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étant bien pensé il voulut rester en me disant quelques
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sotises. Je luy repondis qu'il feroit beaucoup mieux de
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venir cuver son vin et qu'il en avait grand besoni; il
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continua toujours a m'en dire et se leva, mayant piqué
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au vif et me pria de sortir ou je ne fus pas plustot dehors
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qu'il tira son épée, et men fournit sur le champs un coup
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heureusement pour moy que je le paray avec la main et
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sautant deux pas en arrière j'eus le temps de tirer la
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mienne et de me mettre sur mes gardes. pendant ce temps
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il sortit notre avanturier et quelques autres personnes
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qui nous separerent; on nous engaga a rentrer ce que je
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fis quoy qu'avec peu denvie de le faire. mais je ne voulus
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point quitter de troyes qui avoit de l'or sur luy qu'il auroit
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indubitablement perdus sans moy car a toute force il
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vouloit jouer; je pris le party de le griser tout *allait ou
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lors qu'il le fut il nous laissa en repos et ne chercha plus qu'a
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dormir. Je ne *laissay pas que de me trouver embarassé,
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avec lautre qui ne me donnoit point de relache pour jouer
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avec lui; Lors qu'a la fin je fus poussé about de luy dis
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que de tous les jeux je n'en savois aucuns qu'il ny avoit que
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le *briscambille [[règle du jeu]](https://salondesjeux.fr/brusquembille.htm) que je jouois un peu, nous y jouames
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jusqu'a 3 heures ¹/₂ du matin, joint a ce qu'il perdit avec
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moy une vingtaine d'écus quoy que je luy passasse
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plusieurs tours de subtilité qu'il croyoit que je ne voyois
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point. il paya neanmoins les liqueurs que nous avions bus
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qui se monterent a 25 ou 30 écus. de facon que nous nous
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retranmes tant amis q'u'ennemys. cependant aux conditions
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que je devois luy donner sa revanche avant que de partir
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moy qui m'étoit menagé et qui n'étois point hors de
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raison je dis au messaher de nous faire partir a la fin dije
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a la pointe du jours et pour l'engager a le faire je luy
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donnay un ecus. il ne manqua pas car a la petite pointe
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du jour il nous éveilla pour dejeuner et ensuitte montames
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a cheval; Monsieur de troye me demanda excuse de tout ce qu'il
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avoit fait et dit contre moy la veille, dont il ne se ressouvena
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point; de sorte qu'au lieu d'avoir été les dupes de notre
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joueur, il restat totallement la *nostre; nous fumes
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gagner Durtal ou nous trouvames le Preste comme il
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etoit dimanche qui nous attendoit pour dire sa messe
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car la messagerie a se preste pour luy dire la messe
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aussitot quelle arrive.
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**Les femmes** de ce village aussy bien qua
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*Fuette ou nous couchames, sont assez plaisament
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equipées, elles portent des especes de mantilles bleues et
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les autres rouges, toutes remplie de plis elles y sont tres
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paysannes, jusqu'au preste qui ny entendoit point de
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malice, puis qu'il auroit eu besoin d'un maitre d'ecole pour
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luy apprendre a lire car il ne le scavoit point;
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apres que nous eumes passé Fuette nous arrivames
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le landemin matin a la Ville d'Anger qui est un second
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petit paris ou il y a de fort beau monde, et ou on y est
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tres bien servy; cela me fit un plaisir extreme
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m'immaginant estre encore dans mon pays.
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J'ay oublié de vous dire qu'avant d'arriver dans la
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ville l'on y voit de tres belles carrieres d'ou l'on tire la
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biere d'ardoise. Comme je n'ay pas resté longtemps
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dans cette ville je ne puis vous en rien dire si ce n'est
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quelle est fort marchande. Joint a ce que la Loire passe
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autravert; nous en partimes le landemain et nous
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nous embarquames dans un petit batteau couvert quils
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nomment cabanne lors que lon est de dans il abeau faire
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mauvais temps l'on ny est point mouillé; nous nous
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trouvames dedans une assez bonne compagnie. qui fit
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que nous ne nous ennuyames pas seulement un moment,
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augmantant toujours nous faisoit embarquer de leau dans
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notre canot plus que nous ne voulions pour lors je ne disois pas
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ce que j'en pensois quoy que jusque la j'avois assez bien soutenu
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et caché mon effroit me fiant que jestois avec de tres bons
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marins mais quand je les vis sy embarassez bref jus grand
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peur mais je n'en laissay paroistre qu'autant queux com.
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nous estions a la mercy des vents tout dun coup sans y
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penser une lame vins qui nous prit en travert elle emporta
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un officier du duc de Chartre et moy avec elle a la mer,
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heureusement pour nous quune autre nous rejetta pres du
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canot ou nous rentrames plus mort que vif. il n'y eut qu'un
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matelot de trois qui s'estoient jettés a la mer apres nous qui ne
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put point gagner le bord on luy jetta le petit mat de
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*misaine sur lequel il se repausa en attendant que le grain
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fut passé et qu'on put le secourir.
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apres une heure de tourmante nous commancames a
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nous remettre de nos frayeures, les vents sapaiserent et
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nous vimmes rejoindre notre batiment faits comme des
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miserables qui avoient fait noffrage, pour nous consoler,
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lon se mocqua de nous, on fit le landemain une autre
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partie en mer, on me la proposa pour en estre, mais je les
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remerciay et leurs dis que j'avois une partie de chasse a
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terre, je n'avois garde dy retourner apres l'assaut que je
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venois dy faire pour la premiere fois que jy avois eté
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qui me dégoutoit cruellement de cet element.
