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étant bien pensé il voulut rester en me disant quelques
sotises. Je luy repondis qu'il feroit beaucoup mieux de
venir cuver son vin et qu'il en avait grand besoni; il
continua toujours a m'en dire et se leva, mayant piqué
au vif et me pria de sortir ou je ne fus pas plustot dehors
qu'il tira son épée, et men fournit sur le champs un coup
heureusement pour moy que je le paray avec la main et
sautant deux pas en arrière j'eus le temps de tirer la
mienne et de me mettre sur mes gardes. pendant ce temps
il sortit notre avanturier et quelques autres personnes
qui nous separerent; on nous engaga a rentrer ce que je
fis quoy qu'avec peu denvie de le faire. mais je ne voulus
point quitter de troyes qui avoit de l'or sur luy qu'il auroit
indubitablement perdus sans moy car a toute force il
vouloit jouer; je pris le party de le griser tout *allait ou
lors qu'il le fut il nous laissa en repos et ne chercha plus qu'a
dormir. Je ne *laissay pas que de me trouver embarassé,
avec lautre qui ne me donnoit point de relache pour jouer
avec lui; Lors qu'a la fin je fus poussé about de luy dis
que de tous les jeux je n'en savois aucuns qu'il ny avoit que
le *briscambille [[règle du jeu]](https://salondesjeux.fr/brusquembille.htm) que je jouois un peu, nous y jouames
jusqu'a 3 heures ¹/₂ du matin, joint a ce qu'il perdit avec
moy une vingtaine d'écus quoy que je luy passasse
plusieurs tours de subtilité qu'il croyoit que je ne voyois
point. il paya neanmoins les liqueurs que nous avions bus
qui se monterent a 25 ou 30 écus. de facon que nous nous
retranmes tant amis q'u'ennemys. cependant aux conditions
que je devois luy donner sa revanche avant que de partir
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moy qui m'étoit menagé et qui n'étois point hors de
raison je dis au messaher de nous faire partir a la fin dije
a la pointe du jours et pour l'engager a le faire je luy
donnay un ecus. il ne manqua pas car a la petite pointe
du jour il nous éveilla pour dejeuner et ensuitte montames
a cheval; Monsieur de troye me demanda excuse de tout ce qu'il
avoit fait et dit contre moy la veille, dont il ne se ressouvena
point; de sorte qu'au lieu d'avoir été les dupes de notre
joueur, il restat totallement la *nostre; nous fumes
gagner Durtal ou nous trouvames le Preste comme il
etoit dimanche qui nous attendoit pour dire sa messe
car la messagerie a se preste pour luy dire la messe
aussitot quelle arrive.
**Les femmes** de ce village aussy bien qua
*Fuette ou nous couchames, sont assez plaisament
equipées, elles portent des especes de mantilles bleues et
les autres rouges, toutes remplie de plis elles y sont tres
paysannes, jusqu'au preste qui ny entendoit point de
malice, puis qu'il auroit eu besoin d'un maitre d'ecole pour
luy apprendre a lire car il ne le scavoit point;
apres que nous eumes passé Fuette nous arrivames
le landemin matin a la Ville d'Anger qui est un second
petit paris ou il y a de fort beau monde, et ou on y est
tres bien servy; cela me fit un plaisir extreme
m'immaginant estre encore dans mon pays.
J'ay oublié de vous dire qu'avant d'arriver dans la
ville l'on y voit de tres belles carrieres d'ou l'on tire la
biere d'ardoise. Comme je n'ay pas resté longtemps
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dans cette ville je ne puis vous en rien dire si ce n'est
quelle est fort marchande. Joint a ce que la Loire passe
autravert; nous en partimes le landemain et nous
nous embarquames dans un petit batteau couvert quils
nomment cabanne lors que lon est de dans il abeau faire
mauvais temps l'on ny est point mouillé; nous nous
trouvames dedans une assez bonne compagnie. qui fit
que nous ne nous ennuyames pas seulement un moment,
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augmantant toujours nous faisoit embarquer de leau dans
notre canot plus que nous ne voulions pour lors je ne disois pas
ce que j'en pensois quoy que jusque la j'avois assez bien soutenu
et caché mon effroit me fiant que jestois avec de tres bons
marins mais quand je les vis sy embarassez bref jus grand
peur mais je n'en laissay paroistre qu'autant queux com.
nous estions a la mercy des vents tout dun coup sans y
penser une lame vins qui nous prit en travert elle emporta
un officier du duc de Chartre et moy avec elle a la mer,
heureusement pour nous quune autre nous rejetta pres du
canot ou nous rentrames plus mort que vif. il n'y eut qu'un
matelot de trois qui s'estoient jettés a la mer apres nous qui ne
put point gagner le bord on luy jetta le petit mat de
*misaine sur lequel il se repausa en attendant que le grain
fut passé et qu'on put le secourir.
apres une heure de tourmante nous commancames a
nous remettre de nos frayeures, les vents sapaiserent et
nous vimmes rejoindre notre batiment faits comme des
miserables qui avoient fait noffrage, pour nous consoler,
lon se mocqua de nous, on fit le landemain une autre
partie en mer, on me la proposa pour en estre, mais je les
remerciay et leurs dis que j'avois une partie de chasse a
terre, je n'avois garde dy retourner apres l'assaut que je
venois dy faire pour la premiere fois que jy avois eté
qui me dégoutoit cruellement de cet element.
