ne pouvoit point etre atout moment par voye et par chemin; lors que jy fus donc arrivé jy trouvay des officiers tres polis qui me receurent le mieux du monde cela me fit plaisir d'estre avec de si aimables personnes je crus que ce seroit la même chose en mere qu'en rade mais par la suite du temps jay bein veu le contraire; Lors que nous fumes tous assemblés a bord ne scachant que faire. un jour qu'il faisoit un temps charment et qu'il ventoit petit frais. nous fimes partie d'aller promener en mer du costé de belliste pour essayer un canot, comme nous estions eloignés en 3/4 dheure, de chemine de deux lieux de terre, nous fumes surpris par un grain qui mit la mer dans une agitation atout craindre dans un canot, nous n'umes que le temps de serer nos voilles et apres de nous laisser aller augré du vent cependant nous avions toujours grand soing de nous mettre debout a la lame; malgré nos precautions le vent et la plage # Page 20 augmantant toujours nous faisoit embarquer de leau dans notre canot plus que nous ne voulions pour lors je ne disois pas ce que j'en pensois quoy que jusque la j'avois assez bien soutenu et caché mon effroit me fiant que jestois avec de tres bons marins mais quand je les vis sy embarassez bref jus grand peur mais je n'en laissay paroistre qu'autant queux com. nous estions a la mercy des vents tout dun coup sans y penser une lame vins qui nous prit en travert elle emporta un officier du duc de Chartre et moy avec elle a la mer, heureusement pour nous quune autre nous rejetta pres du canot ou nous rentrames plus mort que vif. il n'y eut qu'un matelot de trois qui s'estoient jettés a la mer apres nous qui ne put point gagner le bord on luy jetta le petit mat de *misaine sur lequel il se repausa en attendant que le grain fut passé et qu'on put le secourir. apres une heure de tourmante nous commancames a nous remettre de nos frayeures, les vents sapaiserent et nous vimmes rejoindre notre batiment faits comme des miserables qui avoient fait noffrage, pour nous consoler, lon se mocqua de nous, on fit le landemain une autre partie en mer, on me la proposa pour en estre, mais je les remerciay et leurs dis que j'avois une partie de chasse a terre, je n'avois garde dy retourner apres l'assaut que je venois dy faire pour la premiere fois que jy avois eté qui me dégoutoit cruellement de cet element. deux jours apres je retombay encore dedans mais je n'us aucune peure parceque c'estoit sur le bord en faisant charger des hardes dans une chaloupe la planche venant