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deux jours apres je retombay encore dedans mais je n'us
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aucune peure parceque c'estoit sur le bord en faisant
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charger des hardes dans une chaloupe la planche venant
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Rien a ma connoissance contre la vérité, bien loing de
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me servir comme ont faits plusieurs historiens dans leurs
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ouvrages de certains detours emplifies. pour servir
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d'ornements, et s'attirer l'applodissement de quelques
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personnes infatués de la fable,
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**Je commanceray** donc mon recit par
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Paris que j'ay quitté le 19 fevrier 1729. jour que jay commancé
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ma routte, ma premiere relache fut a Palaiseau et dela
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a Bonnel ou je couchay, cette premiere journée me sembla
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tres rude par la fatigue du cheval et par un nombre infiny
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de pensés et de regrets d'avoir quitte une famille qui ne
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m'avoit jamais temoigné que des marques de bonté;
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Joint a quelques amis que je quittois, toutes ces choses reunies
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ensemble causerent en moy un tel boulvercement que j'en
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perdis le repos et l'appetie. neanmoins la nuit s'étant passee
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il fallut remonter a cheval ce qui fut un autre chagrin car plus
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je m'éloigois plus je me trouvois accablé; enfin Lors que je fus
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arrivé au quay de lauray(Le gé de Longroi) qui etoit la seconde dinée je ne me
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sentis point avoir plus de fin qu'a l'ordinaire au contraire jallois
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de pis en pis; Lors que deux messieurs avec les quels j'éstois sortis
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de Paris me voyant dans cet etat firent ce qu'ils purent pour
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mencourager; m'étant éxaminé serieusement et ayant veu
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que si je continuois dans ma tristesse bienloing de terminer
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mon voyage je courois grand risque de ne pas seulement
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aller jusqu'au quais, ainsy des lors je commancay a changer
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de sentiments, en effacant pour quelques temps le ressouvenir de
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mes parents et amis qui ne fus une petite entreprise. et de
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laquelle je ne serois jamais venu about si je ne me fus servis
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de la liqueur Bachique; ce fut la pour moy un expediant tout
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charmant. car lors que jen eut pris une certaine dose j'oubliay
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mon sentiment mes parants et mes amis mais *mesme
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jusques a moy; apres que jusse reposé quelques heures nous
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remontames a cheval pour aller gagner le giste qui etoit a Chartre
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mais avant d'y arriver l'ampressement que j'avois de
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m'éloigner d'un endroit ou je croyais avoir laissé tout mon
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chagrin me fit pousser mon cheval avec une telle violance que
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un de ses pieds de devant venant a manquer me fit sauter par
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dessus de sa teste harnaché a peu pres comme don guichot (don quichotte ?) excepté
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qu'au lieu de lance j'avois mon fusil a la main. apuyé sur
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l'arçon de ma selle, et mon corps de chasse autour de moy.
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qui furent l'un et lautre assez maltraites car du coup mon
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fusil fut rompu en deux; voicy comme je quittay la Bosse
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**J'arrivay** a Chartre, cette ville est située
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sur une eminance dont les approches en sont tres mauvaise
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principalement l'hyver. Il faut dessendre par d'épouvantables
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chemins et ensuitte remonter avant que d'y entrer; les
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rues en sont assez mal paves et fort etroites, outre cela
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elles sont la plupart tres rapides; étant donc arrivé du
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costé du moulin. La premiere personne qui s'offrit a mes
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yeux fut mademoiselle *Jutot, Je ressentis a l'instant une certaine
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joye mais qui fut bien tot dissipée par le ressouvenir du
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temps que j'avois passé avec elle si agreablement a Meudon
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dabord elle m'invita a venir souper chez elle ou elle me receut
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parfaitement, j'étois charmé de l'avoir veu mais ce plaisir
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me couta cher puis qu'il me replongea dans mes premiers
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chagrins et principallement lors qu'il fallut nous separer
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Comme il falloit que je remonte a cheval le landemain de
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grand matin je luy fis mes adieux de la maniere la plus
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tendre qu'il me fut possible et je la quittay sur les minuit ou
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de la je m'en fus rejoindre mes camarades de voyage. je me
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mis au lit mais il me fut bien impossible dy prendre le
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moindre repos ayant l'esprit aussy embarrassé que cy
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devant; sitot que le jour fut venu nous continuames notre
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routte et fumes diner a Champeron (Champrond-en-Gâtine ?) et dela coucher
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a Nogent le Rotrou qui est dans le Perche.
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Le landemain nous fumes diner a la Ferté-Bernard et
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de la souper a St Marc (Saint-Mars-la-Brière?), ce sont des petits villages dont ce
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dernier est fort joly a l'hostellerie ou nous mimes pied a
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terre nous trouvames une grosse doudou de fort bonne
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mine qui nous conduisit dans une chambre ou elle ne nous
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laissa manquer de rien et eut un soing tres grand de moy
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céstois la fille du logis. je receus avec plaisir ses attentions
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et luy en temoingé ma reconnoissance,
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En attendant le souper comme cette maison estoit située
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sur le bord d'un beau Bois de haute *futes ou il y avoit de
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très belles avenus; je fus avec mon corps de Chasse my promener
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j'y trouvay des écos mangifiques qui me procurerent beaucoup
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plus de plaisirs que je devois en attendre car je ne fus pas
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longtems sans compagnie.