deux jours apres je retombay encore dedans mais je n'us
aucune peure parceque c'estoit sur le bord en faisant
charger des hardes dans une chaloupe la planche venant

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Rien a ma connoissance contre la vérité, bien loing de
me servir comme ont faits plusieurs historiens dans leurs
ouvrages de certains detours emplifies. pour servir
d'ornements, et s'attirer l'applodissement de quelques
personnes infatués de la fable,
**Je commanceray** donc mon recit par
Paris que j'ay quitté le 19 fevrier 1729. jour que jay commancé
ma routte, ma premiere relache fut a Palaiseau et dela
a Bonnel ou je couchay, cette premiere journée me sembla
tres rude par la fatigue du cheval et par un nombre infiny
de pensés et de regrets d'avoir quitte une famille qui ne
m'avoit jamais temoigné que des marques de bonté;
Joint a quelques amis que je quittois, toutes ces choses reunies
ensemble causerent en moy un tel boulvercement que j'en
perdis le repos et l'appetie. neanmoins la nuit s'étant passee
il fallut remonter a cheval ce qui fut un autre chagrin car plus
je m'éloigois plus je me trouvois accablé; enfin Lors que je fus
arrivé au quay de lauray(Le gé de Longroi) qui etoit la seconde dinée je ne me
sentis point avoir plus de fin qu'a l'ordinaire au contraire jallois
de pis en pis; Lors que deux messieurs avec les quels j'éstois sortis
de Paris me voyant dans cet etat firent ce qu'ils purent pour
mencourager; m'étant éxaminé serieusement et ayant veu
que si je continuois dans ma tristesse bienloing de terminer
mon voyage je courois grand risque de ne pas seulement
aller jusqu'au quais, ainsy des lors je commancay a changer
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de sentiments, en effacant pour quelques temps le ressouvenir de
mes parents et amis qui ne fus une petite entreprise. et de
laquelle je ne serois jamais venu about si je ne me fus servis
de la liqueur Bachique; ce fut la pour moy un expediant tout
charmant. car lors que jen eut pris une certaine dose j'oubliay
mon sentiment mes parants et mes amis mais *mesme
jusques a moy; apres que jusse reposé quelques heures nous
remontames a cheval pour aller gagner le giste qui etoit a Chartre
mais avant d'y arriver l'ampressement que j'avois de
m'éloigner d'un endroit ou je croyais avoir laissé tout mon
chagrin me fit pousser mon cheval avec une telle violance que
un de ses pieds de devant venant a manquer me fit sauter par
dessus de sa teste harnaché a peu pres comme don guichot (don quichotte ?) excepté
qu'au lieu de lance j'avois mon fusil a la main. apuyé sur
l'arçon de ma selle, et mon corps de chasse autour de moy.
qui furent l'un et lautre assez maltraites car du coup mon
fusil fut rompu en deux; voicy comme je quittay la Bosse
**J'arrivay** a Chartre, cette ville est située
sur une eminance dont les approches en sont tres mauvaise
principalement l'hyver. Il faut dessendre par d'épouvantables
chemins et ensuitte remonter avant que d'y entrer; les
rues en sont assez mal paves et fort etroites, outre cela
elles sont la plupart tres rapides; étant donc arrivé du
costé du moulin. La premiere personne qui s'offrit a mes
yeux fut mademoiselle *Jutot, Je ressentis a l'instant une certaine
joye mais qui fut bien tot dissipée par le ressouvenir du
temps que j'avois passé avec elle si agreablement a Meudon
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dabord elle m'invita a venir souper chez elle ou elle me receut
parfaitement, j'étois charmé de l'avoir veu mais ce plaisir
me couta cher puis qu'il me replongea dans mes premiers
chagrins et principallement lors qu'il fallut nous separer
Comme il falloit que je remonte a cheval le landemain de
grand matin je luy fis mes adieux de la maniere la plus
tendre qu'il me fut possible et je la quittay sur les minuit ou
de la je m'en fus rejoindre mes camarades de voyage. je me
mis au lit mais il me fut bien impossible dy prendre le
moindre repos ayant l'esprit aussy embarrassé que cy
devant; sitot que le jour fut venu nous continuames notre
routte et fumes diner a Champeron (Champrond-en-Gâtine ?) et dela coucher
a Nogent le Rotrou qui est dans le Perche.
Le landemain nous fumes diner a la Ferté-Bernard et
de la souper a St Marc (Saint-Mars-la-Brière?), ce sont des petits villages dont ce
dernier est fort joly a l'hostellerie ou nous mimes pied a
terre nous trouvames une grosse doudou de fort bonne
mine qui nous conduisit dans une chambre ou elle ne nous
laissa manquer de rien et eut un soing tres grand de moy
céstois la fille du logis. je receus avec plaisir ses attentions
et luy en temoingé ma reconnoissance,
En attendant le souper comme cette maison estoit située
sur le bord d'un beau Bois de haute *futes ou il y avoit de
très belles avenus; je fus avec mon corps de Chasse my promener
j'y trouvay des écos mangifiques qui me procurerent beaucoup
plus de plaisirs que je devois en attendre car je ne fus pas
longtems sans compagnie.