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**Comme** je n'étois pas beaucoup éloigné du
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chasteau de monsieur de St Marc je vis venir a moy deux
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demoiselles. Je ne demeuray pas longtemps sans leur parler
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et aussy sans apprendre qui elles etaient; en les abordans
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je fus ravie de leur beauté et je me trouvay au milieu d'elles
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comme un fer entre deux émans(aimants ?) ne sachant laquelle des
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deux avoit le plus de merite. Cependant mademoiselle de St Marc quoy
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qu'avec un air fort negligé me laissa voir atravers une
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Coeffe moitié abatue les plus beaux yeux et la plus belle
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bouche que jamais la nature ait formé sous les cieux
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de plus beau et de plus parfait; Charmé de mon heureuse
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rencontre, je commancois deja a sentir l'effet de tant de
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charmes en mon coeur, et meme luy en avois deja temoigné
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le regret et la peine que leur absence malloit causer quand
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je vis venir a nous un jeune homme assez bien fait mais
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avec autant de ressamblance entre luy et mademoiselle sa soeure
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que j'aurois juré si elle se fut retirée quelle étoit deguisé en
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garçon; il me pria de la part de monsieur son pere d'entrer dans
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le chasteau qu'il souhaittoit me voir, quoy que je ne fusse
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point avec la propreté que jaurois souhaitté. mais seulement
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en cavalier qui venoit de mettre pied aterre et même encore
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avec mes bottes je ne laissay point que d'avoir lhonneur de
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donner la main a mademoiselle de St Marc qui l'acceptat avec une
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bonté et une naiveté toute charmante et vis que cele ne
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luy faisoit point de peine. qu'au contraire elle recevoit ce
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que j'avois lhonneur de luy conter avec plaisir; lors dont
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que je fus a la porte de l'appartement. J'entray et je fit
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mes excuses a Monsieur et mademoiselle de St Marc de ce que j'avois osé
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parroistre devant eux en Botte et en l'état ou j'estois; ils me
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firent mil gracieusetés et m'ordonnerent de me mettre a
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mon aise, apres m'avoir questionné de Paris et ou
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jallois, ils me firent l'honneur de me prier a souper
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avec eux. ce que je n'auray refuser attendu l'honneur quils
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me faisoient nous nous mimes a table ou l'on servit
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non pas comme a la campagne mais avec toute la maniere
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parisienne c'est a dire tres proprement; apres le souper
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*Monsieur me pria de donner du corps ce que je fis assez bien
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quoy qu'apres avoir bien manger, les échos éstoient
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charmans dans ce bois. tout ce qui m'y manquoit c'estoit
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l'occasion d'y pouvoir entretenir comme j'avois fait aparavant
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mademoiselle sa fille mais d'un autre costé mes yeux me
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donnerent la satisfaction de luy faire comprendre
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l'embaras ou j'estois; comme il se faisoit deja tard. Je
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voulus prendre conger deux et les remercier de l'honneur
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qu'ils m'avoient bien voulu faire, mais il me fut impossible
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Ils me firent rentrer pour boir quelques liqueurs et Monsieur de
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St Marc me dit qu'il avoit affaire au quay Saillard de
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grand matin qu'il m'y meneroit et que nous y serions
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avant le messager, qu'il alloit dire a un de ses domestiques
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d'aller a la Mesagerie dire de ne me point attendre.
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Effectivement jy couchay dans un tres bon lit, pour dire
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que jy dormis je mentirois si je saurois dire. Car joint
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a mes idées gracieuses qui s'offrirent cette nuit dans
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mon esprit. J'éstois dans une chambre proche de celle
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de mademoiselle de St Marc sans pouvoir seulement luy dire
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un mot ce qui fit que je fus contrains de manger mon
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pain a la fumée;
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**Le jour** étant veneu je me levay pour tacher
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d'aller jusqu'a l'hotellerie; mais je fus fort étonné de
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voir venir Monsieur de St Marc dans ma chambre tout
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prest a partir. nous passames dans sa chambre ou
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il y avoit une table sur laquelle il y avoit un
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potage et quelques viandes froides pour dejeuner,
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madame de St Marc etoit dans son lit, ce qui me
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facha cest qu'avant de partir jus le chagrin de
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ne plus revoir l'objet de mes amours par ce qu'il
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étoit trop matin. neanmoins nous dejeunames et ensuite
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je pris congé Madame en la remerciant de lhonneur
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qu'elle m'avoit bien voulu faire; je fus tres sensible
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aux marques d'amitié quelle me temoigna, elle me
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dit adieu en me disant que jallois peutestre perdre la
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france pour toujours puis que j'allois sur un élement tres
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perilleux. je la remerciay derechef de la part quelle
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prenoit a ce qui me regardoit et la quittay ainsy;
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Monsieur de St Marc et moy montames ensuitte dans une chaise
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et nous nous en fumes a la dinée ou nous arrivames avant
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le messager. Comme il avoit affaire a une lieu ¹/₂ du
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quay Saillard il me quitta avec toute la tendresse dun
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veritable Pere, et moy avec tous les regrets possible;
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je me fis allumer grand feu en attendant que le messagé
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arrivat ou jus le temps de m'abandonner a mes reveries et
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a la rencontre que j'avois fait et perdus presque aussitot
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pendant que je raivois ainsy je vis venir mes camarades
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de voyage qui me firent un espece de reproche de ce que
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je les quittois presque a toutes les relaches. Je leur
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representay que m'étant trouvé si honoré et prié de
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si bonne grasse que je n'avois pus me dispenser de
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repondre aux honnestetes que l'on mavoit fait des
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quelles je me ressouviendrois, nous dinames etant toujours
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tres bien servy je bus plus qu'a mon ordinaire pour
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Chasser une tristesse qui ne demandoit pas mieux
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que de reprendre racine en mon esprit. ensuitte nous montames
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a cheval pour aller gagner la fleche ville fort jolie qui étoit
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notre couchée. avant que dy arriver comme j'éstois tres
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mal monté je tombay dans un trou ou il y avoit bien 5 a 6
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pieds d'eau ma *rosse tantôt dessus moy, tantôt dessous, me
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fit boir plus que je naurois voulu. de sorte qu'en bien me
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||||
debattant je me debarassay et sorty du trou a moitié noyé
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et mon cheval de meme jy laissay un de mes pistolets, ensuitte
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je remontay sur ma beste. chanselans tous les deux et en
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tres mauvais equipage pour tacher de rattraper le messager
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qui etoit deja tres loing et dont javois encore 5 lieux a faire
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d'un temps tres froid. de sorte que quand jarrivay jestois
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gelé dans mes bottes; le nommé de troys qui etoit mon
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camarade de voyage s'étant mocqué de nos chuttes
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precedantes et même nous en railloit encore. Lors qu'il
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voulut faire faire une petite caracole a son cheval qui
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avoit un peu plus d'apparance que les nostres, mais aussy
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fatigué et même plus il le jetta asser lourdement dans
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un bourbier epoix sous luy et se reposoit la sur son corps
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nous vimes bientot un homme tres embarassé de sa peau
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et qui n'avoit nulment envie de nous badiner. Lors qu'il y eut
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resté un moment nous foitames son cheval qui avec toutes
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les peines du monde se releva et ensuitte le sieur de Troys mais
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ce fut la tout ce que luy et nous pumes faire car pour en sortir
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avec ses bottes c'est ce dont il ne peut venir a bout il fut
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donc contrain den sortir nud jambes. cependant il tenta avec
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une corde qu'il attacha au tuyau de la botte de la sortir
|
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mais il luy fut impossible la botte venant par morceaux
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il prit son party en galant homme et monta sur son cheval
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nud pieds heureusement pour nous qu'il faisoit nuit quand
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nous entrames dans la ville, car nous aurions été huë des
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enfans tant nous estions horiblement plins de boue;
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Cette ville est fort jolie et emplie de jeunesse, apres nous
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estres changé depuis les pieds jusqua la teste et un peu
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delassé nous fumes a la Comedie qui fut jouée tant bien
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que mal on representoit ce jour le malade Immaginaire
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dessus le theastre ou nous estions nous fimes connoissance
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d'un jeune homme de fort bonne air qui lors que la Comedie
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fut finie vint jusqua notre oberge avec nous ou sur de
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simples prieres que nous luy fimes il sengagea a rester à
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souper ou il fit venir Beaucoup d'extraordinaire tant
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en dessert qu'en vins et liqueurs; comme je ne voulus
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point en estre le sot je pris l'hoste a particulier voyant
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la depense extraordinaire se montoit fort haut je m'informay
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a luy qui étoit ce jeune homme, et s'il le connoissoit il me
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repondit que ouy et que c'estoit un jeune homme de famille
|
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mais que cestoit un Bretailleur et un joueur, qu'il avoit eu
|
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envie de nous en avertir mais que jusqula il n'en avoit
|
||||
point trouvé l'occasion ainsy que nous eussions a nous
|
||||
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meffier de luy. qu'il servit feroit tout son possible pour nous
|
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tendre des pieges affin davoir notre argent; je le
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remerciay de son bon avertissement du quel je me
|
||||
servis il me dit encore que jusqu'a ce qu'il eut joué il avoit
|
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la bettise de vouloir payer toute la depense je fus
|
||||
charmé de m'estre fait instruire, et ensuitte je me
|
||||
remis a table et me proposay bien de le faire jouer non
|
||||
pas aux cartes mais le role de la *dupe pour cet effet je
|
||||
luy inspiray beaucoup de guaité pour son argent et
|
||||
moy ne me gesnay plus; car de tout ce que je voulus boir
|
||||
et manger je n'avois qu'a seulement luy en toucher
|
||||
legerement quelque chose j'estois sur de l'avoir sur l'heure
|
||||
a la fin du repas je voulus savoir le compte mais notre
|
||||
homme ne voulut jamais que nous en eussions la
|
||||
moindre connoissance; j'avois averty de Troys de ce qui
|
||||
en etoit de sorte que pour la façon je voulus faire
|
||||
venir sur mon compte quelques liqueurs mais il ne
|
||||
voulut jamais me le permettre; apres avoir causé un
|
||||
moment ile nous proposa une partie de masque pour passer
|
||||
le temps, je ne voulus point l'accepter. et je luy aleguay
|
||||
que nous estions tres las; Lors qu'il vit que je ne voulois
|
||||
point mordre aucunement dans tout ce qu'il proposoit
|
||||
il nous offrit le caffé, je l'acceptay non pas pour luy souffrir
|
||||
de payer mais pour dumoins luy donner quelques liqueurs
|
||||
nous y fumnes mais il voulut absolument payer le tout
|
||||
et fut parler a la maitresse du lieu, pendant ce temps je
|
||||
profitay de l'occasion pour dire a Monsieur de Troys de nous
|
||||
retirer qu'il en etoit temps, mais il ne m'écoutat point
|
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|
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||||
a tourner me beigne pour la seconde fois. je n'us pas grand
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||||
peine a me retirer car tout etoit calme;
|
||||
Enfin le vent etant devenu favorable pour mettre a la
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||||
voille nous fumes faire nos adieux aux officiers du duc de
|
||||
chartre qui alloient aux indes ils apareillerent le 15 et
|
||||
nous partimes le 16 mars avec un vent nord est, pour faire
|
||||
routte a St *domingre et de la a la Louisianne.
|
||||
Nous sortimes du port avec tout l'avantage
|
||||
possible. Je commancois a prendre plaisir de me trouver
|
||||
dans un vaisseau qui marchoit assez bien et aussy de
|
||||
voir la plus part des passagers tristes et *pas se sentent
|
||||
des etourdissements sans relaches, je me rejouissois en moy
|
||||
même de navoir point leur deplorables sort, quand lors que
|
||||
j'us perdus de veue la terre et que le navir vint a s'emouvoir
|
||||
je commancay a sentir de certins emautions qui me firent
|
||||
changer ma joye en tristesse. cependant ce la se passa pendant
|
||||
que tous ceux avec qui j'estois avoient toujours malamdes de plus
|
||||
en plus; j'aurois souhaitté estre de même queux par l'ennuy
|
||||
que j'avois de ne leurs pouvoir parler et de les voir continuellement
|
||||
dans des vaumissements affreux; quelques jours se passerent
|
||||
de la sorte, les uns l'apetit leurs revint les autre ne
|
||||
vaumissoient que rarement et se retablirent de jours
|
||||
en jours. Lors que malheureusement pour moy il vint
|
||||
un vent plus fort que dordinaire qui nous mit tous dans
|
||||
un triste etat surtout moy qui ny avoit point encore passé
|
||||
je fus pendant 7 jours sans boir ny manger ny dormir, et
|
||||
toujours avec des etourdissements et debordements affreux
|
||||
assurement je ne pouvois m'empecher de rir quoy quen cet
|
||||
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||||
etat quand je regardois a costé de moy et que jy apersevois
|
||||
un rangée de monde faisants tous la même musique
|
||||
qui a l'envie les uns des autres en nous regardans redoublions
|
||||
nos efforts. jusqu'a ce que nous eumes entierement payés
|
||||
le tribut qui est du a la mer; ayant donc faits tous corps
|
||||
neuf nous nous consolames les uns les autres. malgré ce que
|
||||
nous purent dire les officiers, et matelots qui bien loing
|
||||
de nous plaindre nous represontoient au contraire tout
|
||||
ce qui peut etre contraire a des coeurs abatus et tres
|
||||
malades; je ne demeuray que trois jours entiers a me remettre
|
||||
parfaitement autant javois manqué d'apetie autant il m'en
|
||||
vint par la suitte, ce qui fit que jus bientot repris mon
|
||||
embonpoin que javois perdus et j'en fus quitte pour cela,
|
||||
ce ne fut pas la meme chause de quelques personnes et
|
||||
surtout des dames qui eurent toutes les peines du monde
|
||||
a se remettre et resterent malades pendant plus de la moitié
|
||||
de la traversée;
|
||||
Deux jours apres nous apresumes deux vaissaux
|
||||
sur les 6 heures du matin l'un venant du sud faisant
|
||||
routte sur nous portant pavillon blanc que nous reconnumes
|
||||
a 4 lieux 1/2 avec la lunette, comme nous n'allions
|
||||
pas tout a fait droit a luy. nous nous derangames un peu
|
||||
de notre routte et arrivames sur babord pour aller plus
|
||||
droit a luy. ayans toujours eu soin en cas de surprise de
|
||||
nous tenir en etat.