**Comme** je n'étois pas beaucoup éloigné du
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chasteau de monsieur de St Marc je vis venir a moy deux
demoiselles. Je ne demeuray pas longtemps sans leur parler
et aussy sans apprendre qui elles etaient; en les abordans
je fus ravie de leur beauté et je me trouvay au milieu d'elles
comme un fer entre deux émans(aimants ?) ne sachant laquelle des
deux avoit le plus de merite. Cependant mademoiselle de St Marc quoy
qu'avec un air fort negligé me laissa voir atravers une
Coeffe moitié abatue les plus beaux yeux et la plus belle
bouche que jamais la nature ait formé sous les cieux
de plus beau et de plus parfait; Charmé de mon heureuse
rencontre, je commancois deja a sentir l'effet de tant de
charmes en mon coeur, et meme luy en avois deja temoigné
le regret et la peine que leur absence malloit causer quand
je vis venir a nous un jeune homme assez bien fait mais
avec autant de ressamblance entre luy et mademoiselle sa soeure
que j'aurois juré si elle se fut retirée quelle étoit deguisé en
garçon; il me pria de la part de monsieur son pere d'entrer dans
le chasteau qu'il souhaittoit me voir, quoy que je ne fusse
point avec la propreté que jaurois souhaitté. mais seulement
en cavalier qui venoit de mettre pied aterre et même encore
avec mes bottes je ne laissay point que d'avoir lhonneur de
donner la main a mademoiselle de St Marc qui l'acceptat avec une
bonté et une naiveté toute charmante et vis que cele ne
luy faisoit point de peine. qu'au contraire elle recevoit ce
que j'avois lhonneur de luy conter avec plaisir; lors dont
que je fus a la porte de l'appartement. J'entray et je fit
mes excuses a Monsieur et mademoiselle de St Marc de ce que j'avois osé
parroistre devant eux en Botte et en l'état ou j'estois; ils me
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firent mil gracieusetés et m'ordonnerent de me mettre a
mon aise, apres m'avoir questionné de Paris et ou
jallois, ils me firent l'honneur de me prier a souper
avec eux. ce que je n'auray refuser attendu l'honneur quils
me faisoient nous nous mimes a table ou l'on servit
non pas comme a la campagne mais avec toute la maniere
parisienne c'est a dire tres proprement; apres le souper
*Monsieur me pria de donner du corps ce que je fis assez bien
quoy qu'apres avoir bien manger, les échos éstoient
charmans dans ce bois. tout ce qui m'y manquoit c'estoit
l'occasion d'y pouvoir entretenir comme j'avois fait aparavant
mademoiselle sa fille mais d'un autre costé mes yeux me
donnerent la satisfaction de luy faire comprendre
l'embaras ou j'estois; comme il se faisoit deja tard. Je
voulus prendre conger deux et les remercier de l'honneur
qu'ils m'avoient bien voulu faire, mais il me fut impossible
Ils me firent rentrer pour boir quelques liqueurs et Monsieur de
St Marc me dit qu'il avoit affaire au quay Saillard de
grand matin qu'il m'y meneroit et que nous y serions
avant le messager, qu'il alloit dire a un de ses domestiques
d'aller a la Mesagerie dire de ne me point attendre.
Effectivement jy couchay dans un tres bon lit, pour dire
que jy dormis je mentirois si je saurois dire. Car joint
a mes idées gracieuses qui s'offrirent cette nuit dans
mon esprit. J'éstois dans une chambre proche de celle
de mademoiselle de St Marc sans pouvoir seulement luy dire
un mot ce qui fit que je fus contrains de manger mon
pain a la fumée;
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**Le jour** étant veneu je me levay pour tacher
d'aller jusqu'a l'hotellerie; mais je fus fort étonné de
voir venir Monsieur de St Marc dans ma chambre tout
prest a partir. nous passames dans sa chambre ou
il y avoit une table sur laquelle il y avoit un
potage et quelques viandes froides pour dejeuner,
madame de St Marc etoit dans son lit, ce qui me
facha cest qu'avant de partir jus le chagrin de
ne plus revoir l'objet de mes amours par ce qu'il
étoit trop matin. neanmoins nous dejeunames et ensuite
je pris congé Madame en la remerciant de lhonneur
qu'elle m'avoit bien voulu faire; je fus tres sensible
aux marques d'amitié quelle me temoigna, elle me
dit adieu en me disant que jallois peutestre perdre la
france pour toujours puis que j'allois sur un élement tres
perilleux. je la remerciay derechef de la part quelle
prenoit a ce qui me regardoit et la quittay ainsy;
Monsieur de St Marc et moy montames ensuitte dans une chaise
et nous nous en fumes a la dinée ou nous arrivames avant
le messager. Comme il avoit affaire a une lieu ¹/₂ du
quay Saillard il me quitta avec toute la tendresse dun
veritable Pere, et moy avec tous les regrets possible;
je me fis allumer grand feu en attendant que le messagé
arrivat ou jus le temps de m'abandonner a mes reveries et
a la rencontre que j'avois fait et perdus presque aussitot
pendant que je raivois ainsy je vis venir mes camarades
de voyage qui me firent un espece de reproche de ce que
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je les quittois presque a toutes les relaches. Je leur
representay que m'étant trouvé si honoré et prié de
si bonne grasse que je n'avois pus me dispenser de
repondre aux honnestetes que l'on mavoit fait des