|
||||
Nous le laissames aprocher jusqu'a la portée du porte voix,
|
||||
pour lors notre capitanie qui etoit Monsieur aubin duplessis, du
|
||||
havre, luy cria avec son porte voix de mettre en travers
|
||||
|
||||
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||||
et en même temps luy demanda quy il étoit, ou il alloit
|
||||
et d'ou il venoit; il nous repondit qu'il etoit francois
|
||||
qu'il se nommoit la Venus de Bordeaux, et qu'il venoit
|
||||
de la queüe quanrtier St domingre, et ensuitte il
|
||||
nous questionna a son tour, nous luy dimes aussy ou
|
||||
nous allions et apres nous nous separames et nous nous
|
||||
souhaitames lun a lautre bon voyage. jus bien de
|
||||
la peine a le voir en aller. mais l'envie que j'avois
|
||||
de scavoir qui etoit celuy qui *singloit apres nous.
|
||||
me fi passer plus legerement que je naurois fait sur le
|
||||
regret que j'avois de le quitter; nous marchames avec
|
||||
la *migraine seulle en attendant celuy qui etoit
|
||||
derriere nous. il nous suivit une demie journée
|
||||
ou ayant enfin reconnu qu'il etoit anglois et qu'il faisoit
|
||||
sa routte. nous nous remimes aussy dans la nostre
|
||||
et mimes toutes les voilles dehors et l'eumes bien tot
|
||||
perdus de veue, selcon touttes apparances il sembloit
|
||||
venir d'angletterre et aller a Cadix.
|
||||
Le jour suivant nous eumes un gros temps qui commanca
|
||||
sur les 8 a 9 heures du matin et a 11 heures 1/2 nous
|
||||
reçumes un coup de vent. ce fut la que pour le premier qu
|
||||
je vis je fis de belles refflections, et quantité de
|
||||
moralles en moy même qui etoient capables de la
|
||||
maniere que je les pensois de ramener l'ame la plus
|
||||
ecartée, je m'y enfoncois de plus en plus quant j'eu
|
||||
fues retiré par la vueue d'une nombreuse troupe de
|
||||
marçoins qui nous fit esperer changement de temps
|
||||
et plus favorable. Je me remis donc de la peure, que
|
||||
|
||||
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|
||||
je venois d'avoir quand je fus replongé dans une
|
||||
autre toute aposée a la precedente. Ce fut un calme
|
||||
tout plat qui nous survint et qui me fit plus de peine
|
||||
que la tempeste d'ou nous sortions, car ne voyant
|
||||
aucun soufle de vent, et un navir sans mouvement
|
||||
en mer est un tris spectacle voyant qu'il ny avait point
|
||||
d'aparence d'en avoir sitot. je retombay de plus belles
|
||||
dans mes pensées et plus profondement qu'au paravent
|
||||
avec cela j'entendois les matelots qui juroient etant
|
||||
ennemys mortels du calme par ce que pour l'ordinaire
|
||||
lors qu'il dure on retranche de leurs rattions pour faire
|
||||
vie qui dure, enfin je deplorois mon triste sort
|
||||
sans cependant que personne s'en apersoive quand nostre
|
||||
capitaine. qui etoit a observer les astres sortit
|
||||
brusquement de sa chambre. et fit passer tous
|
||||
les matelots sur le pont affin destre tous prets
|
||||
pour carguer les voils et nous parer dun grin affreux
|
||||
qui s'approchoit de nous. je passay dans sa chambre
|
||||
avec les autres pour le voir venir mais je ne pus souffrir
|
||||
son air sombre et noir sans horreur. voyant une
|
||||
mer en fureur qui n'etoit pas loing de nous et qui nous
|
||||
alloit entourer. je n'us pas tout affet tant de frayeurs
|
||||
qu'a la premiere tempeste mais je n'us pas plus tot
|
||||
entendu les cris confus des matelots pour faire la maneuvre
|
||||
que je me figuré le mat beaucoup plus grand qu'il ne le fut
|
||||
ce qui me fit marcher de même qu'un enfant qui chanselle;
|
||||
il ne laissa pas cependant que destre fort viollent et comme
|
||||
il s'apesoit, le souper etant servy nous dessendimes pour
|
||||
|
||||
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|
||||
nous mettre a table, mais nous n'y fumes pas deux
|
||||
minuttes qu'un second coup de vent nous prit en travers
|
||||
et fit pancher le navir de telle sorte qu'il nous fit
|
||||
tomber tous les uns par dessus les autres et pas un plat
|
||||
ne restat sur la table quoy qu'amarer dessus, chacun
|
||||
se releva du mieux qu'il put, l'un avec 2 dents
|
||||
casser. lautre tout remply de sausse sur luy *et
|
||||
de ce coup de mer l'on vint nous dire qu'il avoit
|
||||
pensé nous demaster. Cela me donna cruellement
|
||||
a penser du reste du voyage puis qu'a grand peine
|
||||
estions nous sortis de la rade nous avions de
|
||||
pareilles temps qui est ce donc que nous aurions
|
||||
par la suitte. j'aurois de bon coeur voulu retenir
|
||||
la terre dans ces moments la;
|
||||
Le landemain ayant tous passé la journée assez tranquillement
|
||||
nous eumes une nuit en recompance tres mauvaise. non pas
|
||||
que la mer fut grosse. mais nous aprimes que nous devions
|
||||
passer pres le cap finisterre qui est des costes de Portugal,
|
||||
lequel est tres dangereux quand on l'approche de trop pres
|
||||
le landemain lon nous dit que nous en avions passé a 7 lieux,
|
||||
sur les 2 heures cela nous rassurat entierement; ce jour nous
|
||||
rencontrames un batiment qui faisoit routte vers le nord.