quelles je me ressouviendrois, nous dinames etant toujours
tres bien servy je bus plus qu'a mon ordinaire pour
Chasser une tristesse qui ne demandoit pas mieux
que de reprendre racine en mon esprit. ensuitte nous montames
a cheval pour aller gagner la fleche ville fort jolie qui étoit
notre couchée. avant que dy arriver comme j'éstois tres
mal monté je tombay dans un trou ou il y avoit bien 5 a 6
pieds d'eau ma *rosse tantôt dessus moy, tantôt dessous, me
fit boir plus que je naurois voulu. de sorte qu'en bien me
debattant je me debarassay et sorty du trou a moitié noyé
et mon cheval de meme jy laissay un de mes pistolets, ensuitte
je remontay sur ma beste. chanselans tous les deux et en
tres mauvais equipage pour tacher de rattraper le messager
qui etoit deja tres loing et dont javois encore 5 lieux a faire
d'un temps tres froid. de sorte que quand jarrivay jestois
gelé dans mes bottes; le nommé de troys qui etoit mon
camarade de voyage s'étant mocqué de nos chuttes
precedantes et même nous en railloit encore. Lors qu'il
voulut faire faire une petite caracole a son cheval qui
avoit un peu plus d'apparance que les nostres, mais aussy
fatigué et même plus il le jetta asser lourdement dans
un bourbier epoix sous luy et se reposoit la sur son corps
nous vimes bientot un homme tres embarassé de sa peau
et qui n'avoit nulment envie de nous badiner. Lors qu'il y eut
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resté un moment nous foitames son cheval qui avec toutes
les peines du monde se releva et ensuitte le sieur de Troys mais
ce fut la tout ce que luy et nous pumes faire car pour en sortir
avec ses bottes c'est ce dont il ne peut venir a bout il fut
donc contrain den sortir nud jambes. cependant il tenta avec
une corde qu'il attacha au tuyau de la botte de la sortir
mais il luy fut impossible la botte venant par morceaux
il prit son party en galant homme et monta sur son cheval
nud pieds heureusement pour nous qu'il faisoit nuit quand
nous entrames dans la ville, car nous aurions été huë des
enfans tant nous estions horiblement plins de boue;
Cette ville est fort jolie et emplie de jeunesse, apres nous
estres changé depuis les pieds jusqua la teste et un peu
delassé nous fumes a la Comedie qui fut jouée tant bien
que mal on representoit ce jour le malade Immaginaire
dessus le theastre ou nous estions nous fimes connoissance
d'un jeune homme de fort bonne air qui lors que la Comedie
fut finie vint jusqua notre oberge avec nous ou sur de
simples prieres que nous luy fimes il sengagea a rester à
souper ou il fit venir Beaucoup d'extraordinaire tant
en dessert qu'en vins et liqueurs; comme je ne voulus
point en estre le sot je pris l'hoste a particulier voyant
la depense extraordinaire se montoit fort haut je m'informay
a luy qui étoit ce jeune homme, et s'il le connoissoit il me
repondit que ouy et que c'estoit un jeune homme de famille
mais que cestoit un Bretailleur et un joueur, qu'il avoit eu
envie de nous en avertir mais que jusqula il n'en avoit
point trouvé l'occasion ainsy que nous eussions a nous
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meffier de luy. qu'il servit feroit tout son possible pour nous
tendre des pieges affin davoir notre argent; je le
remerciay de son bon avertissement du quel je me
servis il me dit encore que jusqu'a ce qu'il eut joué il avoit
la bettise de vouloir payer toute la depense je fus
charmé de m'estre fait instruire, et ensuitte je me
remis a table et me proposay bien de le faire jouer non
pas aux cartes mais le role de la *dupe pour cet effet je
luy inspiray beaucoup de guaité pour son argent et
moy ne me gesnay plus; car de tout ce que je voulus boir
et manger je n'avois qu'a seulement luy en toucher
legerement quelque chose j'estois sur de l'avoir sur l'heure
a la fin du repas je voulus savoir le compte mais notre
homme ne voulut jamais que nous en eussions la
moindre connoissance; j'avois averty de Troys de ce qui
en etoit de sorte que pour la façon je voulus faire
venir sur mon compte quelques liqueurs mais il ne
voulut jamais me le permettre; apres avoir causé un
moment ile nous proposa une partie de masque pour passer
le temps, je ne voulus point l'accepter. et je luy aleguay
que nous estions tres las; Lors qu'il vit que je ne voulois
point mordre aucunement dans tout ce qu'il proposoit
il nous offrit le caffé, je l'acceptay non pas pour luy souffrir
de payer mais pour dumoins luy donner quelques liqueurs
nous y fumnes mais il voulut absolument payer le tout
et fut parler a la maitresse du lieu, pendant ce temps je
profitay de l'occasion pour dire a Monsieur de Troys de nous
retirer qu'il en etoit temps, mais il ne m'écoutat point

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a tourner me beigne pour la seconde fois. je n'us pas grand
peine a me retirer car tout etoit calme;
Enfin le vent etant devenu favorable pour mettre a la
voille nous fumes faire nos adieux aux officiers du duc de
chartre qui alloient aux indes ils apareillerent le 15 et
nous partimes le 16 mars avec un vent nord est, pour faire
routte a St *domingre et de la a la Louisianne.