|
||||
mais que nous ne pumes reconnoistre parce qu'il etoit trop
|
||||
loing de nous, sur le soir le vent ayant un peu frechy
|
||||
et nous promenant sur le pont je fus tres etonné de voir
|
||||
la mer toutte eteincelante. neanmoins je nausay le faire
|
||||
remarquer a personne de peur que ce ne fut une chause
|
||||
ordinaire. comme en effet j'appris que cestoit le sel qui
|
||||
|
||||
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|
||||
faisoit cet effet lors que la mer etoit agitée. et nous en
|
||||
reconnumes bien la verité ensuitte par un grand calme
|
||||
qui nous prit car les eaux cessant d'estre a giter la mer
|
||||
devint que trop belle, voyans que nous n'avancions plus
|
||||
notre capitaine nous proposa de dancer. et commança
|
||||
luy même a mener le branle, apres avoir dancér en
|
||||
rond comme nous avions trois violons une vielle et
|
||||
deux fluttes nous les fimes jouer et passames le reste de
|
||||
la nuit a dancer. et aussy a jouer a plusieurs autres jeux
|
||||
qui nous recreerent assez.
|
||||
Jamais je ne me couchay avec plus de plaisir et fus moins
|
||||
de temps a m'endormir que cette fois; je commançois meme
|
||||
a gouter les charmes du someil lors que le bruit confus
|
||||
et les cris persants qui se fesoient sur le pont murent
|
||||
bientot reveillé je prestay l'orreille attentivement. mais
|
||||
ne pouvant rien entendre qu'un redoublement aussy confus
|
||||
qu'auparavent. fit que je me jettay promptement en bas
|
||||
de mon cadre et courus sur le pont. je n'y fus pas plustot
|
||||
que jy vis une petite seine entre quelques matelots aquy
|
||||
lon avoit donné un oye qui aussitot etoit tombé a la
|
||||
mer. ils sy jetterent aussy apres; ils eurent non seulement
|
||||
de la peine a l'attraper mais aussy a se battre contre
|
||||
les requins qui en vouloient au gibier et aux chasseurs.
|
||||
malgré le peril que ces gens la couroient on ne pouvoit
|
||||
s'empecher de rire parce queux memes badinoient avec
|
||||
ces animaux; c'est un plaisir de voir des matelots a la mer
|
||||
le couteau entre les dents. car ils ne sy jettent jamais sans
|
||||
cela, affin de toujours se trouver en etat de se déffandre.
|
||||
|
||||
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|
||||
contre les loups marins;
|
||||
Nous vaugames deux jours tres paisiblement. le vent
|
||||
arriere nous fesoit filler egallement pendant ces deux jours la
|
||||
nos 9 neuds 1/2 par heure mais il fraichit le jour suivant
|
||||
* Le mot de filler des neuds en terme marin. est qu'en jettant en mer une certaine longeure
|
||||
|
||||
avec une telle violance. qu'il nous pensa jetter bas notre mat
|
||||
d'artimont, la même matinée nous apperssumes un Vaisseau que
|
||||
nous primes pour un forban ou un sattin qui est bien la meme
|
||||
chose. il sortoit du levant et s'avansoit sur nous avec
|
||||
toutes ses voilles dehors. cependant lors qu'il fut a 2 lieux distant
|
||||
de nous. il en carga une partie et soit qu'il nous crut plus
|
||||
forts que nous n'estions par l'espace de mats qui etoitent tres
|
||||
bieaux et comme il nous voyaoit entravert soit qu'il nous prit
|
||||
pour un vaisseau de roy ou autrement. il changea de dessin
|
||||
et fi routte au nord, le vent ayant sur le midy beaucoup
|
||||
frechit nous fit freler ou autrement dit serrer la grande
|
||||
voille, et le perroquet de fouge; cette journée nous vimes
|
||||
un nombre infiny de poissons volans dont il y en eut une
|
||||
partie qui se prirent dans nos voils et tomberent sur le
|
||||
pont. ce fut de ce poisson que je mangay le premier en
|
||||
mer. il a fort bon gou et est tres delica. Le jour d'ensuitte
|
||||
nous ne fimes pas 10 lieux tant la mer etoit houlleuse
|
||||
qui nous fit beaucoup rouler la lame nous prenant
|
||||
de costé, les vents s'étant ranger dans l'ouest nous
|
||||
firent faire routte mais au plus pres nous ne fimes
|
||||
pas grand trajet comme cela car bientot ils vinrent de
|
||||
bout, ou contraire, il resterent comme cela toute la
|
||||
nuit, il me fut bien impossible de dormir voyant la mer
|
||||
en furie avec des lames qui sembloient a tous moments
|
||||
|
||||
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|
||||
aller engloutir 50 vaisseaux comme notre flutte;
|
||||
Le landemain nous appersumes un oiseau qui
|
||||
nous fit juger que nous n'estions éloigné de terre que
|
||||
d'environ 100 ou 150 lieux, nous receumes le dimanche
|
||||
un grain qui nous prit pendant la messe. a peine le
|
||||
preste put il la finir il la racheva heureusement car
|
||||
comme il se desabilloit il en vint un 2ème si affreux que
|
||||
nous pensames abimer joint aux roulis qui nous couchoient
|
||||
avec le navir sur le costé; il n'y eut point autrement de
|
||||
mal si ce n'est que plusieurs de nos poules, oyes, dindons
|
||||
deux cochons, et un asne furent enlever par la dame
|
||||
qui passoit par dessus le pont, nous fumes contrains de larguer
|
||||
toutes les voilles a l'exception de la mizaine et du petit
|
||||
humier; tout ce que je trouvay de plus triste c'est que nous ne
|
||||
pumes diner au'avec du biscuit tout sec pour seulement
|
||||
pouvoir aider a nous soutenir; voyans que le vent
|
||||
duroit toujours avec la même force on ne mit point de
|
||||
voiles dehors que sur les 4 heures. il ny avoit pas encore
|
||||
un quanrt d'heure que l'on venoit de les hisser quand tout
|
||||
dun coup il vnit un coup de vent, on voulut amener tout bas
|
||||
mais il fut impossible de faire la moindre maneuvre. notre
|
||||
grand humier, le petit, et la misaine, furent emportés a la mer
|
||||
moy qui commancoit a m'amariner. je ne puis dans cette
|
||||
occasion de faire echaper quelques mouvements de cranite
|
||||
mais elle netoit point tout affait a blamer. puis qu'il etoit vray
|
||||
que nous estions pres du precipice, les matelots eux mêmes
|
||||
ne disoient point ce qu'ils en pensoient mais apres l'orage
|
||||
je leurs ay entendu dire qu'ils croyoient bien etre contrains
|
||||
|
||||
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|
||||
d'abattres les mas, jusqu'a l'aumonier qui etoit deja
|
||||
tout presta nous donner le pasport pour l'autre monde,
|
||||
il me fallut cela pour m'ahardir. et ne plus craindre
|
||||
qu'avec juste raison. je me croyois bien affermy d'avoir
|
||||
veu la mer terrible et notre navir plongé dans des
|
||||
abimes qui etoient entourés de montagnes; je croyois
|
||||
que c'estoit la tout ce que l'on pouvoit voir de plus affreux
|
||||
a moins que de perir. mais je me trompois bien lourdement
|
||||
je ne restay pa plus longtemps dans mon erreur qu'a
|
||||
la nuit precedante ou le gros tems ayant toujours
|
||||
continué, le someil mayant accablé je fus malgré
|
||||
l'orrage me jetter sur mon lit quand sur les 1 heures
|
||||
1/2 dormant profondement je fus reveillé en sursault
|
||||
la bouche pleine d'eau sallée et tout noyé, je commancay
|
||||
a prerde un peu la tremoutade entendant y dire a l'aumonier
|
||||
nous sommes perdus seigneur ayez pitié de nous, je crus
|
||||
bien pour lors que c'éstoit la mon dernier moment, avec
|
||||
cela les dames que j'entendois aussy pleurer, il ne m'en
|
||||
falut point davantage pour que je crus notre nofrage
|
||||
certain. je me recommanday adieu a atous ses saints
|
||||
l'aumonier dans ce moment nous donna la benediction
|
||||
et j'employé le peu de temps que je croyois avoir a
|
||||
demander pardon a dieu de mes pecher, il n'y a rien qui
|
||||
vous puisse inspirer plus de devaution que ces sortes
|
||||
d'occasion la.
|
||||
Ayant donc veu que l'aumonier etoit monté
|
||||
sur le pont je ne tarday guerre a luy aller trouveu, je
|
||||
laissay nos dames sur leurs lits evanouies car dans
|
||||
|
||||
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|
||||
cette occasion il n'y avoit point de galanterie chez moy
|
||||
du moins je ne pus en avoir en songent qu'a ma peau et
|
||||
comment je ferois pour la sauver.
|
||||
Lors donc que je fus sur le pont je vis tout ce qui peut
|
||||
s'offrir aux yeux de plus affreux, premierement la
|
||||
mer etoit agitée extraordinairement et tout en feu
|
||||
la pluye et les eclaires ne sembloient jetter leur claireté
|
||||
seulement que pour nous faire voir le precipice, le
|
||||
vent et lobscurité du Ciel etoient terribles enfin je
|
||||
pris patience jusqu'a ce qu'il plut a dieu dordonner de
|
||||
notre sort. Je m'informay qui-est-ce qu'il y avoit de
|
||||
brisé dans le navir, on me dit qu'il n'y avoit rien, et
|
||||
que cestoit une lame qui avoit embarquée sur le
|
||||
pont qui avoit tombée dans la grande chambre ce
|
||||
qui avoit effroyé l'abbé qui nous a avoué depuis
|
||||
qu'il y avoit 12 ans qu'il navigoit mais qu'il navoit point
|
||||
eu de semblables frayeures, ne voulans point croire
|
||||
que ce fut de cette lame que je m'estois trouvé la bouche
|
||||
remplie deau. je dessendis dans la chambre ou apres
|
||||
avoir examiné je trouvay que cestoit les petites fenestres
|
||||
qui sont au dessus des saborts qui avoient etés enfoncées
|
||||
dont il y en avoit encore sur mon lit, j'en fus seulement
|
||||
quitte pour la peure et pour faire chesher mon lit;
|
||||
je fus ensuitte a ses dames que je fis revenir avec laide
|
||||
du second capitanie le plus promptement que nous pumes
|
||||
nous eumes le meme temps pendant trois jours entiers
|
||||
sil eut continué nous estions pres a relacher aux iles
|
||||
de Canarie n'en etant eloignés que de 117 lieux
|
||||
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||||
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|
||||
De ce jour la mer calma un peu qui nous laissa prendre relache
|
||||
je vous laisse a penser si apres trois jours et 3 nuits de pluye
|
||||
sur le corps a travailler (car tous jusqua l'abbré nous maneuvrions)
|
||||
je devois m'acquitter de mon devoir a bien manger et dormir.