Nous sortimes du port avec tout l'avantage
possible. Je commancois a prendre plaisir de me trouver
dans un vaisseau qui marchoit assez bien et aussy de
voir la plus part des passagers tristes et *pas se sentent
des etourdissements sans relaches, je me rejouissois en moy
même de navoir point leur deplorables sort, quand lors que
j'us perdus de veue la terre et que le navir vint a s'emouvoir
je commancay a sentir de certins emautions qui me firent
changer ma joye en tristesse. cependant ce la se passa pendant
que tous ceux avec qui j'estois avoient toujours malamdes de plus
en plus; j'aurois souhaitté estre de même queux par l'ennuy
que j'avois de ne leurs pouvoir parler et de les voir continuellement
dans des vaumissements affreux; quelques jours se passerent
de la sorte, les uns l'apetit leurs revint les autre ne
vaumissoient que rarement et se retablirent de jours
en jours. Lors que malheureusement pour moy il vint
un vent plus fort que dordinaire qui nous mit tous dans
un triste etat surtout moy qui ny avoit point encore passé
je fus pendant 7 jours sans boir ny manger ny dormir, et
toujours avec des etourdissements et debordements affreux
assurement je ne pouvois m'empecher de rir quoy quen cet
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etat quand je regardois a costé de moy et que jy apersevois
un rangée de monde faisants tous la même musique
qui a l'envie les uns des autres en nous regardans redoublions
nos efforts. jusqu'a ce que nous eumes entierement payés
le tribut qui est du a la mer; ayant donc faits tous corps
neuf nous nous consolames les uns les autres. malgré ce que
nous purent dire les officiers, et matelots qui bien loing
de nous plaindre nous represontoient au contraire tout
ce qui peut etre contraire a des coeurs abatus et tres
malades; je ne demeuray que trois jours entiers a me remettre
parfaitement autant javois manqué d'apetie autant il m'en
vint par la suitte, ce qui fit que jus bientot repris mon
embonpoin que javois perdus et j'en fus quitte pour cela,
ce ne fut pas la meme chause de quelques personnes et
surtout des dames qui eurent toutes les peines du monde
a se remettre et resterent malades pendant plus de la moitié
de la traversée;
Deux jours apres nous apresumes deux vaissaux
sur les 6 heures du matin l'un venant du sud faisant
routte sur nous portant pavillon blanc que nous reconnumes
a 4 lieux 1/2 avec la lunette, comme nous n'allions
pas tout a fait droit a luy. nous nous derangames un peu
de notre routte et arrivames sur babord pour aller plus
droit a luy. ayans toujours eu soin en cas de surprise de
nous tenir en etat.
Nous le laissames aprocher jusqu'a la portée du porte voix,
pour lors notre capitanie qui etoit Monsieur aubin duplessis, du
havre, luy cria avec son porte voix de mettre en travers
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et en même temps luy demanda quy il étoit, ou il alloit
et d'ou il venoit; il nous repondit qu'il etoit francois
qu'il se nommoit la Venus de Bordeaux, et qu'il venoit
de la queüe quanrtier St domingre, et ensuitte il
nous questionna a son tour, nous luy dimes aussy ou
nous allions et apres nous nous separames et nous nous
souhaitames lun a lautre bon voyage. jus bien de
la peine a le voir en aller. mais l'envie que j'avois
de scavoir qui etoit celuy qui *singloit apres nous.
me fi passer plus legerement que je naurois fait sur le
regret que j'avois de le quitter; nous marchames avec
la *migraine seulle en attendant celuy qui etoit
derriere nous. il nous suivit une demie journée
ou ayant enfin reconnu qu'il etoit anglois et qu'il faisoit
sa routte. nous nous remimes aussy dans la nostre
et mimes toutes les voilles dehors et l'eumes bien tot
perdus de veue, selcon touttes apparances il sembloit
venir d'angletterre et aller a Cadix.
Le jour suivant nous eumes un gros temps qui commanca
sur les 8 a 9 heures du matin et a 11 heures 1/2 nous
reçumes un coup de vent. ce fut la que pour le premier qu
je vis je fis de belles refflections, et quantité de
moralles en moy même qui etoient capables de la
maniere que je les pensois de ramener l'ame la plus
ecartée, je m'y enfoncois de plus en plus quant j'eu
fues retiré par la vueue d'une nombreuse troupe de
marçoins qui nous fit esperer changement de temps
et plus favorable. Je me remis donc de la peure, que
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je venois d'avoir quand je fus replongé dans une
autre toute aposée a la precedente. Ce fut un calme
tout plat qui nous survint et qui me fit plus de peine
que la tempeste d'ou nous sortions, car ne voyant
aucun soufle de vent, et un navir sans mouvement
en mer est un tris spectacle voyant qu'il ny avait point
d'aparence d'en avoir sitot. je retombay de plus belles
dans mes pensées et plus profondement qu'au paravent
avec cela j'entendois les matelots qui juroient etant
ennemys mortels du calme par ce que pour l'ordinaire
lors qu'il dure on retranche de leurs rattions pour faire
vie qui dure, enfin je deplorois mon triste sort
sans cependant que personne s'en apersoive quand nostre
capitaine. qui etoit a observer les astres sortit
brusquement de sa chambre. et fit passer tous
les matelots sur le pont affin destre tous prets
pour carguer les voils et nous parer dun grin affreux
qui s'approchoit de nous. je passay dans sa chambre
avec les autres pour le voir venir mais je ne pus souffrir
son air sombre et noir sans horreur. voyant une
mer en fureur qui n'etoit pas loing de nous et qui nous
alloit entourer. je n'us pas tout affet tant de frayeurs
qu'a la premiere tempeste mais je n'us pas plus tot
entendu les cris confus des matelots pour faire la maneuvre
que je me figuré le mat beaucoup plus grand qu'il ne le fut
ce qui me fit marcher de même qu'un enfant qui chanselle;
il ne laissa pas cependant que destre fort viollent et comme
il s'apesoit, le souper etant servy nous dessendimes pour
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nous mettre a table, mais nous n'y fumes pas deux
minuttes qu'un second coup de vent nous prit en travers
et fit pancher le navir de telle sorte qu'il nous fit
tomber tous les uns par dessus les autres et pas un plat
ne restat sur la table quoy qu'amarer dessus, chacun
se releva du mieux qu'il put, l'un avec 2 dents
casser. lautre tout remply de sausse sur luy *et
de ce coup de mer l'on vint nous dire qu'il avoit
pensé nous demaster. Cela me donna cruellement
a penser du reste du voyage puis qu'a grand peine
estions nous sortis de la rade nous avions de
pareilles temps qui est ce donc que nous aurions
par la suitte. j'aurois de bon coeur voulu retenir
la terre dans ces moments la;
Le landemain ayant tous passé la journée assez tranquillement
nous eumes une nuit en recompance tres mauvaise. non pas
que la mer fut grosse. mais nous aprimes que nous devions
passer pres le cap finisterre qui est des costes de Portugal,
lequel est tres dangereux quand on l'approche de trop pres
le landemain lon nous dit que nous en avions passé a 7 lieux,
sur les 2 heures cela nous rassurat entierement; ce jour nous
rencontrames un batiment qui faisoit routte vers le nord.
mais que nous ne pumes reconnoistre parce qu'il etoit trop
loing de nous, sur le soir le vent ayant un peu frechy
et nous promenant sur le pont je fus tres etonné de voir
la mer toutte eteincelante. neanmoins je nausay le faire
remarquer a personne de peur que ce ne fut une chause
ordinaire. comme en effet j'appris que cestoit le sel qui
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faisoit cet effet lors que la mer etoit agitée. et nous en
reconnumes bien la verité ensuitte par un grand calme
qui nous prit car les eaux cessant d'estre a giter la mer
devint que trop belle, voyans que nous n'avancions plus
notre capitaine nous proposa de dancer. et commança
luy même a mener le branle, apres avoir dancér en
rond comme nous avions trois violons une vielle et
deux fluttes nous les fimes jouer et passames le reste de
la nuit a dancer. et aussy a jouer a plusieurs autres jeux
qui nous recreerent assez.
Jamais je ne me couchay avec plus de plaisir et fus moins
de temps a m'endormir que cette fois; je commançois meme
a gouter les charmes du someil lors que le bruit confus
et les cris persants qui se fesoient sur le pont murent
bientot reveillé je prestay l'orreille attentivement. mais
ne pouvant rien entendre qu'un redoublement aussy confus
qu'auparavent. fit que je me jettay promptement en bas
de mon cadre et courus sur le pont. je n'y fus pas plustot
que jy vis une petite seine entre quelques matelots aquy
lon avoit donné un oye qui aussitot etoit tombé a la
mer. ils sy jetterent aussy apres; ils eurent non seulement
de la peine a l'attraper mais aussy a se battre contre
les requins qui en vouloient au gibier et aux chasseurs.
malgré le peril que ces gens la couroient on ne pouvoit
s'empecher de rire parce queux memes badinoient avec
ces animaux; c'est un plaisir de voir des matelots a la mer
le couteau entre les dents. car ils ne sy jettent jamais sans
cela, affin de toujours se trouver en etat de se déffandre.
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contre les loups marins;
Nous vaugames deux jours tres paisiblement. le vent
arriere nous fesoit filler egallement pendant ces deux jours la
nos 9 neuds 1/2 par heure mais il fraichit le jour suivant
* Le mot de filler des neuds en terme marin. est qu'en jettant en mer une certaine longeure
avec une telle violance. qu'il nous pensa jetter bas notre mat
d'artimont, la même matinée nous apperssumes un Vaisseau que
nous primes pour un forban ou un sattin qui est bien la meme
chose. il sortoit du levant et s'avansoit sur nous avec
toutes ses voilles dehors. cependant lors qu'il fut a 2 lieux distant
de nous. il en carga une partie et soit qu'il nous crut plus
forts que nous n'estions par l'espace de mats qui etoitent tres
bieaux et comme il nous voyaoit entravert soit qu'il nous prit
pour un vaisseau de roy ou autrement. il changea de dessin
et fi routte au nord, le vent ayant sur le midy beaucoup
frechit nous fit freler ou autrement dit serrer la grande
voille, et le perroquet de fouge; cette journée nous vimes
un nombre infiny de poissons volans dont il y en eut une
partie qui se prirent dans nos voils et tomberent sur le
pont. ce fut de ce poisson que je mangay le premier en
mer. il a fort bon gou et est tres delica. Le jour d'ensuitte
nous ne fimes pas 10 lieux tant la mer etoit houlleuse
qui nous fit beaucoup rouler la lame nous prenant
de costé, les vents s'étant ranger dans l'ouest nous
firent faire routte mais au plus pres nous ne fimes
pas grand trajet comme cela car bientot ils vinrent de
bout, ou contraire, il resterent comme cela toute la
nuit, il me fut bien impossible de dormir voyant la mer
en furie avec des lames qui sembloient a tous moments
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aller engloutir 50 vaisseaux comme notre flutte;
Le landemain nous appersumes un oiseau qui
nous fit juger que nous n'estions éloigné de terre que
d'environ 100 ou 150 lieux, nous receumes le dimanche
un grain qui nous prit pendant la messe. a peine le
preste put il la finir il la racheva heureusement car
comme il se desabilloit il en vint un 2ème si affreux que
nous pensames abimer joint aux roulis qui nous couchoient
avec le navir sur le costé; il n'y eut point autrement de
mal si ce n'est que plusieurs de nos poules, oyes, dindons
deux cochons, et un asne furent enlever par la dame
qui passoit par dessus le pont, nous fumes contrains de larguer
toutes les voilles a l'exception de la mizaine et du petit
humier; tout ce que je trouvay de plus triste c'est que nous ne
pumes diner au'avec du biscuit tout sec pour seulement
pouvoir aider a nous soutenir; voyans que le vent
duroit toujours avec la même force on ne mit point de
voiles dehors que sur les 4 heures. il ny avoit pas encore
un quanrt d'heure que l'on venoit de les hisser quand tout
dun coup il vnit un coup de vent, on voulut amener tout bas
mais il fut impossible de faire la moindre maneuvre. notre
grand humier, le petit, et la misaine, furent emportés a la mer
moy qui commancoit a m'amariner. je ne puis dans cette
occasion de faire echaper quelques mouvements de cranite
mais elle netoit point tout affait a blamer. puis qu'il etoit vray
que nous estions pres du precipice, les matelots eux mêmes
ne disoient point ce qu'ils en pensoient mais apres l'orage
je leurs ay entendu dire qu'ils croyoient bien etre contrains