|
||||
Lorsque le beau tems fut revenu et que me fus
|
||||
bien reposé, l'envie un jour me prit voyant les matelots
|
||||
monter dans la *hune de faire de meme. pour que les
|
||||
matelots ne me disent rien j'en parlay au capitaine et
|
||||
luy dis que j'allois y monter du moins aussy vitte qu'eux;
|
||||
il fit semblant de rien au contraire. il me dit voyons si
|
||||
vous y monterés seulement aussy vitte que moy sur le
|
||||
champs je me mis en devoir de prendre les portauxbants
|
||||
et de monter, mais lors que je fus proche la grande hune
|
||||
je vis au lieu de Monsieur aubin venir une 12aine de matelots qui montoient
|
||||
apres moy les uns a tribord et les autres a babort, moy qui les
|
||||
voyoit s'empresser je crus sans faire aucune refflection
|
||||
qu'ils venoient a moy pour maider de la part du Capitaine a monter
|
||||
dans la hune je me tuois de leurs crier qu'ils n'avoient qu'a
|
||||
rester j'y monterois bien tout seul. ils me dirent qu'il falloit
|
||||
qu'ils m'aidassent autrement que je pourrois bien tomber a la
|
||||
mer. je leurs fus bon gré car je commançois a sentir que je
|
||||
n'avois pas plus de force qu'il ne m'en falloit, ils me monterent
|
||||
par le trou du chat, lors que je fus dans la grande hune, l'un
|
||||
commença a me prendre une jambe l'autre une autre et
|
||||
m'amarerent bien; moy qui vis bien de quoy ils s'agissoit apres
|
||||
m'nestre un peu mis en collaire ce qui ne servit a rien qu'a
|
||||
me faire mieux amarer et a faire rire les officiers qui etoient
|
||||
en bas. Je n'y fus pas longtemps car je leurs promis un flaçon
|
||||
|
||||
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|
||||
d'eau de vie tenant 9 Chopines. dabord ils me delierent et
|
||||
m'aiderent a dessendre en bas. ou il fallut leur donner
|
||||
ce que je leur avois promis, apres ils me dirent que la
|
||||
premiere fois que l'on montoit dans les hunes il falloit
|
||||
payer le tribu et burent ensuitte a ma santé; quelques
|
||||
jours apres ils en firent autant a une demoiselle qu'ils
|
||||
attacherent seulement au bas des haubans. quoy quelle n'avoit
|
||||
simplement fait que de dire quelle y alloit monter.
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Je luy prestay un flaçon d'eau de vie; Il y eut les 3/4 1/2 des
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passagers qui subirent a cette ordonnance de marine.
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Nous passames cette journée entre des vigies ce sont
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des rochers cachez sous l'eau et d'autres a fleur. nous
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les passames fort bien et d'un fort beau temps;
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Le landemain nous entrames dans la mer passifique
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et dans les vents alisez, quand l'on est dans cette mer
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l'on a toujours pour l'ordinaire assez beau temps,
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Nous jouissions de la tranquilité et passions notre
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temps assez bien quand l'on vint a crier navir, sur
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le champs notre capitaine fut prendre la longue veue
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et pasr le monde qu'il decouvrit et la maniere de maneuvrer
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il vint nous avertir de cesser de jouer et qu'il croyoit que
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ce batiment etoit un sattin. ce mot nous saisit, il n'en
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fallut pas d'avantage pour nous faire quitter sur lheuree
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cependant je desirois que nous pussions nous trouver en
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demellé avec luy. on mit a l'instant branle bas et lon
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apportat tous les matelas sur le pont pour nous bastinguer
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en cas de besoin, le canonier prepara ses canons le capitaine
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d'armes les fusils, boucanniers espingols, pistolets, sabres,
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halbardes, piques, spontois et haches d'armes, lon
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distribua a chacuns des volontaires dhonneur des dites
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armes et l'on nous plassa au poste dhonneur sur la
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lunette en suitte le capitaine prit le reste de l'equipage
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et plassa tout le monde chacun dans son poste. il
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n'y avoit point de chevaliers herans du temps de don
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guichot mieux armer que nous car premierement
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nous avions en marin chacuns un boucanier, au costé
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droit une hache d'arme attachée a la cinture et
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un sabre de lautre costé avec deux pistolets de même
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a la cinture. voila dequel maniere nous estions armez,
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dans cette posture voyant qu'il restoit hors de la portée
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du canon, et que sans doutte il attendoit la nuit
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croyant quelle luy seroit plus favorable, nous restames
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une partie sur le pont. et les autres se jetterent sur
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leurs cadres tous armés pour se reposer jusquau
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moment qu'il faille se battre, ce qui me fit de la
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peine avoir ce fut notre aumonier en surplis
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crucifix a la main tout prest a nous donner la
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benediction, nous passames la nuit dans cet etat et le
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landemain nous ne le vimes plus.
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nous fumes fausse routte ce jour paraport a ce que
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la bousolle qui ressemble au vin nouveau ou quand
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il entre dans l'endroit ou il faut quelque personne, qui
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n'est pas en regle elle gaste toutte la cuvée, semblablement
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de la boussolle. une demoiselle qui se trouva assise
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proche fut la cause que l'eguille se derangea, et sur
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le champs devant arriere, bon fret nous crumes vent
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debout, on vit bien qu'il y avoit du surprenant la dedans
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on examina la chose, et apersevant cette demoiselle
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assise pres l'abitacle on la pria de se retirer ce quelle fit
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et l'eguille se remit et le vent redevin arrier comme
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auparavent, mais neanmoins il ne dura pas longtems
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car sur le midy il vind contraire, ce qui fut cause que
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l'on ne put cour que des bordez,
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Il y avoit deja longtems que nous avions du beau tems
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quand nous receumes un petit coup de vent, au lieu de
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me faire de la peine il me rejouit. parceque cela
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ranima et donna de l'occupation a l'equipage,
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il me fit voir aussy que dans toute choses il n'y a que de
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l'habitude a avoir pour ne plus rien craindre.
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Ce meme jour un matelot fut amaré par les deux pouces
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sur la cullasse d'un canon il receut 80 coups de garcette
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* Une garcette est rosse ou pour mieux dire trois bouts de corde tresser ensemble qui len font qu'oy elles servent non seulement a fustiger mais aussy a la maneuvre et aux voiles.
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pour avoir volé deux chemises, ce fut la plus grande grace
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que l'on peut obtenir, car sans nous il alloit avoir la calle,
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cette calle se donne de deux manieres. la premiere qui est
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celle que l'on nomme mouillée. et qui est pour de petits vols
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ou autres choses de semblable se donne par 3 5 7 fois
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plus ou moins que l'on vous plonge du bout de la grande
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vergue qui est bien a 50 et 60 pieds de hauteurs. la seche
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se donne de même au bout de la vergue mais la differance
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qu'il y a cest qu'au lieu de tomber dans l'eau vous tombés
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a deux pieds de distance sur le pont suspendu enlair
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lon vous fait sauter selon votre crime de cette maniere
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plus ou moins de celle la plusieurs en meurent par l'escouce
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qu'ils recoivent lors qu'ils sont retenus en lair;
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