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d'abattres les mas, jusqu'a l'aumonier qui etoit deja
tout presta nous donner le pasport pour l'autre monde,
il me fallut cela pour m'ahardir. et ne plus craindre
qu'avec juste raison. je me croyois bien affermy d'avoir
veu la mer terrible et notre navir plongé dans des
abimes qui etoient entourés de montagnes; je croyois
que c'estoit la tout ce que l'on pouvoit voir de plus affreux
a moins que de perir. mais je me trompois bien lourdement
je ne restay pa plus longtemps dans mon erreur qu'a
la nuit precedante ou le gros tems ayant toujours
continué, le someil mayant accablé je fus malgré
l'orrage me jetter sur mon lit quand sur les 1 heures
1/2 dormant profondement je fus reveillé en sursault
la bouche pleine d'eau sallée et tout noyé, je commancay
a prerde un peu la tremoutade entendant y dire a l'aumonier
nous sommes perdus seigneur ayez pitié de nous, je crus
bien pour lors que c'éstoit la mon dernier moment, avec
cela les dames que j'entendois aussy pleurer, il ne m'en
falut point davantage pour que je crus notre nofrage
certain. je me recommanday adieu a atous ses saints
l'aumonier dans ce moment nous donna la benediction
et j'employé le peu de temps que je croyois avoir a
demander pardon a dieu de mes pecher, il n'y a rien qui
vous puisse inspirer plus de devaution que ces sortes
d'occasion la.
Ayant donc veu que l'aumonier etoit monté
sur le pont je ne tarday guerre a luy aller trouveu, je
laissay nos dames sur leurs lits evanouies car dans
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cette occasion il n'y avoit point de galanterie chez moy
du moins je ne pus en avoir en songent qu'a ma peau et
comment je ferois pour la sauver.
Lors donc que je fus sur le pont je vis tout ce qui peut
s'offrir aux yeux de plus affreux, premierement la
mer etoit agitée extraordinairement et tout en feu
la pluye et les eclaires ne sembloient jetter leur claireté
seulement que pour nous faire voir le precipice, le
vent et lobscurité du Ciel etoient terribles enfin je
pris patience jusqu'a ce qu'il plut a dieu dordonner de
notre sort. Je m'informay qui-est-ce qu'il y avoit de
brisé dans le navir, on me dit qu'il n'y avoit rien, et
que cestoit une lame qui avoit embarquée sur le
pont qui avoit tombée dans la grande chambre ce
qui avoit effroyé l'abbé qui nous a avoué depuis
qu'il y avoit 12 ans qu'il navigoit mais qu'il navoit point
eu de semblables frayeures, ne voulans point croire
que ce fut de cette lame que je m'estois trouvé la bouche
remplie deau. je dessendis dans la chambre ou apres
avoir examiné je trouvay que cestoit les petites fenestres
qui sont au dessus des saborts qui avoient etés enfoncées
dont il y en avoit encore sur mon lit, j'en fus seulement
quitte pour la peure et pour faire chesher mon lit;
je fus ensuitte a ses dames que je fis revenir avec laide
du second capitanie le plus promptement que nous pumes
nous eumes le meme temps pendant trois jours entiers
sil eut continué nous estions pres a relacher aux iles
de Canarie n'en etant eloignés que de 117 lieux

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De ce jour la mer calma un peu qui nous laissa prendre relache
je vous laisse a penser si apres trois jours et 3 nuits de pluye
sur le corps a travailler (car tous jusqua l'abbré nous maneuvrions)
je devois m'acquitter de mon devoir a bien manger et dormir.
Lorsque le beau tems fut revenu et que me fus
bien reposé, l'envie un jour me prit voyant les matelots
monter dans la *hune de faire de meme. pour que les
matelots ne me disent rien j'en parlay au capitaine et
luy dis que j'allois y monter du moins aussy vitte qu'eux;
il fit semblant de rien au contraire. il me dit voyons si
vous y monterés seulement aussy vitte que moy sur le
champs je me mis en devoir de prendre les portauxbants
et de monter, mais lors que je fus proche la grande hune
je vis au lieu de Monsieur aubin venir une 12aine de matelots qui montoient
apres moy les uns a tribord et les autres a babort, moy qui les
voyoit s'empresser je crus sans faire aucune refflection
qu'ils venoient a moy pour maider de la part du Capitaine a monter
dans la hune je me tuois de leurs crier qu'ils n'avoient qu'a
rester j'y monterois bien tout seul. ils me dirent qu'il falloit
qu'ils m'aidassent autrement que je pourrois bien tomber a la
mer. je leurs fus bon gré car je commançois a sentir que je
n'avois pas plus de force qu'il ne m'en falloit, ils me monterent
par le trou du chat, lors que je fus dans la grande hune, l'un
commença a me prendre une jambe l'autre une autre et
m'amarerent bien; moy qui vis bien de quoy ils s'agissoit apres
m'nestre un peu mis en collaire ce qui ne servit a rien qu'a
me faire mieux amarer et a faire rire les officiers qui etoient
en bas. Je n'y fus pas longtemps car je leurs promis un flaçon
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d'eau de vie tenant 9 Chopines. dabord ils me delierent et
m'aiderent a dessendre en bas. ou il fallut leur donner
ce que je leur avois promis, apres ils me dirent que la
premiere fois que l'on montoit dans les hunes il falloit
payer le tribu et burent ensuitte a ma santé; quelques
jours apres ils en firent autant a une demoiselle qu'ils
attacherent seulement au bas des haubans. quoy quelle n'avoit
simplement fait que de dire quelle y alloit monter.
Je luy prestay un flaçon d'eau de vie; Il y eut les 3/4 1/2 des
passagers qui subirent a cette ordonnance de marine.
Nous passames cette journée entre des vigies ce sont
des rochers cachez sous l'eau et d'autres a fleur. nous
les passames fort bien et d'un fort beau temps;
Le landemain nous entrames dans la mer passifique
et dans les vents alisez, quand l'on est dans cette mer
l'on a toujours pour l'ordinaire assez beau temps,
Nous jouissions de la tranquilité et passions notre
temps assez bien quand l'on vint a crier navir, sur
le champs notre capitaine fut prendre la longue veue
et pasr le monde qu'il decouvrit et la maniere de maneuvrer
il vint nous avertir de cesser de jouer et qu'il croyoit que
ce batiment etoit un sattin. ce mot nous saisit, il n'en
fallut pas d'avantage pour nous faire quitter sur lheuree
cependant je desirois que nous pussions nous trouver en
demellé avec luy. on mit a l'instant branle bas et lon
apportat tous les matelas sur le pont pour nous bastinguer
en cas de besoin, le canonier prepara ses canons le capitaine
d'armes les fusils, boucanniers espingols, pistolets, sabres,
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halbardes, piques, spontois et haches d'armes, lon
distribua a chacuns des volontaires dhonneur des dites
armes et l'on nous plassa au poste dhonneur sur la
lunette en suitte le capitaine prit le reste de l'equipage
et plassa tout le monde chacun dans son poste. il
n'y avoit point de chevaliers herans du temps de don
guichot mieux armer que nous car premierement
nous avions en marin chacuns un boucanier, au costé
droit une hache d'arme attachée a la cinture et
un sabre de lautre costé avec deux pistolets de même
a la cinture. voila dequel maniere nous estions armez,
dans cette posture voyant qu'il restoit hors de la portée
du canon, et que sans doutte il attendoit la nuit
croyant quelle luy seroit plus favorable, nous restames
une partie sur le pont. et les autres se jetterent sur
leurs cadres tous armés pour se reposer jusquau
moment qu'il faille se battre, ce qui me fit de la
peine avoir ce fut notre aumonier en surplis
crucifix a la main tout prest a nous donner la
benediction, nous passames la nuit dans cet etat et le
landemain nous ne le vimes plus.
nous fumes fausse routte ce jour paraport a ce que
la bousolle qui ressemble au vin nouveau ou quand
il entre dans l'endroit ou il faut quelque personne, qui
n'est pas en regle elle gaste toutte la cuvée, semblablement
de la boussolle. une demoiselle qui se trouva assise
proche fut la cause que l'eguille se derangea, et sur
le champs devant arriere, bon fret nous crumes vent
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debout, on vit bien qu'il y avoit du surprenant la dedans
on examina la chose, et apersevant cette demoiselle
assise pres l'abitacle on la pria de se retirer ce quelle fit
et l'eguille se remit et le vent redevin arrier comme
auparavent, mais neanmoins il ne dura pas longtems
car sur le midy il vind contraire, ce qui fut cause que
l'on ne put cour que des bordez,
Il y avoit deja longtems que nous avions du beau tems
quand nous receumes un petit coup de vent, au lieu de
me faire de la peine il me rejouit. parceque cela
ranima et donna de l'occupation a l'equipage,
il me fit voir aussy que dans toute choses il n'y a que de
l'habitude a avoir pour ne plus rien craindre.
Ce meme jour un matelot fut amaré par les deux pouces
sur la cullasse d'un canon il receut 80 coups de garcette
* Une garcette est rosse ou pour mieux dire trois bouts de corde tresser ensemble qui len font qu'oy elles servent non seulement a fustiger mais aussy a la maneuvre et aux voiles.
pour avoir volé deux chemises, ce fut la plus grande grace
que l'on peut obtenir, car sans nous il alloit avoir la calle,
cette calle se donne de deux manieres. la premiere qui est
celle que l'on nomme mouillée. et qui est pour de petits vols
ou autres choses de semblable se donne par 3 5 7 fois
plus ou moins que l'on vous plonge du bout de la grande
vergue qui est bien a 50 et 60 pieds de hauteurs. la seche
se donne de même au bout de la vergue mais la differance
qu'il y a cest qu'au lieu de tomber dans l'eau vous tombés
a deux pieds de distance sur le pont suspendu enlair
lon vous fait sauter selon votre crime de cette maniere
plus ou moins de celle la plusieurs en meurent par l'escouce
qu'ils recoivent lors qu'ils sont retenus en lair;
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